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Policiers et militaires ne pourront plus participer au défilé de la fierté à Edmonton

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Le Service de police d'Edmonton, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et les militaires ne pourront plus marcher au défilé de la fierté gaie à Edmonton. Cette annonce survient quelques heures après qu'une manifestation pacifique a interrompu la marche de samedi.

L’interdiction sera maintenue tant que « la communauté ne sent pas [que police et armée] ont pris les mesures nécessaires pour que tous les membres de la communauté se sentent en sécurité en leur présence », indique un communiqué du festival de la fierté publié sur Twitter.

Une des manifestantes, Shay Lewis, affirme qu’elle a tenté de nombreuses fois de convaincre les organisateurs du festival d'annuler la participation des policiers au défilé, en envoyant des lettres et en participant à des rencontres.

Le comité organisateur lui aurait répondu : « Il n'y a pas assez de personnes qui ont des problèmes avec la police [pour le faire]. »

« Je comprends leur envie de siéger avec la majorité, mais quand on crée une manifestation qui est censée protéger l’ensemble des communautés marginalisées, on devrait rendre ça sécuritaire pour tout le monde, même si c’est à l’encontre de la volonté de la majorité », croit Shay Lewis.

Les manifestants ont présenté quatre demandes aux organisateurs du défilé. En plus d’interdire la participation des policiers et des militaires, ils demandent que le comité embauche plus de personnes transsexuelles ainsi que des personnes issues de minorités visibles, et qu’il y ait plus de place pour elles au festival.

« Le fait de communiquer avec nous et d'embaucher plus de personnes issues de minorités visibles, d'avoir des personnes de différentes orientations sexuelles au comité [organisateur] va faire en sorte que c'est un défilé de la fierté plus diversifié », dit Shay Lewis.

Les manifestants voulaient aussi que le comité reconnaisse que, depuis toujours, le festival de la fierté a souvent été une manifestation contre l’oppression par les policiers.

Le comité organisateur a accepté toutes ces demandes, ce qui réjouit Agnieszka Kucharska, qui fait partie du groupe de manifestants. « On est vraiment enthousiastes. C’est vraiment bien, et c’est tout un soulagement d’avoir l’occasion d’être enfin entendus », souligne-t-elle.

Les policiers LGBM « déçus »

Le major John McDougall est un membre de la Commission de la police d'Edmonton. Il est déçu que les organisateurs du défilé aient pris la décision d’en exclure les policiers aussi rapidement. « Je crois qu’il y a du travail à faire au sein de la communauté, reconnaît-il. Mais on a 52 semaines pour le faire, 52 semaines de l’année pour discuter et trouver un moyen pour que tout le monde se sente inclus et faire en sorte d'entendre leurs préoccupations. » Selon lui, prendre la décision en quelques minutes seulement d’exclure les policiers, les militaires et la GRC n’est pas la bonne façon de procéder.

Jeremie Landry, un sergent de la Gendarmerie royale du Canada, est lui aussi déçu. Il rappelle que si la GRC veut participer au défilé, c’est justement pour célébrer la diversité dans ses rangs et au sein de la communauté. Il aimerait un meilleur dialogue entre les deux parties. « Je crois qu’il serait crucial d’avoir des discussions face à face avec les personnes concernées, pour que chaque partie puisse faire part de ses préoccupations, ou de ses suggestions pour avancer, dit-il. J’espère qu’à l’avenir la GRC, les policiers et les militaires pourront participer au défilé. »

Des réactions partagées

Derek Jagodzinsky, membre de la communauté LGBT, n’est pas en faveur de l’interdiction instaurée par le comité organisateur. Il croit qu’il faut faire attention de ne pas mettre tous les policiers dans le même panier.

« Ils auraient pu parler à la police avant [le défilé]. Je trouve ça égoïste, dit-il. Il y a de bons policiers et de mauvais policiers, tout comme il y a [...] de bons professeurs et de mauvais professeurs. On ne peut pas tous les mettre dans la même catégorie. Après tout, quand il y a un incident qui se passe, qui est-ce qu'on appelle? La police. »

Koko Carlson, une femme de la communauté allosexuelle, pense plutôt que c’est une bonne chose. « Il y a plusieurs personnes qui discutent depuis longtemps avec le comité d’organisateurs de la fierté, ainsi qu’au sein de la communauté, des problèmes avec la police », explique-t-elle. « La majorité de la communauté ne se rend pas compte de ces problèmes, pour plusieurs raisons. Le privilège accordé aux Blancs est l'une des raisons principales », explique-t-elle. « [Les manifestants] ont dû faire ce qu’ils avaient à faire pour se faire entendre, poursuit-elle. Je suis contente que le défilé de la fierté les ait écoutés. »