Jean Lalonde

Une vie remplie et toujours active

Denis-Daniel Boullé
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Jean Lalonde

Jean Lalonde vit en couple avec son copain Claude depuis 5 ans. Il est père de 4 enfants et grand-père de 7 petits-enfants. Un de ses fils est gai, en couple, et parent. Né en Saskatchewan dans un village marqué par la religion où les tabous et l’ignorance étaient nombreux, ce n’est que sur le tard qu’il prendra conscience de son homosexualité et qu’il décidera de s’affirmer, consacrant une partie de sa vie d’adulte à sa vie familiale et professionnelle.

Une vie professionnelle qui le fera d’ailleurs voyager, en commençant par des études à l’Université catholique de Louvain en Belgique. Il vivra aussi deux années au Cameroun, reviendra à Montréal, toujours accompagné de sa famille. Il sera éditeur, responsable d’un Centre de jour en santé mentale à Rivière-des-Prairies, puis à la tête du Regrou-pement des éditeurs canadiens français, avant de finir sa carrière au Regroupement des centres d’artistes autogérés du Québec. Pour celui qui détient un baccalauréat en pédagogie, découvrir, apprendre et se rendre utile sont les maîtres-mots qui ont guidé son parcours.
 
Aujourd’hui, à la retraite, Jean Lalonde continue de s’investir. Ayant attendu longtemps avant de sortir du placard, il souhaite aujourd’hui encourager ceux qui y sont encore à le faire. «Quand j’étais à l’ARC (Aînés retraités de la communauté), beaucoup d’hommes de ma génération qui venaient aux rencontres n’étaient pas ouvertement gais dans leur vie à l’extérieur de l’association. J’essayais de leur expliquer qu’il était plus facile aujourd’hui d’être à l’extérieur du placard qu’à l’intérieur. Même si certains avaient eu des expériences malheureuses en tentant de le faire, nous ne vivons plus dans le même climat qu’il y a trente ou quarante ans. Je pense que le fait de se taire est liée à une forme d’homophobie intériorisée». 
 
Très vite, il prend des responsabilités au sein de l’ARC et veille au bon fonctionnement de l’organisme. Mais Jean Lalonde aime aussi changer et c’est tout naturellement que ses pas le dirigent vers la Fondation Émergence et le programme Pour que vieillir soit gai. Il collabore à la mise sur pied d’ateliers pour les professionnels et les intervenants auprès des aîné.es pour les informer sur la situation des personnes LGBTQ et de leur relation avec le monde des aîné.es. «Les aîné.es LGBTQ ne veulent pas retourner dans le placard avec l’âge. Elles et ils ont envie que l’on tienne compte de leur vie dans toutes les dimensions», confie Jean Lalonde.
 
Jean Lalonde ne souhaite pas non plus que les aîné.es disparaissent des communautés LGBTQ. «Il y a aussi l’âgisme contre lequel nous devons agir, et rappeler aux plus jeunes que nous venons de loin, qu’il y a toute histoire difficile en amont qui leur permet aujourd’hui de pouvoir être ce qu’elles et ils sont sans avoir peur», continue Jean Lalonde. Son visage se retrouve depuis sur les dépliants, les affiches et les livrets de la Fondation Émergence.
 
Quant à son goût de l’engagement, Jean Lalonde hésite. Bien sûr, il y a des prédispositions naturelles, comme le fait d’avoir grandi dans un milieu fermé, mais aussi un goût très tôt pour l’entraide. «Je pense que sans en avoir conscience, c’est ce qui m’a poussé à étudier en sciences sociales, à m’intéresser à la condition humaine, et je continue aujourd’hui par mon implication à la Fondation Émergence», conclut Jean Lalonde.