Nana de Grèce

Trente ans de carrière déjà

André-Constantin Passiour
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Michel Dorion et Nana de Grèce
Photo prise par © Pierre Simard

Oui, voici bien 30 ans que cette drag queen bien connue fait ce métier. Tout un parcours depuis le Cabaret l’Entre-Peau jusqu’à aujourd’hui ! Depuis ce temps, bien de l’eau a coulé sous le pont et Nana de Grèce a vu bien des planches, de Montréal à Québec en passant par Trois-Rivières ou Toronto, entre autres. Nana, aimant beaucoup le style cabaret et le music hall, a toujours axé sa carrière sur les chansons plutôt que sur les personnages.

Devenu maintenant une tradition, Nana de Grèce tient son «Bal de la Reine», le dimanche 20 mai prochain, avec Michel Dorion à la co-animation. Le tout débute à 18h, au bar Le Cocktail, 1669, rue Sainte-Catherine Est. Entrée : 5$. Évidemment, il y aura bien des surprises et plusieurs autres drags seront sur place pour cette belle célébration ! C’est peut-être l’occasion de sortir vos habits chics ou avoir l’air d’un prince charmant ! «L’idée de faire un bal vient du fait de mon couronnement en 2010, on s’est dit que ce serait, justement, une bonne idée de faire un bal et d’inviter les gens, que ce serait ainsi spectaculaire. À l’époque, au Canada, cela tombait le week-end de la Fête de la Reine [aujourd’hui la Journée des Patriotes]. Donc c’était idéal. Et les gens ont embarqués, ils se mettaient le fameux ruban, des médailles, etc. C’était très beau, et on a décidé de continuer», indique Nana.

Il est bien loin le temps ou Claude Vaillancourt s’est présenté au concours Miss Entre-Peau ! «C’était la même année où Michel Dorion commençait, également, c’est là qu’on s’est connu d’ailleurs, poursuit Nana. Ce qui m’impressionnait c’était de voir, par exemple, les Alexandre Rémi et Vicky Richard se transformer, on en oubliait que c’était des hommes tellement ils entraient dans leurs personnages. C’est cette transformation qui m’intéressait. Je n’aurais jamais pensé que j’allais en faire une carrière qui allait durer autant.» 

Mais alors, d’où est venu le nom de Nana ? «Après avoir fait le concours à l’Entre-Peau [situé dans ce qui est le Cabaret Mado maintenant], Mado me demande de remplacer quelqu’un au concours de «l’Empire des pires stars» ! C’était au bar Lézard (au coin de Saint-Denis et Rachel). J’ai fait la chanson de Nana Mouskouri, Le Tournesol. Et puis, le nom de Nana est resté. Je porte donc ce nom depuis ce temps-là !» 

De l’Entre-Peau au Lézard, de la Boîte en Haut (d’Yvon Jussaume) au cabaret Chez Bobette (qui était sur Saint-André), puis le Sky, le Cabaret Mado et le Cocktail, Nana en a été sur bien des scènes. «Il y a eu aussi le Liberace ou le Drague à Québec, j’ai aussi travaillé au Saguenay, à Toronto, à Sherbrooke, et dans deux bars à Trois-Rivières, j’en oublie sûrement tellement il y en a», dit Nana. Mais il y a des instants plus marquants que d’autres, on s’en doute bien… «J’ai passé 30 années merveilleuses et j’ai eu beaucoup de plaisir. Je ne pourrais jamais oublier des moments magiques comme lorsque j’ai animé au Stade olympique lors des Outgames de Montréal, en 2006, puis il y a eu les Bingo à Mado au Spectrum, au Casino de Montréal, etc., ou encore les spectacles à grand déploiement comme les Mascara : la nuit des drags (durant les défunts Divers/Cité avec Mado Lamotte) ou Illusion, de Michel Dorion (de Fierté Montréal). Cela me remplissait de joie de voir la foule, les autres drags, l’atmosphère que l’on ressentait aussi. C’est pour cela que je vais continuer le plus longtemps possible».

Qu’est-ce qui a évolué en 30 ans de métier ? «Il y a dix ans, j’ai travaillé au bar St-Sulpice, sur Saint-Denis. Le gérant m’avait donné carte blanche. J’ai poussé mes limites jusqu’au bout. Le bon côté est que l’on pouvait voir jusqu’où on pouvait aller sans offenser le public. C’était un public gais, mais surtout jeune. Donc, je crois qu’ils étaient prêts à absorber ce genre d’humour plus cru, ils étaient ouverts. On se demandait pourquoi il y avait de plus en plus de monde qui assistait aux spectacles. On s’est rendu compte que c’était ce type d’humour. Cela fonctionnait. Mais cela se voit dans le milieu des humoristes. L’humour d’aujourd’hui n’est pas le même que celui d’Yvon Deschamps, par exemple. Je dirais que c’est ça qui a évolué. On dit des choses sur scène aujourd’hui qu’on n’aurait jamais pensé dire à l’époque sans offusquer des gens. C’est ce qui fait rire les gens. Donc, il y a eu une évolution, c’est différent de ce que c’était lorsque j’ai commencé…», avoue Nana de Grèce avec simplicité.

Mais ne demandez pas à Nana de faire Lady Gaga, Mariah Carey, Jennifer Lopez ou une autre diva du style ! «J’ai toujours trippé sur le genre «cabaret», sur les spectacles au Lido ou au Moulin Rouge, à Paris. J’aime les chansons de music hall avec des costumes à plumes, c’est ce que j’ai toujours privilégié. Je me suis nettement orienté vers ce style et on me reconnaît pour ça. J’ai toujours eu beaucoup de tenues garnies de plumes, j’adore ça…»

Nana fait le constat que le domaine du drag à Montréal est incertain. Les cachets sont presque aussi bas qu’il y a 30 ans. Lorsqu’on regarde de l’autre côté de la frontière, «on voit qu’avec des émissions comme RuPaul’s Drag Race, cela a élevé le métier de drag queen là-bas et c’est plus facile d’en vivre là-bas qu’ici», commente Nana de Grèce. «Ici, les jeunes qui débutent, paient en fin de compte pour travailler puisque tout coûte plus cher qu’avant que ce soit les costumes, le maquillage, les perruques, etc. Même moi qui n’a pas le même cachet qu’une débutante et je ne pourrai pas en vivre. J’ai dû retourner aux études et me trouver un emploi. Donc, je ne sais pas comment sera l’avenir pour les drags. Par contre, lorsqu’on invite des drags de RuPaul’s Drag Race ou d’autres, elles ne reçoivent pas un salaire de quelqu’un de «local», mais un cachet plus élevé, sinon elles ne viendraient tout simplement pas… Mais il faut noter que c’est pareil chez les autres artistes. Il n’y a que 4 ou 5% de ceux qui sont inscrits au bottin de l’Union des artistes qui vivent bien, les autres vivent pratiquement sous le seuil de la pauvreté. On suit la même tendance on dirait…», de poursuivre Nana.

En terminant l’entrevue, Nana tenait à remercier les «Nanettes» présentes et passées, «les danseurs extraordinaires qui m’ont appuyés dans mes spectacles». «Je tiens à remercier aussi tous ceux qui m’ont engagé dans les bars et les clubs ou pour les spectacles depuis 30 ans, il y a tellement de personnes que je ne pourrai les nommer toutes, mais elles savent bien qui elles sont. Et, bien entendu les Mado Lamotte, Michel Dorion, etc. cela a toujours été merveilleux de travailler avec elles […]», de conclure Nana…