HOSANNA AU CENTAUR, DU 15 mai au 10 juin

Hosanna ose l’anglais à nouveau

Denis-Daniel Boullé
Commentaires
Davide Chiazzese et  Éloi ArchamBaudoin Hosanna

Créée en français en 1973, Hosanna a été traduite en anglais et montée dès l’année suivante au Tarragon Theatre de Toronto. La pièce se retrouvera même sur la scène de Broadway la même année, mais sans rencontrer le succès escompté. Il faudra attendre 2015 pour que la pièce soit montée en anglais à Montréal et c’est cette version, très appréciée qui sera présentée au théâtre Centaur du 15 mai au 10 juin.

Le directeur artistique du Théâtre Tableau d'hôte, Mike Payette est bien heureux cette pièce phare de l’œuvre de Michel Tremblay, Hosanna, reprenne l’affiche. Ce sera, une fois de plus «l’occasion pour le public anglophone de découvrir ce classique de la dramaturgie québécoise» et pour les francophones de la redécouvrir autrement.
 
Dans ce  huis clos entre deux hommes, Hosanna, un personnificateur féminin, et son amant, Cuirette, un gars de moto. Hosanna revient d’une soirée d’Halloween du club dans laquelle elle travaille. Ce qui devait être la consécration sur scène est une cuisante défaite, puisque les autres personnificateurs lui ont réservé une surprise dont elle ne pourra se remettre. C’est donc une Hosanna détruite que l’on découvre sur scène et qui raconte sa soirée entre ses rêves brisés, la trahison et l’humiliation d’autant plus grands lorsqu’elle apprend que son amant, Cuirette, a participé au complot. Les deux amants vont alors se déchirer et tirer un constat bouleversant et pathétique de leur vie que ni le jeu, ni le rêve, ni la simulation ne peut plus sublimer.
 
Si à sa création, le personnage d’Hosanna a été perçu comme une métaphore du peuple québécois qui se fait accroire qu’il existe sans s’en donner véritablement les moyens, entendre se doter un pays, il n’est pas sûr que le public d’aujourd’hui perçoive cette dimension. Et le metteur en scène, Mike Payette, ne souhaite pas mettre l’accent sur la symbolique politique de la pièce la considérant comme moins pertinente. En revanche, la contemporanéité d’Hosanna est toujours d’actualité pour toute 
population marginale, socialement et économiquement, qui tente de vivre ses rêves dans les limites que la société lui impose. En ces temps où l’exclusion des plus marginaux est croissante, Hosanna et ses frustrations face au monde revêtent une pertinence qui nous touche.
 
Mike Payette a trouvé en Éloi ArchamBaudoin sa Hosanna, et en Davide Chiazzese, sa Cuirette, replacée dans la grande époque des cabarets à la fin des années soixante au Québec. «Les deux personnages portent des masques. Ils préfèrent jouer leur vie que la vivre», insiste Éloi ArchamBaudoin. «Et dans cette fin de partie, les masques tombent peu à peu dans une confrontation cruelle, où chacun rappelle à l’autre ce qu’il est vraiment. Hosanna n’est qu’un petit coiffeur, c’est tout, et jamais il ne sera Élisabeth Taylor, même le temps d’un soir». 
 
Dans ce huis-clos étouffant, il n’y aura ni vainqueur, ni vaincu. Un combat pour exorciser les frustrations que les rêves et les phantasmes de chacun ne peuvent plus cacher.
 
« À la fin de la pièce, on ne sait pas si Cuirette et Hosanna vont rester ensemble ou se séparer », commente Mike Payette. « Ils sont comme ces couples qui ne se supportent plus, mais qui sont incapables de vivre sans l’autre. Michel Tremblay nous laisse sur cette interrogation, au spectateur d’écrire la suite de la pièce ».
 
Pour Éloi ArchamBaudoin, la pièce ne peut être regardée de la même façon que lors de sa création. «Si dans les années soixante-dix, les spectateurs devaient être plus attirés par l’histoire d’un homme qui se déguise en femme, ou encore qui met toute sa vie dans une soirée d’Halloween, je pense qu’aujourd’hui c’est la relation d’amour tumultueuse entre Cuirette et Hosanna qui retiendra l’attention. Quelque soit le sexe, l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, une histoire d’amour reste une histoire d’amour ».
 
Le metteur en scène a choisi de reprendre la première traduction en anglais d’Hosanna, en 1974. Une traduction qui privilégie un anglais normatif plutôt que de choisir un anglais populaire qui rendrait mal compte du joual de Michel Tremblay. Pour le metteur en scène, cela n’enlève rien à la force et à la beauté tragique de la pièce de Tremblay. 
 
 
HOSANNA de Michel Tremblay, avec Éloi ArchamBeaudoin et Davide Chiazzese
Traduction de John Van Burek et Bill Glassco. Mise en scène :
Mike Payette. Théâtre Tableau d'hôte, au théâtre CENTAUR.
Du 15 mai au 10 juin 2018.  

Davide Chiazzese et  Éloi ArchamBaudoin Hosanna