MAIPOILS - DEUXIÈME ÉDITION

Célébrer la pilosité

Julie Vaillancourt
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MAIPOILS - DEUXIÈME ÉDITION
Photo prise par © ARIANE LABRÈCHE
Le mois de mai annonce le retour en force de Maipoils. Pour une seconde édition, l’événement invite femmes et hommes à sortir le poil des carcans idéologiques, en mettant au pla-card rasoirs et cire épilatoire pendant tout le mois de mai. Entrevue avec Paméla Dumont, idéatrice du projet.
 
Puisque nous en sommes à la deuxième édition, pouvons-nous désormais parler d’un «événement» Maipoils?
 
L’an dernier, les gens me demandaient, à la blague, si c’était un festival du poil… Là, ça fait un an pile poil et éventuellement, nous aimerions beaucoup que ce soit un festival du poil. La différence avec l’an dernier, c’est que de nombreuses personnes se sont portées volontaires pour apporter de leur temps et expertise au projet. La famille organisationnelle s’est beaucoup agrandie et ça ressemble de plus en plus à un festival du poil! Nous avons toujours à cœur qu’une grande part des activités soient médiatiques en ayant une portée internationale, c’est-à-dire qu’elles puissent se réaliser un peu partout dans le monde..
 
Comment cela se traduit-il concrètement?
Nous venons de terminer le tournage de 31 témoignages vidéo très diversifiés avec des vécus différents qui seront diffusés tous les jours du mois de mai. Tous les témoignages sont avec sous-titres, français/anglais et en langage des signes, afin d’être le plus accessible possible. D’ailleurs, une exposition photo sera présentée: on a voulu surprendre et déranger, jouer avec les codes de la mode, en ayant notamment des corps féminins avec des poils. On essaie le plus possible de prôner une réelle diversité intersectionnelle. Autre nouveauté cette année, la création d’un outil (éducatif) en ligne sur le poil, offrant des points de vue historiques, philosophiques et, bien sûr, féministes, pour démystifier la pilophobie généralisée et particulièrement celle touchant les femmes. Notre clientèle cible est principalement les adolescent(e)s en pleine puberté, mais aussi les pré-adolescents, car c’est important de faire de la sensibilisation avant la puberté afin de savoir comment on fait pour gérer ses poils!
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Alors que le poil revient à la mode notamment chez les hommes avec le port de la barbe, pourrions-nous dire que «l’interdiction» du port du poil chez la femme constitue une forme d’oppression?
 
C’est clair que c’est une forme d’oppression! Le poil ne laisse personne indifférent, surtout lorsqu’on parle de pilosité féminine; c’est presque impossible qu’il n’y ait pas une réaction polarisée. Ça veut dire que le poil est associé à une symbolique très forte. À mon avis, le poil représente le tabou le plus grand de l’éducation sexuelle des femmes, car elles ne peuvent pas en parler. Je lis présentement The Beauty Myth de Naomi Wolf, où elle explique que plus les femmes féministes, par exemple, montent en échelon dans leur carrière, plus la pression est grande par rapport à leur apparence. Comme l’ont exposé des écrivaines, c’est bien plus difficile d’avoir le contrôle sur son corps, car moins tangible que les conditions de travail, le salaire, par exemple, donc les gens se dérespon-sabilisent rapidement. On prône avec hypocrisie le libre choix, c’est-à-dire faire ce qu’on veut avec son corps, mais en soi, ce n’est pas possible, car les jugements sont là en permanence. D’où l’importance d’en parler, au même titre que les débats actuels sur la parité, car actuellement il y a une iné-galité et des doubles standard par rapport à l’apparence.
 
Justement, Maipoils semble s’inscrire dans les questionnements d’actualité, dans la mouvance du #MoiAussi, la notion de consentement et les débats sur la parité.
 
Tout à fait. Les gens ne font pas toujours le lien, mais je trouve que c’est intrinsèque à tout ce dont on parle présentement, que ce soit en lien avec la culture du viol, le dénigrement du corps de la femme. Et aussi d’autres tabous, comme les menstruations, où l’on parle de dégout par rapport à des éléments qui sont profondément naturels. Le poil est naturel et il est aberrant qu’on n’ait pas un petit peu d’éducation sur le sujet, ne serait-ce que dans les cours d’éducation sexuelle. On a tellement cette obsession de vouloir différencier l’animal de l’humain, qu’on s’est construit un imaginaire collectif pour se diviser dans cette évolution. Ce puritanisme associé au poil hiérarchise les êtres humains, même dans les ethnies, alors c’est important de se positionner par rapport au poil. Avec Maipoils, le but est de créer un précédent, que les gens voient tout à coup un peu plus de gens avec des poils sur le corps et ce, surtout chez les femmes, pour voir enfin d’autres modèles de beautés sans culpabiliser la différence. 
 
Maipoils, du 1er au 31 mai. Pour plus d’informations sur la cérémonie d’ouverture (et l’exposition photo): www.maipoils.com/ 
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