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Que Dieu te protège

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Un roman qui s’ouvre par une question relativement banale, «9-1-1, quel est votre urgence?», suivi d’une déclaration explosive: «J’viens de tuer mon coloc!». S’amorce alors un long soliloque, entrecoupé de quelques questions, entre l’auteur du crime, Sébastien, et le policier qui procède à son interrogatoire. Pour l’heure, le lecteur nage cependant dans l’inconnu et ne possède que deux informations: un homme est mort et son coloc s’accuse du crime.

Que Dieu te protègeLa prémisse n’est pas sans rappeler celle de Being at home with Claude, mais là où la pièce de René-Daniel Dubois tourne autour d’un drame passionnel, le roman de Daniel French nous entraîne plutôt du côté de la folie. Nous sommes à la fin des années 90 et Sébastien est lassé par son micro-appartement. L’idée germe alors de trouver quelqu’un avec qui partager les coûts d’un espace plus vaste. Bref, il lui faut un coloc! Le destin qui fait toujours bien les choses lui fait croiser le chemin de Nicolas que, huit ans plus tôt, on lui avait présenté dans le cadre d’une "blind-date" n’ayant suscité qu’un intérêt poli. Ce dernier a un salaire régulier et les deux hommes s’entendent bien: la signature du bail n’est donc qu’une formalité. Nicolas a bien quelques manies singulières (il prie avant chaque repas, ne porte que du blanc et déteste les chats noirs), mais il est rescapé d’une secte religieuse: il est donc normal d’en avoir gardé quelques séquelles, se dit Sébastien. On s’en doute, les petites bizarreries gagnent progressivement en étrangeté jusqu’à littéralement sombrer de l’autre côté de la raison. 
 
L’auteur évoque très bien cette montée graduelle de petits riens que l’on écarte du revers de la main parce que, après tout, nous sommes des êtres raisonnables, mais qui se révèlent bientôt être de la graine de psychose. Reste cette question fondamentale que le lecteur porte en soi jusqu’à la toute fin: le geste brutal de Sébastien peut-il s’expliquer? 
 
Que Dieu te protège / Daniel French. Montréal: Les éditions Autres choses, 2017. 233p.