Chine

L'homosexualité reste presque invisible des écrans chinois

Collaboration Spéciale
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Les homosexuels ont remporté une victoire en Chine, mais leur combat continue. Si un tollé contre la censure a fait plier de façon inédite un grand réseau social, les thèmes LGBT restent encore quasi-tabous à la télévision et au cinéma.

Le site de microblogues Weibo avait annoncé la semaine dernière à ses 400 millions d'utilisateurs qu'il effacerait les contenus « avec des implications pornographiques, promouvant la violence ou (en rapport avec) l'homosexualité » présents dans des jeux vidéos, des bandes dessinées ou de vidéos.

L'annonce a suscité d'innombrables messages de protestation sur internet, ralliés sous le mot-dièse #JeSuisHomosexuel. Même le Quotidien du peuple, l'organe officiel du Parti communiste chinois (PCC) au pouvoir, a publié un article appelant à l'acceptation de l'homosexualité.

Au final, Weibo a fait marche arrière cette semaine en retirant son interdiction.

« C'est une victoire et un signe plutôt positif », juge Xiao Tie, directrice du centre LGBT de Pékin. « Mais le réseau social ne s'est pas excusé, donc le problème n'est pas complètement résolu. Et nous faisons toujours face à de nombreuses difficultés. »

Pékin a dépénalisé l'homosexualité en 1997 et l'a retirée de la liste des maladies mentales en 2001. Le sujet n'est pas tabou dans le pays: les gens et la presse en parlent. Mais les contenus montrant des histoires entre gais et lesbiennes ont du mal à s'imposer dans les médias grand public.

Baisers censurés

« Aucune série télévisée ne doit montrer de relations sexuelles et de comportements anormaux, comme l'inceste, des relations entre personnes de même sexe, des perversions sexuelles, du harcèlement sexuel, des agressions ou des violences sexuelles », indiquait en 2016 une circulaire officielle transmise aux chaînes de télévision.

L'an passé, les vidéos montrant des relations homosexuelles ont été bannies des plateformes de diffusion en streaming sur internet.

Le film « Call Me By Your Name », qui raconte une histoire d'amour entre deux hommes en Italie, a été déprogrammé de l'actuel Festival international du film de Pékin. Ce film, qui a obtenu l'Oscar 2018 du meilleur scénario adapté, figurait pourtant dans la liste préliminaire des oeuvres à diffuser.

Pour la première fois, un film ouvertement gai est actuellement à l'affiche dans les salles en Chine. « Looking for Rohmer », une coproduction franco-chinoise sur une relation amoureuse entre un Chinois et un Français (joué par Jérémie Elkaïm), est très largement diffusé dans les cinémas du pays.

Mais de nombreuses scènes ont été coupées au montage, rendant peu perceptible la romance entre les deux personnages, qui ne s'embrassent jamais dans la version finale.

Peu de Chinois se disant croyants, l'homosexualité est relativement épargnée par les tabous traditionnels des grandes religions monothéistes. Mais elle reste confrontée à d'autres défis.

Pression du mariage

Des valeurs familiales solidement ancrées imposent ainsi de se marier tôt et d'avoir des enfants. Deux choses quasi-impossibles dans une relation homosexuelle, le mariage entre personnes de même sexe n'étant pas légal en Chine.

Par ailleurs, aucune loi anti-discrimination n'existe à l'heure actuelle.

Et aucune « marche des fiertés » n'est organisée dans le pays, où toute manifestation reste perçue comme une menace potentielle pour la stabilité sociale.

Malgré cela, la Chine reste l'une des nations d'Asie les moins fermées à l'égard de l'homosexualité.

La plupart des jeunes urbains n'ont pas d'animosité envers les personnes LGBT, des bars gais ouvrent, et de nombreux événements sont organisés. De récentes décisions de justice vont également dans le sens d'une plus grande ouverture.

En 2017, une personne transgenre, née femme, mais qui s'habillait en homme, a gagné un procès pour licenciement illégal dans la province du Guizhou (sud-ouest).

L'été dernier, un hôpital psychiatrique du Henan (centre) a été condamné pour avoir imposé à un patient gai un « traitement » censé le guérir contre son gré de son orientation sexuelle, via des pilules et des injections.