Bilan du Gala Phénicia 2018

Bien des hommages au gala Phénicia 2018

André-Constantin Passiour
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Gala Phenicia 2018
Photo prise par © Michel Bazinet
Gala Phenicia 2018
Photo prise par © Michel Bazinet
David Platts recevant la médaille de l'Assemblée nationale
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  • Gala Phenicia 2018
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  • David Platts recevant la médaille de l'Assemblée nationale

C’est encore dans la belle salle du Parquet de la Caisse de dépôt du Québec, dans le Vieux-Montréal, que s’est tenue, le 31 mai, la 14e édition de cette rencontre de la communauté d’affaires LGBT et ses alliés du Québec. Des costumes et cravates pour les messieurs et d’élégantes dames ont participé à cet événement annuel lui octroyant un décorum protocolaire… Le grand discours de la soirée fut réservé au dramaturge et homme de lettres, Michel Tremblay qui recevait le «Grand Prix Phénicia» pour l’ensemble de sa carrière ce qui lui a valu trois ovations de l’assistance.

Organisé par la Chambre de commerce LGBT du Québec (CC-LGBT-Q), le Gala Phénicia sert à mettre en lumière la réussite et l’implication exceptionnelle d’entreprises et d’individus ayant contribué au rayonnement de la communauté LGBT. 

À l’ouverture de la soirée, le président de la Chambre, Steve Foster s’est exclamé : «on a fracassé un record, nous en sommes aujourd’hui à 350 convives!»

C’est sous la présidence d’honneur de la femme d’affaires et comédienne Caroline Néron qu’était placé ce Gala.  Elle a rappelé son rôle de Stella, une femme bisexuelle dans la série télé Diva. «Dès mon jeune âge en tant que comédienne j’ai été sensibilisée à la communauté LGBT. Stella aimait une femme, puis un homme, puis encore une autre femme… À cause de cela, je pense que j’ai reçu des lettres de près de 50 % des lesbiennes du Québec à l’époque. C’était touchant […]», s’est-elle remémorée tout en parlant de sa carrière de femme d’affaires depuis 13 ans maintenant.

 

Le temps fort de la soirée fut, évidemment, l’hommage rendu à l’auteur Michel Tremblay. On a d’abord fait jouer une vidéo avec Dalida chantant «Parlez-moi d’amour». «On a choisi la chanson «Parlez-moi d’amour» pour l’amour que vous avez eu pour les femmes, pour les personnages LGBT […] parce que vous avez aimé les gens… Vous avez été un modèle pour bien des gais de ma génération […]», a déclaré Steve Foster. Visiblement ému de toute cette attention, Michel Tremblay est ensuite monté sur scène pour une allocution où il a salué «cette belle ouverture d’esprit d’une chambre de commerce envers la culture et sa reconnaissance de l’importance de la culture […]». «Je suis très reconnaissant de cet honneur immense que vous m’accordez et de cette ouverture d’esprit devant la culture», a-t-il dit. Michel Tremblay a ainsi moins parlé de lui que du fait que l’on reconnaisse que la culture est un moteur de l’économie «quand on va voir une pièce de théâtre, on prend le métro ou on stationne son auto, on s’en va dans un restaurant, puis dans un bar, on fait rouler l’économie, ce sont des emplois [que l’on crée], la culture c’est aussi l’économie et je suis heureux de voir que cette Chambre reconnaisse la culture», a poursuivi M. Tremblay. Auparavant, comme emportée par la chanson de Dalida, la foule s’est mise à chanter à l’unisson «Mon cher Michel, c’est à ton tour de te laisser parler d’amour», alors que celui-ci montait les marches de l’estrade. 

Autre hommage spécial remis ce soir-là fut celui qu’on a accordé à Martine Roy, d’IBM et membre de Fierté au Travail et de la Fondation Émergence, ainsi qu’à Me Audrey Boctor, de la firme IMK Avocats, pour leur travail acharné à faire reconnaître le tort causé par la discrimination qui fut longtemps en vigueur au gouvernement fédéral. Cette véritable chasse aux sorcières a fait en sorte que des centaines de fonctionnaires et de militaires ont été renvoyés de leurs emplois tout simplement parce LGBT.  Cela a mené, on s’en souviendra, à des excuses officielles du premier ministre Justin Trudeau, à la Chambre des communes, le 28 novembre dernier. «Merci de reconnaître tous ces efforts, tout ce travail acharné pour demander des excuses […]», a souligné Martine Roy qui avait été chassée des Forces armées canadiennes à l’époque. «[…] Les excuses ont pris beaucoup de travail et une action collective. Mais c’est grâce aux gens qui ont témoigné qu’on les a obtenues […]», a indiqué pour sa part Me Audrey Boctor qui fut, avec Mme Roy, à l’initiative de la poursuite contre le gouvernement fédéral jusqu’à ce que celui-ci offre des excuses et d’éventuelles compensations aux individus ainsi brimés.

À noter que le président du conseil d’administration de la Chambre, Thierry Arnaud, est revenu sur les excuses de Justin Trudeau dans son discours de clôture du Gala. Présent à la Chambre des communes cette journée-là, M. Arnaud a expliqué qu’en tant que Français, il n’était pas au Canada au moment de ces purges anti LGBT, «mais je n’ai pas pu m’empêcher de pleurer. Pourquoi j’ai été si touché ? Parce que c’était le symbole de tout l’ostracisme et de la discrimination qu’on vivait partout. Parmi les personnes de ma génération qui sont impliquées dans les différents organismes communautaires LGBT, je n'en connais pas une qui n'ait, de temps à autre ou même quotidiennement, à lutter contre des idées suicidaires. Des excuses comme celles-ci mettent du baume sur le cœur… et alors, alors seulement, on peut commencer à guérir. Les enjeux LGBT sont une cause de pure humanité. Ils doivent être au dessus de la politique partisane […]».

Bien connu pour son travail au GRIS-Montréal, David Platts, nommé récemment juge à la Cour supérieure du Québec, s’est vu remettre la médaille de l’Assemblée nationale du Québec des mains de la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée. «On la [médaille] remet à une personne d’exception, à un juriste d’exception et un bénévole émérite, a dit Mme Vallée. C’est quelqu’un qui a défendu la communauté LGBT, mais aussi la communauté des juristes […] La Cour supérieure s’est enrichie de quelqu’un d’exception.» C’est tout de même avec grande modestie que David Platts a accepté cette haute distinction. Il a rappelé ses débuts modestes au Québec d’un jeune albertain né de parents originaires de l’Île du Prince-Édouard et qui s’est installé au Québec alors que le gouvernement adoptait, en 1977, la clause de non-discrimination sur l’orientation sexuelle dans la Charte québécoise des droits et libertés. «J’ai pu apprendre beaucoup de la communauté LGBT au Québec qui m’a beaucoup donné. Je suis tombé dans un cercle vertueux de s’aimer […] et je vais continuer à donner à la société québécoise […]», a-t-il souligné. 

 

Ce fut le Gala des hommages et des reconnaissances à n’en pas douter. Un autre moment émouvant de l’événement fut certainement le «Prix Phénicia Société» que l’on a octroyé de façon posthume à Evelyn Farha, la mère de l’activiste du VIH-sida Ron Farha et fondateur de la Fondation du même nom. Evelyn Farha est décédée le 18 janvier dernier à Montréal à l’âge de 92 ans. «Cette grande dame sera à jamais dans nos cœurs», a déclaré Thierry Arnaud en remettant la statuette aux filles de Mme Farha, soit Nancy, Linda et Caroline ainsi que sa petite fille Alexandra. Prenant la parole au nom de la famille, Caroline Farha, très, très émue et retenant ses larmes a indiqué qu’elle ne pouvait parler de sa mère sans parler de Ron : «Lorsque Ron a dit qu’il était gai et séropositif, ma mère a complètement ouvert ses bras et a accepté Ron, son conjoint et toute la communauté… Lorsqu’il est décédé, elle est devenue le visage de la Fondation. Visage, énergie et espoir qu’elle avait pour cette communauté [les personnes séropositives], elle le faisait avec tout son coeur». 

 

Côté dignitaires, en plus de la ministre Vallée, on pouvait observer la présence de Jean-François Lisée, le chef de l’opposition officielle à Québec, Hélène Laverdière, députée fédérale de Laurier-Sainte-Marie, Manon Massé, députée de Sainte-Marie-Saint-Jacques, Agnès Maltais, députée de Taschereau, le consul général des États-Unis à Montréal, Robert F. Thomas, Sophie Mauzerolle, conseillère de Ville-Marie.

Courtier-propriétaire de six bureaux Re/Max Royal (Jordan), Caroline Salette gère près de 200 agents immobiliers avec une énergie et une passion qui font sa marque dans la profession depuis 27 ans.  On lui a remis le Phénicia Inspiration.

 

LES LAURÉATS DU GALA PHÉNICIA 2018

PHÉNICIA « CARRIÈRE » Marie-André Thollon

Marie-André Thollon a fondé Créations Etc. en 1979 pour soutenir les artistes de la relève, puis le festival pluridisciplinaire Vue sur la Relève (1996). Elle a initié la carrière de nombreux talents reconnus aujourd’hui. Lesbienne et féministe engagée, la carrière de Marie-André Thollon démontre que la différence est une formidable raison d’exister et de créer.

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PHÉNICIA « ALLIÉE / INDIVIDU »  Sylvie Audet

Directrice projets spéciaux chez Desjardins, Sylvie Audet a su rallier les personnes clés pour impliquer à grande échelle le Mouvement Desjardins dans la cause LGBTQ+. Par ses actions, elle s’est révélée une alliée exceptionnelle au sein de son entreprise, auprès des réseaux d’affaires, et de la communauté LGBTQ+.

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PHÉNICIA « INNOVATION »  Enkidoo Technologies

Jeune entreprise montréalaise spécialisée en intelligence artificielle et compréhension du langage, Enkidoo Technologies développe une interaction conversationnelle innovante hors pair. Grâce à un système vocal, les gestionnaires peuvent combiner en temps réel toutes leurs expertises en affaires.

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PHÉNICIA « ALLIÉ / ENTREPRISE »  Groupe Leclair

Depuis l’implication dès 2011 du Groupe Leclair et de son vice-président François Leclair auprès du GRIS-Montréal, les records de financement n’ont cessé de tomber. Tout en aidant d’autres structures de lutte contre l’intimidation et les préjugés, cette entreprise s’avère qu’il est un allié exemplaire par son engagement public envers la communauté LGBTQ+.

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PHÉNICIA « ENTREPRENEURIAT »  Men’s Seasons

Men’s Seasons crée des produits de beauté pour hommes naturels écologiques composés d’écorces d'arbres de la forêt boréale. En quelques années, cette entreprise a mis en place et maintenu un plan original, mais rigoureux, de développement entrepreneurial en coordonnant étape par étape les différentes approches de vente : ligne, boutiques, réseaux sociaux, échantillons, bouche à oreille, etc., afin de consolider ses bases au Québec et en Ontario avant d’investir d’autres marchés.

 

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PHÉNICIA « COUP DE CŒUR » Ann Gaboriault

Impliquée depuis 2006 dans le regroupement d’employés LGBT d’Accenture, une entreprise de conseil en technologies, Ann Gaboriault veille à promouvoir un lieu de travail inclusif à toutes les réalités LGBTQ+ (assurances sociales, rétention du personnel, etc.), faisant de son entreprise l’un des meilleurs employeurs en matière de diversité au Canada. Membre de Fierté au Travail Canada depuis 2007, directrice de la région du Québec, elle coordonne également toutes les activités pancanadiennes dans sept villes au pays.

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Notez que le récipiendaire de la Bourse Patrick Desmarais 2018 est Olivier Pilon, étudiant en maîtrise à l’UQAM (à droite sur la photo ci-dessous). Il étudie l’importance chez les personnalités politique, du milieu des affaires, etc., d’appartenir ouvertement  à la communauté LGBT et ce que cela implique. 

Photos : Michel Bazinet pour la Chambre de commerce LGBT du Québec

 

Photos Michel Bazinet