L’Institut du Développement du Leadership Positif

Pour former des leaders dans la communauté séropositive !

André-Constantin Passiour
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L’Institut du Développement du Leadership Positif
Photo prise par © NADIA GUILLEMETTE

Daniel-Claude Gendron a été animateur durant plusieurs années à la Maison Plein Cœur, il a organisé aussi des soirées au bar Stud pour amasser des fonds pour un camp pour personnes séropositives, et on le connait aussi pour sa BD de super héros «Super Séropo», lancée il y a presque dix ans maintenant… Depuis l’été dernier, cet infatigable et sympa «séropo» œuvre sur un nouveau programme d’une durée de cinq ans et appelé l’Institut du Développement du Leadership Positif (IDLP) qui sert à outiller les personnes séropositives pour contrer la stigmatisation et la méconnaissance face à cette maladie qu’est le VIH et à en faire des «leaders» prêts à prendre la parole et intervenir sur la place publique alors que certaines choses passent, parfois, sous silence…

C’est au mois d’août que la COCQ-Sida (Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le Sida) met sur pied, en partenariat avec la Ontario AIDS Network OAN), le volet québécois et francophone de l’IDLP financé par l’Agence de Santé publique du Canada. «On dirait que ce programme était fait pour moi, j’étais le candidat idéal pour occuper le poste de coordonnateur», d’avouer le très sympa Daniel-Claude Gendron.
 
Mais il faut retourner à la genèse. M. Gendron va suivre en Ontario la première formation de ce réseau de personnes séropositives. Il faut dire que, là bas, un tel programme existe depuis 2006 et que, à date, l’IDLP compte plus de 800 individus qui ont suivi au moins un niveau de la formation qui en comporte trois. «Il y a beaucoup d’émotions fortes dans cette formation, on travaille beaucoup sur soi, mais à travers cela on apprend les histoires de vie des autres, on crée des liens et ceux-ci deviennent forts, poursuit-il. Par exemple, pour des femmes autochtones, la sécurité alimentaire et l’eau potable sont une priorité alors que le VIH devient un peu secondaire. Mais cela fait partie de la vie, on se confronte aux diverses réalités…»
 
«De retour à Montréal, j’ai réalisé que nous étions en pleine chute de la mobilisation», dit Daniel-Claude Gendron. On observe alors que la Fondation Farha fusionne à la Fondation québécoise du sida, que la Fondation d’aide directe Sida-Montréal, une banque alimentaire qui existait depuis les années 1990, fermait ses portes, et que la Maison Plein Cœur réduisait ses services directs aux personnes vivant avec le VIH-sida (PVVIH) puisque le gouvernement fédéral n’octroyait plus de subventions à certaines organisations et que le gouvernement du Québec diminuait considérablement ses subsides… «Tout ça passe presque sous silence. La mobilisation semble absente, continue-t-il. Mais justement avec une telle formation, les gens seraient appelés à prendre la parole, cela ne se passerait pas ainsi.»
 
Dans la formation de base, on aborde les valeurs, le dévoilement de son statut sérologique, on pèse le pour et le contre, mais cela donne surtout aux gens une certaine force et une certaine volonté pour, éventuellement, faire face à la stigmatisation encore bien présente. «Oui, il y a la trithé-rapie; la science a avancé et les gens vivent mieux qu’autrefois avec les traitements, mais bien des gens ont encore de la misère, au travail, à révéler pourquoi ils doivent s’absenter plusieurs fois par année soit pour voir leur médecin et passer des tests sanguins, soit parce qu’ils ne sont tout simplement pas assez en forme pour se rendre à leur job! Çà, c’est la réalité encore aujourd’hui. On hésite à faire cette étape par peur d’être stigmatisé car ce phénomène est bien réel. Même s’ils sont bien, les gens ont peur d’être stigmatisés et de vivre avec ça. Encore maintenant, ce n’est pas évident», souligne Daniel-Claude Gendron.
 
«Du 8 au 11 mars 2018 a eu lieu la première formation de base de l'IDLP au Couvent Val-Morin. Quatre jours mémorables où 18 leaders émergents ou établis, ont tissé des liens et abordé des sujets tels que les valeurs, la prise de décision, le dévoilement et les pratiques du leadership. La démarche de la formation s'appuie sur la conviction que le leadership ne dépend pas d'un petit groupe d'individus charismatiques, mais plutôt que tout le monde a la capacité d'être un.e chef.fe de file à sa manière», explique M. Gendron. Tout au long de cette formation, les participants ont été encoura-gés à se considérer comme faisant partie d’une plus grande communauté de personnes vivant avec le VIH, à valoriser et à apprécier les expérien-ces uniques qui les accompagnent et à comprendre l’histoire, de même que l’évolution, de la réponse nationale et mondiale à l’épidémie du VIH. «Ce programme crée une véritable "communauté" et pas seulement au Québec, mais à travers le Canada», rajoute Daniel-Claude Gendron, le coordonnateur de l’IDLP.
 
Et oui, il y aura une autre formation sous peu, soit «Qui suis-je en tant que leader?», du 5 au 8 juillet au Couvent Val-Morin, évidemment, dans cette jolie ville des Laurentides du même nom. Mais qui peut y assister? Toutes les personnes séropositives qui s’intéressent au développement de leurs capacités de leadership et de résilience en lien avec le VIH! Et, rassurez-vous, que vous habitiez à Matane, à Rouyn-Noranda ou à Chicoutimi, les frais de transports, d’hébergement et de nourriture sont couverts par l’IDLP. «On lance une invitation particulière aux autochtones francophones vivant avec le VIH-sida et aux trans séropositifs, ces deux communautés sont absolument les bien-venues», dit Daniel-Claude Gendron.
 
«C’est un projet ultra motivant parce que cela va donner des résultats bien concrets au cours des prochaines années et redynamiser le milieu du VIH-sida. […] Après les trois formations, on se sent assez fort pour agir, pour intervenir, pour militer en faveur se cette cause, mais chacun à sa manière et dans son milieu, mais en sachant que c’est toute une communauté qui les appuie et c’est ça la différence…», insiste M. Gendron. 
 
On peut s’inscrire au idlp.info
On peut communiquer aussi avec Daniel-Claude Gendron, au 514-844-2477. 
Quant au personnage de Super Séropo, on peut continuer à suivre ses aventures sur le site www.metabolisme.ca