Pascal Erlachner

L’arbitre suisse revient sur sa sortie du placard

Collaboration Spéciale
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 Est-il extraordinaire au 21e siècle d’annoncer que les couples gais et lesbiens ont le droit de se marier ? Serait-ce aussi extraordinaire si ce droit leur était refusé ? Et pourquoi les personnes homosexuelles ne disposent-elles pas des mêmes droits que les autres ? Que peuvent-elles faire, que leur est-il interdit ? Pendant très longtemps, Pascal Erlachner ne le savait pas. Être homosexuel est une chose. Le dire à sa famille et à ses amis en est une autre. Dès lors que l’on choisit de garder le secret, il ne reste guère d’autre choix que de mener une double vie. Pour Pascal Erlachner, toute la difficulté était de pouvoir un jour réunir les deux mondes qu'il s'était créés. 

Mais la question n’est pas tant le « comment » que le « quand ». Le coming-out parfait n’existe pas. Pas le choix, il faut se jeter à l’eau. « J’avais 30 ans et je n’en pouvais plus », raconte Erlachner. « Cette tristesse et cette solitude me rongeaient de l’intérieur ». Un soir, il a simplement envoyé un SMS à ses parents. Ils ont immédiatement pris leur voiture pour se rendre chez lui et l’embrasser. « C’était sorti. Enfin. »

Les clichés ont la vie dure
Ce mot « enfin » s'applique-t-il au sujet des footballeurs homosexuels ? Enfin, les joueurs et les arbitres homosexuels sont-ils respectés et tolérés ? Le plus important reste la manière dont ils tapent dans le ballon ou jugent le jeu, pas avec qui ils vont au cinéma ou fondent une famille. Dans d’autres domaines, l’homosexualité n’est plus un tabou depuis de très nombreuses années déjà. En 1976, lorsqu’Elton John explique dans le magazine Rolling Stone qu’il est attiré par les hommes, le sujet est épuisé en trois jours. Et c’était il y a 42 ans...

Dans le football en revanche, l’impression se dégage encore que l’orientation sexuelle joue un rôle important. Le football est perclus de clichés qui, bien souvent, ont la vie dure. La créativité semble d'ailleurs ne pas connaître de limites lorsqu’il s’agit d’agresser quelqu’un verbalement. Lorsqu'on évoque ces scènes avec Pascal Erlachner, il paraît étonnamment calme. Cela est tout simplement dû au fait qu’il y est confronté depuis des années. Au début, il riait avec les autres et se fendait même parfois de quelques insultes de ce type, pour ne pas attirer l’attention. Mais le soir, à la maison, les émotions prenaient le dessus, entre colère, frustration et tristesse. « Dans le football, la peur du rejet est énorme. Alors on commence à jouer la comédie et à se faire passer pour quelqu’un d’autre auprès des collègues », avoue-t-il.

Des centaines de messages

Après avoir enfin eu le courage d’en parler à ses parents, à ses proches et à ses amis, il a fallu sept autres années à Erlachner pour pouvoir déclarer publiquement son homosexualité. C’était en fin d’année dernière, juste avant Noël. Cela a d’abord été repris par les journaux, nationaux comme internationaux. Puis la télévision suisse a tourné un reportage d’une heure au sujet de celui qui est également professeur d’éducation physique. 

Les retombées ? Erlachner sort son portable et montre les nombreux messages reçus. On y trouve des bonshommes-sourire, des pouces levés, des cœurs battants. Il fait défiler les messages. « Que des félicitations ! C’est super, non ? », dit-il en souriant. Erlachner mène maintenant une vie apaisée, authentique. Il a laissé sa double vie derrière lui. 

Elle est encore présente au cinéma. D’une certaine manière tout du moins, avec le film « Mario », qui vient de sortir dans les salles en Suisse et raconte l’histoire d’un jeune footballeur tombant amoureux d’un coéquipier, et mettant ainsi en danger ses chances de devenir professionnel. L’intrigue n’est pas sans rappeler le destin d’Erlachner. Et les vieux clichés dont la société devrait enfin se débarrasser.

 

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