Descentes policières homophobes dans les parcs et les toilettes depuis 2008

Victimes de pièges homophobes recherchées

Collaboration Spéciale
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Expo Public Toilet & Private Affairs - Marc Martin
Photo prise par © Marc Martin - Expo Public Toilet & Private Affairs

En 1979, l'Association pour les droits de la communauté gaie du Québec (ADGQ) lançait un appel à témoignages dans le but de documenter la répression policière contre les gais. Près de quarante ans plus tard, des documents obtenus de trois corps policiers gouvernementaux rendent pertinent le renouvellement de cet appel. Le collectif Cruise Control lance un appel à ceux qui se considèrent victimes de pièges homophobes policiers.

Depuis 2008, le Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM), le Service de Police de l'Agglomération de Longueuil (SPAL), et le Service des Grands Parcs se sont voués à l'éradication des clientèles «indésirables» qui commettent des actions dites «indécentes» dans les toilettes publiques et les boisés des parcs montréalais et longueuillois, parcs longtemps reconnus comme étant des lieux de drague gai. Vidéo surveillance, patrouilles canines, et agents vêtus en civil: au cours de la dernière décennie, nos lieux de drague sont redevenus l'objet d'attaques policières coordonnées.
 
Selon des données obtenues du SPVM et du SPAL, au moins 200 hommes auraient été arrêtés depuis 2008, principalement en vertu de l’article 173(1) du Code criminel canadien, article qui rend criminel toute action jugée «indécente». Pour être accusé d’une action «indécente», l’action doit être commise volontairement «soit dans un endroit publique en présence d’une ou de plusieurs personnes, soit dans un endroit quelconque avec l’intention d’ainsi insulter ou offenser quelqu’un». Étant donné que les échanges sexuels dont il est question se déroulent dans des espaces à l’abri de l’œil public, il est quasiment impossible pour les policiers de prouver que ces échanges ont eu lieu en présence d’autres membres du public. Autrement dit, des agents du SPVM et du SPAL ont recours à des tactiques malhonnêtes ayant pour but de fabriquer des preuves.
 
Une grande partie des arrestations mentionnées a été effectuée par des agents en civil. Déguisés, ces policiers flânent délibérément aux alentours de lieux de drague sous le faux prétexte de vouloir se livrer à des relations sexuelles consensuelles avec d’autres hommes. Une fois que la victime expose son corps nu au policier, un deuxième policier, jusqu’alors caché, apparaît pour témoigner de l’acte indécent. Le critère stipulant que l’acte doit être commis «en présence d’une ou plusieurs personnes» est dorénavant satisfait. Le témoignage du deuxième policier suffira pour établir ce fait.
 
Malheureusement — mais ce n’est peut-être pas surprenant —, l’article 173(1) n’est pas le seul article du Code criminel canadien utilisé dans le contexte des opérations répressives visant les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HARSAH). En effet, en 2013, le Poste de Quartier 44 utilisait encore, dans le contexte de ses opérations contre les HARSAH dans le parc Maisonneuve, l’article 271(1), article qui rend criminel toute forme d’«agression sexuelle». Une accusation sous l’article 271(1) est portée de la même manière qu’une accusation sous l’article 173(1). La seule différence est que cette fois-ci, on ne reproche pas au dragueur d’avoir commis un acte «indécent en présence d’une ou plusieurs personnes», mais plutôt d’avoir agressé sexuellement, par son toucher, le policier déguisé en civil.Une situation que non seulement de nombreux militants, mais aussi de nombreux avocats, ont dénoncé par le passé.
 
Si nos bars, nos clubs, et nos saunas sont maintenant — semble-t-il — à l’abri des descentes policières, nos parcs et nos toilettes ne l’ont jamais été. Le plus troublant dans toute cette histoire est peut-être le fait que ces opérations sont les mêmes que l’ADGQ dénonçait dans les années 80. Cependant, tout aussi troublant est le fait que, après s’être excusé l’année passée «pour les violences policières commises contre la communauté LGBT dans les années 1960 à 1990», le SPVM continue de faire usage d’articles, parfois imprécis, du Code criminel pour nous faire disparaître de la scène publique. 
 
Nicholas Lénart pour le collectif Cruise Control

Pour de plus amples informations:   network23.org/eventhedust
Pour dénoncer tout comportement policier homophobe: [email protected]