Où sont les lesbiennes?

Migration lesbienne estivale

Julie Vaillancourt
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Julie Vaillancourt

Au moment d’écrire ces lignes, l’application de la maxime «en avril, ne te découvre pas d’un fil», est plus vraie que jamais. Or, un jour, quand le beau soleil arrivera et que le temps chaud se fera sentir, il faudra penser à se pointer le nez dehors, sinon l’été sera déjà passé… Que font les lesbiennes l’été? Liste de trois choses «NORMALES» à faire… 

Elles partent à Cape Cod
Provincetown, la Mecque des gais et lesbiennes qui veulent faire de la plage. La dernière fois que j’ai mis les pieds dans les eaux du Massachusetts, j’avais 12 ans. Je me souviens de cette longue route de plus de sept heures qui en paraissent vingt, pour une fille souffrant du mal des transports. Le terme souffrant, l’est doublement lorsqu’associé au complément chips au vinaigre, annexé à une vessie hyperactive, sans oublier l’absence d’air climatisée dans la voiture. Arrivée à Provincetown, je n’ai jamais été aussi heureuse de voir les dunes de sable! Derrières les dunes, la mer. Je m’apprête à courir dans l’eau. Mirage… Les parents de mon amie scannent la plage des yeux. J’entends: «Mon Dieu, c’est une plage de tapettes?». À regarder de plus près, les hommes étaient entre eux et les (plus rares) femmes aussi. Un gars efféminé qui semblait tout droit sorti d’Alerte à Malibu, scandait en courant «Come on, girls!» aux gars bronzés sur la plage. 
 
Du haut de ma naïveté prépubère de fille-qui-n’est-pas-encore-au-courant-qu’elle-est-lesbienne, j’ai pensé que c’était un gros party entre ami(e)s, jusqu’à ce que j’entende les parents dire «on va aller sur la plage N-O-R-M-A-L-E». Du haut de notre ignorance, on a migré avec nos préjugés vers la plage NORMALE. Pour être franche, j’ai aussi pensé que j’étais «pas normale», parce que sur 4 personnes dans la voiture, j’étais la seule à vomir mes tripes, dû au simple fait que j’étais dans une voiture. Cela dit, à 12 ans, on ne se pose pas trop de questions: je voulais juste me baigner, plage normale ou pas.
 
Elles vont en camping
Après la mer, le plein air. Jeune, j’étais une fille de mer et de terre. J’étais dans les Jeannettes. Salut Baden-Powell! Dans la mythologie du scoutisme, les jeannettes «sillonnent, en sizaine, les sentiers de la Forêt Bleue et cueillent des fleurs aux couleurs de la joie». Dans les faits, je grimpais aux arbres (dans les endroits proscrits), j’allais aux bécosses (parce que j’avais toujours envie de pisser), j’apprenais à faire du feu et manger dehors, parce que c’était le genre d’activité à l’agenda, pour nous préparer à la vie de plein air, j'imagine… 
 
Fière de ce passé intrépide, à 22 ans, je suis partie en cam-ping avec ma blonde (j’étais à présent A-NORMALE). On a chargé le vieux Dodge Caravan 1989, puis on est parties sillonner les routes du Québec. Ma blonde, française, rêvait de découvrir les cabanes du Canada et la québécoise, diplômée des Jeannettes, rêvait de montrer ses talents de bûcheronne. C’est là que les violons s’arrêtent. Arrivé au camping de Valcartier (!), on aperçoit les glissades d’eau à deux pas du terrain de camping (très reculé et exotique, vous me direz): entre terre et «mer», j’ai déjà le goût d’aller me baigner… Surtout que cela fait exactement deux heures que la Française et la Jeannette essaient de monter la tente de camping. Je sais, c’est pas NORMAL. Y’avait peut-être des substances illicites (bientôt légalisées) dans l’air, je sais pas… Du coup, on abandonne. 
 
On dormira dans la vieille caravane, y’a des rideaux. Réglé. Deuxième étape, s’alimenter. Faire un feu. Bien sûr, comme on n’est pas en plein bois et qu’on a une caravane pour rouler jusqu’au dépanneur, on opte pour la solution logique et facile: faire un feu. (Quoiqu’on était peut-être trop «gelées» pour conduire? Rappel: substances illicites dans l’air, on en a probablement respirées, par mégarde, bien sûr). 
 
La Jeannette et la Française ne savent plus comment faire un feu… Lorsque deux ainées dans leur Winnebago te 
disent de "prendre du papier journal et un briquet", c’est là que tu sais que tu as atteint le fond… Une bonne nuit de sommeil aidera… 
 
Quand tu te réveilles à 6h du matin, complètement trempée en suffoquant dans la vieille Dodge Caravan (c’est pas l’effet du sexe, mais l’effet de serre, parce que tu n’as pas pensé à ouvrir les fenêtres), tu te dis que le camping n’est pas fait pour toi. Que la Jeannette que tu as jadis été, n’est plus qu’un lointain souvenir…
 
Elles restent à Montréal
Si tu n’es pas une Jeannette, comme moi, tu aimes rester à Montréal, l’été. Et c’est NORMAL. Déjà qu’on a juste 3 mois (réels) d’été, on veut profiter de la chaleur de la métropole et de ses festivals. En commençant par les Francos, suivi du Jazz et de Juste pour rire, avant de célébrer la Fierté. Sinon, y’a toujours les drags du Cocktail ou la drague avec un cocktail, sur une terrasse du Village… Santé! Bon début d’été!
 
 
31 mai au 3 juin: 
Women of Color Weekend: 
 
17 au 21 juillet: 
Girl Splash Provincetown 
 
Pour inscrire la marmaille dans les Scouts ou les Jeannettes: scoutsdequebec.qc.ca
 
Francos de Montréal (8 au 17 Juin): www.francofolies.com/ 
 
Festival international de jazz de
Montréal (28 juin-7 juillet): www.montrealjazzfest.com