Mona, Justin et Rami peuvent en témoigner

Dans leur pays, c’est encore un crime

Denis-Daniel Boullé
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Mona

C’est leur visage qui apparaît sur les affiches qui illustrent la campagne de lutte contre l’homophobie 2018 de la Fondation Émergence. Le thème de cette année, c’est l’international, la condition des personnes LGBTQ dans le monde, dans des régions et des pays où elles et ils subissent toute forme de discrimination, du rejet à la peine de mort. Ce qui en pousse beaucoup à quitter leur pays pour des contrées plus sécuritaires, comme le Canada. Justin a fui la Russie; Rami, la Tunisie et Mona, le Burundi. Ils ont accepté d’incarner le thème de cette campagne et de porter ainsi les voix de celles et ceux qui ne peuvent faire entendre la leur. 

poster Rami est arrivé au Canada en 2016 et Fugues lui avait consacré un article pour qu’il témoigne des réalités LGBTQ en Tunisie (octobre 2016). Installé à Montréal après avoir obtenu le statut de réfugié, il reste en contact étroit avec son pays d’origine et celles et ceux qui tentent de s’organiser pour faire changer les lois et obtenir une reconnaissance sociale LGBTQ. 
 
Justin, lui, a grandi dans une grande ville à 700 kilomètres de Moscou. Comme pour Rami, il a grandi en sachant qu’il n’y avait pas pire honte que d’avouer son désir pour les hommes. À 14 ans, il en parle à sa mère. Bien sûr, il découvre une vie gaie à Moscou, mais il découvre aussi comment cette communauté est sous haute surveillance, qu’elle ne bénéficie d’aucune protection et que les autorités ferment les yeux sur les actes homophobes. 
 
La situation est semblable pour Rami où, suite à une émission de télévision parlant d’homosexualité, des commerces commencent à afficher des pancartes comme quoi les homosexuels n’étaient pas les bienvenus. Et bien sûr la religion aussi qui condamne sans aucune autre forme de procès les relations entre les personnes de même sexe. En Russie, l’Église orthodoxe qui a repris du pouvoir depuis la chute du communisme est la première à soutenir les initiatives du gouvernement du président Vladimir Poutine pour faire taire et interdire toute parole LGBTQ. Justin dit qu’il n’avait pas le choix. «C’était ou partir ou me tuer!», nous confie-t-il.
 
Rami et Justin sont en contact avec des groupes LGBTQ dans leur pays et suivent attentivement ce qui s’y passe. Si Rami est un peu plus optimiste, Justin considère que les années de plomb vont continuer pour les LGBTQ en Russie et dans les pays voisins.  «On a vu ce qui s’est passé cette année en posterTchétchénie: des arrestations et des assassinats sans raison sinon l’homosexualité supposée de certains hommes», explique Justin. Rami préfère regarder les petites percées en Tunisie. «On en parle, il y a des débats qui se font, même à la télévision. Il y a des élu.es qui sont un peu plus sensibles, c’est un tout petit début et on espère que le changement arrivera même si cela prend encore de nombreuses années, mais l’état condamne toujours l’homosexua-lité en vertu de l’article 230 du Code pénal tunisien», nous confie-t-il.
 
Rami, Justin et Mona sont dans la jeune vingtaine, et ont déjà un parcours hors du commun, dont celui de l’exil pour pouvoir simplement être ce qu’ils sont, sortir tout simplement dans la rue sans ressentir la peur au ventre. Derrière les visages de cette campagne, il y a des histoires, la leur, mais qui est aussi la nôtre dans le soutien que nous devons apporter à toutes les personnes LGBTQ à travers le monde. 
 
Les Québécois.e.s veulent que les gouvernements s’impliquent davantage 
La Fondation Émergence a aussi dévoilé, en mai, les résultats d’un sondage mené par Léger Marketing sur la perception et l’opinion des Québécois et des Canadien à l’égard de la condition des personnes LGBT sur la scène internationale.«?Ce sondage montre la pertinence de la campagne de cette année sur les droits LGBT dans le monde?», considère Patrick Desmarais, président de la Fondation Émergence. «?Il y a encore du travail à faire, mais les Québécois sont motivé.e.s pour faire changer les choses. Il est essentiel de soutenir les groupes de défense des droits des personnes LGBT et de travailler en concertation avec eux.» 
 
posterAlors que 72 États criminalisent encore l’homosexualité et que 8 d’entre eux la punissent par la peine de mort, près du tiers des Québécoiss (32 %) pensent que la condition des personnes LGBT dans le monde est «?bonne?» (très bonne + bonne). Cette impression découle probablement du fait que la majorité des personnes interrogées (59 % des Québécois comme des Canadiens) sous-estiment le nombre d’États qui criminalisent l’homosexualité. Près du quart des répondants pensent que ce nombre est inférieur à 25.  57 % des Canadiens passeraient leurs vacances dans un pays qui criminalise l’homosexualité. Cela dit 61 % des Québécois (contre 51 % pour le reste du Canada) pensent que les gouvernements fédéral et provincial doivent avoir une approche plus proactive quant à la lutte contre l’homophobie et la transphobie dans le monde.
 
Parmi les répondants qui pensent que les gouvernements devraient se montrer plus proactifs, plus de la moitié considèrent qu’établir des campagnes de sensibilisation et d’éducation constitue la mesure la plus efficace pour lutter contre l’homophobie et la transphobie dans le monde.