Mélyssa Legault

Le désir de servir

Denis-Daniel Boullé
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Mélyssa Legault

À quinze ans, sa carrière était toute tracée: les Forces canadiennes. Avec en arrière-plan un désir peu formulé dans sa tête: celui de servir. Quand elle quitte les Forces canadiennes en 2006, Mélyssa Legault commence une transition. Et c’est tout naturellement qu’elle trouve un réseau et du soutien dans les groupes communautaires. D’abord auprès de l’Aide aux trans du Québec (ATQ), puis dans sa région en Montérégie avec l’association Jeunes adultes gaie-e-s, plus connu sous le nom de JAG ou encore à Fierté Agricole. Pour les prochains mois, Mélyssa Legault a décidé de ralentir ses activités pour se concentrer sur son bac en biologie.

Si elle garde de bons souvenirs de son passage dans l’armée, d’autres sont loin d’être des médailles pour elle. D’abord sa santé physique qui l’oblige encore régulièrement à des séances de kinésithérapie; ensuite, parce que dans les années 90, il n’était pas bon de se démarquer des autres dans l’expression du genre. «Je savais que j’étais gai, je savais que mon corps et peut-être mon comportement ne correspondait pas avec l’attitude que l’on se fait d’un soldat. J’ai subi énormément de commentaires, de moqueries parce que je ne correspondais à la norme, raconte-t-elle. Le plus étonnant, c’est que même si il y a eu des moments difficiles pendant ces années, j’ai aussi de très bons souvenirs». Mélyssa est entrée dans les cadets à l’âge de 13 ans. Quatre ans plus tard, c’est l’école militaire. «J’ai choisi l’armée, personne ne m’a poussée à y faire carrière, et puis c’était l’opportunité de faire des études en étant payée», explique-t-elle.
 
Retraitée de l’armée à 32 ans, Mélyssa n’a qu’une seule envie s’installer en région. «Même si j’ai grandi à Verdun jusqu’à 13 ans, avant que mes parents ne s’installent à Saint-Hyacinthe, continue-t-elle, j’ai toujours préféré la vie proche de la nature. J’ai donc acheté une maison à Saint-Hyacinthe quand j’ai quitté l’armée». Contrairement à une idée reçue, pour Mélyssa, faire sa transition en vivant dans une petite ville n’a pas été difficile. «Bien sûr, il y a parfois des personnes qui me regardent un peu étrangement mais je n’ai jamais reçu de commentaires transphobes, ou me suis sentie en danger. Au contraire, les gens semblent plus curieux et plus acceptants, confie-t-elle. En revanche, à Montréal, il m’est arrivé très souvent de recevoir des commentaires négatifs jusqu’à des insultes.»
 
Son entrée dans le communautaire l’a non seulement aidé dans sa transition, mais lui a aussi permis de développer un réseau social solide et de cultiver des amitiés. «Que ce soit à l’ATQ, au JAG tout comme à Fierté agricole, j’ai été surprise de la qualité de l’accueil, du dévouement des bénévoles; donc c’est devenu logique que je m’y investisse en faisant profiter les groupes de mon expérience en informatique ou encore dans la gestion de projets, se souvient-elle, jusqu’à être sur le C.A. de ces organismes. Je suis sur celui de Fierté Agricole, un groupe où je me suis tout de suite sentie appréciée et bienvenue. Nous sommes deux personnes trans, je crois, à Fierté Agricole.»
 
Mélyssa veut aujourd’hui s’adonner à son autre passion, la biologie et les plantes qu’elle étudie à l’Institut Agroalimentaire de Saint-Hya-cinthe, sans pour autant abandonner toutes ses activités bénévoles, mais simplement les réduire. «Il faut aussi que je prenne soin de ma santé, et mentale et physique, que j’aie un meilleur rythme de vie, mais je n’abandonnerai jamais le communautaire. J’y ai fait de très belles rencontres, on sent qu’on peut y avoir sa place et qu’on peut y jouer un rôle pour aider les plus jeunes, informer la population, et changer à son niveau ce que l’on peut changer», conclut Mélyssa.