Les Actions du Québec et du Canada

Pour une solidarité LGBT à l'international

Denis-Daniel Boullé
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Les Actions du Québec et du Canada

La Journée de lutte contre l’homophobie et la transphobie 2018 de la Fondation Émergence axe sa campagne cette année sur l’international. Comment être solidaire avec les communautés LGBTQ à travers le monde ? Comment apporter un soutien tout en respectant leurs démarches, en tenant compte des contextes culturels et politiques dans lesquels elles se trouvent ? Comment être à leurs côtés et cheminer avec elles sans imposer des modèles qui ont fonctionné au Québec et au Canada ?

Justin Trudeau a rappelé l’importance de respecter les personnes LGBTQ lors de son intervention lors du dernier sommet de la Francophonie à Madagascar l’an dernier. Discours repris par les représentants du Québec à ce même sommet. En fait, lors de toute rencontre internationale bilatérale ou multilatérale, les deux paliers de gouvernement tiennent à rappeler l’importance de respecter, de protéger les droits de la personne sans oublier d’y inclure ceux des personnes LGBTQ. De même plusieurs organismes communautaires au Canada tiennent à un volet international. Bien sûr améliorer l’acceptation des personnes LGBTQ au Canada et au Québec. Lors de rencontres internationales d’organismes LGBTQ mais aussi en prenant des initiatives unilatérales. Fierté Montréal se fait un devoir de se rendre chaque année dans des pays où des groupes émergents LGBTQ doivent faire face à une résistance sociale et politiques en termes de reconnaissance et d’acceptation. Invités à des Gay Pride, comme à Kiev, à Riga, présence lors du festival de films LGBTQ de Mumbaï, les représentants de Fierté Montréal tissent des liens, manifestent leur soutien, et participent ainsi à des changements possibles et éventuels. Arc-en-ciel d’Afrique aussi tient aussi à être proches des différentes initiatives par des groupes africains et caribéens. Et aussi la Fondation Émergence, dont les affiches en différentes langues sont commandées à travers le monde.
 
Trudeau
Lesinitiatives sont nombreuses. De la part des représentants fédéraux et provinciaux, le silence n’est plus de mise, mais la parole doit être prudente pour ne pas être contreproductive. Les propos d’Obama alors président lors de sa visite au Sénégal avait suscité de la part de son hôte un rappel ferme d’une ingérence dans une culture et une société qui ne partageaient pas les mêmes valeurs que l’occident sur l’homosexualité et donc ne pouvaient les accepter. Pour éviter de se prendre les pieds dans le tapis, aussi bien le fédéral que le provincial réfléchissent sur les interventions en lien avec d’autres pays, ou d’organismes internationaux comme l’ONU ou encore l’UNESCO qui peuvent à la longue porter leurs fruits. Réflexions portées au gouvernement Trudeau par Randy Boissonnault. Le député libéral d’Edmonton-Centre nommé Conseiller spécial du Premier ministre sur les enjeux liés à la communauté LGBTQ2 est en charge de porter cette parole dans toutes ses rencontres à l’international. Randall Garrison, député NPD d’Esquimalt-Saanich-Sooke en Colombie britannique et responsable des questions LGBTQ au sein de son parti définit la stratégie via trois axes. « Premièrement, nous devons aborder ces questions sur la condition des personnes LGBTQ à travers le monde dès qu’il y a des rencontres multilatérales, comme dans le cadre du Commonwealth par exemple, énumère Randall Garrison ; deuxièmement, apporter un soutien aux organismes LGBTQ dans leur pays, et troisièmement veiller à l’accueil des réfugiés au Canada. Une stratégie qui fait consensus reprise par l’ensemble des acteurs et des actrices en la matière. Nommée Émissaire aux droits et libertés de la personne du Québec, le mandat de Julie Miville-Dechêne précise très clairement son rôle sur le plan international entre autres favoriser l’échange d’expertise et de pratiques exemplaires, notamment sur les droits des personnes LGBTQ. 
 
Tout est question de diplomatie. Ne pas être accusé d’ingérence dans les affaires internes d’un pays ou encore d’imposer des modèles pour les groupes LGBT émergents dans le monde, et en même temps être soucieux voire inquiet de la situation des LGBT, les représentants du Canada et du Québec évaluent à chaque fois les meilleurs angles d’approche pour aborder les questions LGBTQ. « Je pense qu’il faut une bonne connaissance du terrain», explique Julie Miville-Dechêne qui se fonde aussi sur son expérience à la tête du Conseil du statut de la femme, «nous devons connaître au mieux la situation des personnes LGBTQ et rencontrer les principaux actrices et acteurs et connaître leur besoin. Nous devons aussi avancer, dans toutes nos rencontres avec tous nos homologues étrangers, qu’il ne s’agit pas de réclamer des droits pour une communauté particulière, mais de rappeler qu’il s’agit de respecter des droits fondamentaux qui sont souvent inscrits dans de nombreuses constitutions, comme le droit à la vie, le droit à la vie privée, le droit à la sécurité, comme n’importe quel autre citoyen ». Julie Miville-Dechêne considère aussi que les organismes LGBTQ ont aussi une expertise sur le dossier LGBTQ international et elle les a consultés dès sa nomination comme émissaire. «Ainsi dans des rencontres bilatérales et multilatérales, nous pouvons échanger sur les bonnes pratiques, nous pouvons nous aussi en apprendre beaucoup sur des initiatives très intéressantes et différentes que celles développées au Québec». 
Trudeau
 
Mais Julie Miville-Dechêne, comme toutes celles et tous ceux qui parlent de la situation des personnes LGBT dans des pays où l’homosexualité est encore condamnée, pense que le chemin sera long, et qu’il y a beaucoup de résistance. « Nous avançons à petits pas, mais il ne faut pas froisser les représentants de ces pays sous peine de voir des portes se refermer et pire, de mettre plus en danger les personnes LGBT. Bien sûr certains représentants de gouvernements où l’homosexualité n’est pas acceptée avancent toutes sortes de raison, comme “cela ne fait pas partie de notre tradition ou de notre culture”, ou encore que leur population n’est pas prête à accepter l’homosexualité, mais de pouvoir en discuter est déjà un premier pas», avance l’ancienne journaliste de Radio-Canada.
 
Dans les réponses de nombreux représentants de pays africains, l’homosexualité serait un legs de la colonisation qui entrerait en contradiction avec les valeurs traditionnelles locales, ou encore condamnée par les textes religieux et donc intolérables. Parler d’homosexualité reviendrait alors comme un geste néo-colonialiste tentant d’imposer un mode et un style de vie occidentaux.
 
Mais aussi bien pour Randall Garrison ou Randy Boissonnault, ou au Québec, pour l’émissaire aux droits et libertés de la personne et même dans les organismes communautaires comme Fierté Montréal, dans le grand concert des nations, les deux seules voix qui sans cesse portent à l’échelle de la planète le sort des personnes LGBT sont le Canada et le Québec. Un devoir pour Julie Miville-Dechêne, un privilège pour Randy Garrison, une nécessité pour nos gouvernements.