Disobedience, dès le 18 mai

Se battre ou renoncer

Logan Cartier
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Rachel McAdams et Rachel Weisz

Dans Disobedience, une jeune femme juive-orthodoxe, retourne chez elle après la mort de son père. Mais sa réapparition provoque quelques tensions au sein de la communauté lorsqu'elle avoue à sa meilleure amie les sentiments qu'elle éprouve à son égard...

Le Chilien Sebastián Lelio s’est vraiment fait connaître sur la scène internationale avec son film Gloria, primé à Berlin en 2013. Quatre ans plus tard, il a reconquis Berlin avec A Fantastic Woman qui lui a valu l’Ours d’argent du meilleur scénario et l’oscar du meilleur film étranger en mars dernier. Disobedience est son sixième long-métrage, son premier en anglais.
 
Cela fait plusieurs années que Ronit (Rachel Weisz) vit loin de sa communauté juive orthodoxe de Londres, mais après la mort de son père rabbin, elle est forcée d’y retourner. Sur place, elle retrouve son vieil ami Dovid (Alessandro Nivola), le fils spirituel de son père et son héritier. À sa grande surprise, il est marié avec son amie d’enfance, Esti (Rachel McAdams). La prolongation de son séjour londonien laisse le temps à Ronit de se rendre compte qu’Esti l’aime encore – en effet, les deux femmes ont jadis été amantes. Esti a besoin d’explorer les limites de la liberté, ou les conséquences de la désobéissance.
 
Disobedience est un drame qui prend le temps qu’il faut pour évoluer et développer la tension. Le projet, tiré d’un roman de l’écrivain britannique Naomi Alderman. Lelio a adapté le livre avec l’aide de la dramaturge reconnue Rebecca Lenkiewicz, livrant un film qui reste très près de ses sujets de prédilection. Disobedience joue joliment du fait que ses deux héroïnes sont diamétralement opposées, mais parfaitement complémentaires. Ronit est extravertie, vocale, mais aussi très conforme aux standards modernes, ce qui, aux yeux de sa communauté orthodoxe, fait d’elle une vraie rebelle. Ils n’acceptent pas son style de vie car elle n’obéit pas aux préceptes de la Torah. Pour eux, elle est le déshonneur de son rabbin de père. De son côté, Esti est timide, introvertie, et déterminée à garder son secret de manière à rester fidèle à son mari et à la communauté. Tourmentée, elle est constamment en lutte contre elle-même, contre sa conscience d’un côté, et de l’autre contre son inclination cachée qui brûle de s’exprimer et la consume. Esti est prise au piège et doit choisir entre son identité sexuelle et son identité religieuse, celle que Ronit a rejetée il y a longtemps. Ainsi c'est à une bataille entre deux perceptions différentes qu’assiste Dovid — ami de l’une et mari de l’autre — la deuxième figure tragique de l’’histoire, forcé d'observer et d'endurer passivement, une réalité dont on ne peut parler.
 
Avec Disobedience, Lelio nous livre un film techniquement parfait où l’image, notamment, est tout à fait impressionnante. Le directeur de la photographie Danny Cohen étire les limites de l’environnement confiné où se déploie l’intrigue par un travail de photographie qui, dans le même temps, emprisonne et libère les personnages, notamment dans la magnifique scène d’intimité entre les femmes.
 
Avec son excellente prémisse et les performances plus que convaincantes des comédiennes, le film de Sebastián Lelio frappe fort au cœur de l’émotion et nous fait vivre les conflits internes d’une romance interdite. 
Disobedience, à l’affiche dès le 18 mai