Roseanne

C’est la mode des retours… Roseanne revient

Luc-Alexandre Perron
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Roseanne

Le mois dernier, je vous parlais du retour de Will & Grace et de son succès. Il semble que plusieurs séries s’apprêtent à suivre les pas de cette comédie. En effet, ce mois-ci, je vous parle de Roseanne, une autre émission qui fait son retour au petit écran après de nombreuses années d’absence. Et oui, la famille Connor est de retour à la télévision.

La comédie a dominé les ondes pendant neuf saisons désopilantes de 1988 à 1997 pour un total de 222 épisodes. Toujours à l’avant-garde, cette série avait présenté plusieurs personnages LGBT durant ses années de diffusion. Nous avions même eu droit à un baiser entre deux femmes, alors que la censure s’y était fortement opposée. D’ailleurs, au fil des ans, la série a illustré l’évolution des mœurs face à l’homosexualité, le mariage entre conjoints de même sexe et l’homoparentalité. De nombreux personnages ont dévoilé leur orientation sexuelle au cours des épisodes, à commencer par Nancy, une serveuse qui travaillait au même resto que Roseanne, ainsi que Leon, qui adorait se moquer de Roseanne avec son humour grossier. La mère de Roseanne elle-même avait fait son coming-out alors qu’elle s’était emportée contre un couple gai qui voulait des enfants! Son homophobie intériorisée avait cédé et elle avait avoué avoir besoin de magazines du genre Playboy pour pouvoir coucher avec son mari! Il faut aussi se souvenir de Scott, le conjoint de Leon, qui était avocat. 
 
On nous promet de poursuivre cette présentation de la diversité LGBTQ+ dans la nouvelle mouture. La diversité de notre communauté avait fait figure de phare alors qu’on ne présentait que des personnages gais secondaires et ayant peu d’impact. Roseanne avait changé cette représentation en utilisant même des thématiques LGBT comme sujet principal, comme l’épisode d’Halloween, où tout le monde fait semblant que le conjoint de Jackie est gai et Roseanne mord à l’hameçon lorsqu’elle le trouve au lit avec son propre mari. Nancy (Sandra Bernhard) lui crie alors: We’re everywhere!
 
Souvent le mot «trash» a été associé à cette émission; le milieu ouvrier était dépeint avec ses défauts et ses travers. Pour l’époque, c’était une quasi-révolution. On nous montrait des cols bleus, qui vivaient bien malgré leur maigre revenu. Ils n’étaient pas riches, possiblement la raison pour laquelle, Roseanne avait inventé une saison, où ils étaient devenus millionnaires. Cette idée, d’ailleurs, avait mené à la fin de la série.
 
Si vous vous rappelez la finale — ratée —, Roseanne expliquait que toute la série venait de son imagination, que son mari Dan était décédé, que sa mère n’était pas vraiment lesbienne, au contraire de sa sœur, qu’on avait toujours présentée comme hétéro et qui en fait, préférait les femmes. Tout ça prend le bord et on revient à la comédie. 
 
Avec audace, Roseanne et sa famille se moquent allégrement de la finale bâclée d’il y a 20 maintenant (ils ont raison, car c’était vraiment mauvais). Ainsi, par exemple, Dan est toujours en vie et Roseanne le souligne dès le début du premier épisode. Outre Dan, on retrouve leurs trois enfants, Becky, Darlene et D.J. La sœur de Roseanne, Jackie est aussi de retour. Au cours des saisons, deux actrices ont interprété le rôle de Becky, la fille aînée. Roseanne avec ses idées folles, ramène donc les deux actrices : une campe Becky et l’autre a un rôle différent. 
 
Évidemment, après 20 ans, la famille a grandi. Les enfants Connor ont eu des enfants, dont le fils de Becky, qui porte le nom de Mark. On se retrouve maintenant avec une dynamique de trois générations plutôt que seulement deux.
 
Est-ce que ça fonctionne après tout ce temps-là? Est-ce que c’est drôle? Eh bien oui! Roseanne n’a pas perdu la main. Son humour trash frappe toujours aussi fort. On s’amuse ferme.  Et Roseanne ne déçoit pas la communauté LGBTQ. Dès les premiers instants, un jeune garçon, le fils de Darlene, semble exhiber tous les traits d’un gai/bi/trans. Roseanne, sa grand-mère, lui demande s’il croit être une fille ou un garçon, laissant donc la place à la possibilité que le jeune soit trans. Mais il répond qu’il se sent comme un garçon, malgré son habillement et son vernis à ongles. L’ouverture que montre Roseanne envers son petit-fils démontre qu’il pourra vivre sa vie comme il le veut. Il pourra profiter de la protection de sa grand-mère puisque Darlene, qui a perdu son emploi, est de retour au foyer familial avec ses deux enfants, Harris et Mark. Au lieu d’un conflit entre deux générations comme dans la série originale, il y en a maintenant trois dans la nouvelle mouture.
 
Mis à part l’élément gai, la comédie ne perd pas de temps et aborde des sujets qu’on ne pouvait aborder il y a 20 ans. D’abord, Becky, l’aînée, qui veut devenir mère porteuse. Les pour et les contre de cette procédure sont bien présentés. Quant à D.J., le fils, il revient d’une mission au Moyen-Orient. Il est père d’une jeune fille… afro-américaine.
 
Fidèle aux saisons précédentes, on nous présente une famille ouvrière, sans couverture d’assurance-santé, où l’on s’échange des médicaments d’ordonnance, où on vote à droite et on croit aux promesses de Donald Trump. À ce propos, il faut aussi se demander si un certain public va pardonner à Roseanne son appui inconditionnel à Donald Trump. La comédienne s’est d’ailleurs attirée les foudres de bien des gens du milieu artistique avec ses positions et ses opinions. Ce débat se retrouve aussi à l’écran entre Roseanne et sa sœur Jackie, la guerre est ouverte puisque Jackie, contrairement aux autres membres de sa famille, a voté pour Hillary Clinton. Ce qui a creusé un fossé entre les deux.
 
Je vous recommande donc fortement ce retour aux sources avec Roseanne et la famille Connor. 
 
ROSEANNE les mardis à 20h sur CTV, ou sur le site www.ctv.ca