Témoignages

Les clés de la réussite d’un couple ouvert

Sébastien Thibert
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relations amoureuses

Plus tôt cette année, en pleine promotion d’American Crime Story, Ricky Martin s’est ouvert à un journsliste et a exprimé tout le bien qu’il pensait du couple ouvert. En prônant les joies du «un, dos, tres», il n’a fait que dire tout haut ce que nous sommes nombreux à pratiquer (plus ou moins) tout bas. En effet, selon un sondage réalisé pour le site Cam4 sur les pratiques sexuelles des hommes gais, 77% auraient des aventures hors de leur couple (contre 53% des hétéros). Pour ceux qui ont envie de passer le cap ou qui sont, eux-mêmes, en relation libre, nous avons demandé à des lecteurs de Fugues de partager leur expérience et de nous expliquer pourquoi, selon eux, pour leur couple ouvert est réussi.

 
«Ma définition du couple libre, c’est un couple qui s’aime au point de respecter les envies de l’autre ainsi que sa liberté. Un couple où il est permis d’avoir des relations sexuelles avec d’autres partenaires… Les mot «libre» ou «ouvert» sont beaux car très positifs sur l’état d’esprit de ceux qu’ils désignent. Libre comme devrait l’être chaque être humain. Ouvert comme ce à quoi j’aspire avec les hommes de toutes origines et de toutes cultures qui m’entourent!», confie William, 31 ans, en couple depuis sept ans avec un gars originaire de l’Île Maurice.
 
Une vision heureuse et résolument positive pas nécessairement en phase avec notre société encore inconsciemment marquée par le modèle judéo-chrétien. On pourrait croire les gais plus à même de s’affranchir des normes religieuses ou culturelles. Et pourtant, même entre nous, on trouve toujours des mauvaises langues pour revendiquer la nécessité de la fidélité dans le couple… du moins en façade. «Ceux qui nous critiquent projettent souvent leurs propres frustrations… voire sont les premiers à tromper leur chum en cachette», poursuit William.
 
L’honnêteté et la sincérité sont, pour lui, des qualités primordiales. «Je ne me voyais pas mentir à mon copain. Je ne trompe pas mon chum car il le sait. J’aime le sexe et expérimenter de nouvelles choses. On en a donc rapidement discuté et je lui ai dit: Je veux vivre ma vie avec toi, mais je ne peux pas envisager de n’avoir qu’un seul partenaire sexuel pour le restant de ma vie. Je lui ai expliqué pendant un an que c’était lui le plus important, qu’il n’y avait aucune jalousie à avoir, qu’aucun autre mec ne serait plus important que lui. Puis un jour, il m’a dit qu’il était prêt.»
 
Si l’on considère nos ori-gines et le règne animal, l’amour libre l’emporte. La fidélité a été largement encouragée et imposée par la religion. Mais chez certaines espèces animales, la fidélité est bien réelle et absolue comme chez les loups, les manchots… On retrouve aussi chez l’homme des bases biologiques de la fidélité, à l’image de la théorie de l’attachement dans la petite enfance.
 
Couple exclusif, couple libre… aucun modèle n’est plus noble que l’autre du moment qu’il vous corresponde et qu’il n’est pas subi par l’autre. Mieux vaut dire tout de suite à votre copain que vous n’êtes pas (encore) prêt à expérimenter le couple ouvert plutôt que de souffrir en silence et de vous transformer en être hargneux. Les seules vérités qui peuvent s’appliquer à tous sont l’échange, le consentement mutuel et beaucoup, beaucoup d’inventivité. Car en matière de couple ouvert aussi, l’amour reste à (ré)inventer.
 
ÉCHANGE, CONSENTEMENT, INVENTIVITÉ
L’idée vous a certainement traversé la tête en croisant le regard de ce beau gars dans les vestiaires du gym. Mais vous vous demandez comment aborder le sujet avec votre copain et, surtout, si c’est le bon moment! Là-dessus, il n’y a pas de règles et chaque couple à son histoire. Certains mettent le sujet sur le tapis dès le début de la relation: «J’ai tout de suite annoncé la couleur, nous dit David, 44 ans. C’était une condition essentielle. Mon chum a d’abord été supris que je lui parle de ça, mais le fait d’avoir été très ouvert à ce propos est sans doute la raison pour laquelle nous sommes si bien ensemble, encore après 12 ans».
 
D’autres attendent d’avoir construit quelque chose de solide avec leur partenaire avant de se lancer. «Deux ans après notre rencontre, mon ami est parti vivre un an en Californie pour le travail. Après quelques mois de fidélité absolue, nous nous sommes autorisés à avoir quelques extras», confie Alex, 35 ans.
 
Pour Gilles, 51 ans et en couple depuis trente ans, la question s’est posée au bout de cinq ans. «Mon compagnon est plus âgé que moi de 11 ans. Quand je l’ai rencontré, je n’avais pas vécu beaucoup de choses. J’étais très jaloux de toutes ses histoires passées, jaloux aussi des autres mecs qu’il pourrait rencontrer tout en étant avec moi. À un moment donné, je me suis dit, plutôt que de faire ça dans son coin en ayant toujours le soupçon sur l’autre, autant trouver une manière ouverte de le faire.»
 
On peut aussi y aller graduellement et expérimenter d’abord les plans à trois, à l’image d’Alexander, 27 ans: «Nous sommes en couple depuis plus de cinq ans et "en couple ouvert" depuis trois ans. On le fait ensemble le plus souvent, soit par des rencontres via les applis, soit en allant tous les deux dans des saunas. Dans les saunas, on ne partage pas forcément tous les gars avec lesquels on s’amuse, mais on partage véritablement l’instant. Pendant six mois, nous avons même vécu en "trouple" avec un gars qui était de passage dans la métropole pour quelques mois. Plus récemment, on s’est dit que si l’un ou l’autre allait voir ailleurs ponctuellement, il n’y avait pas de problème tant qu’on ne le disait pas et que l’engagement affectif n’était pas remis en cause.»
 
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Dans les règles de l’art
Car être «libre» ne veut pas dire, pour autant, faire tout et n’importe quoi! À commencer par la prévention. La peur d’attraper des ITS est d’ailleurs ce qui peut freiner certains couples. Alors n’ayez pas peur d’aborder ce point avec votre mari/copain/chum/partenaire. Fixez vos méthodes de protection (condoms, sérotriage, PrEP…) et faites-vous dépister de manière régulière.
 
Il est aussi important de mettre en place des règles de bonne conduite en fonction de vos envies pour baliser le terrain et faire en sorte que la confiance prenne le dessus sur la jalousie. À quelle fréquence? Ensemble ou séparément? Est-ce qu’on se raconte ou pas? Tous les cas de figure sont possibles tant qu’ils sont clairement exprimés: «On s’interdit d’établir des relations sentimentales en parallèle. On peut revoir le même mec plusieurs fois tant que l’exaltation est purement physique. Mais il est hors de question que l’on parte en week-end avec l’un de nos amants, par exemple», témoigne Gilles.
 
«Avec les gars que je rencontre, je joue cartes sur table. Je leur dis toujours que je suis en couple. Cela n’empêche pas les amitiés, mais si je vois qu’une ambiguïté s’installe, je coupe tout de suite les ponts. Je n’ai pas envie de vivre avec quelqu’un d’autre que mon chum», poursuit David.
 
Il ne faut pas non plus avoir peur de faire évoluer ces règles en fonction de la maturité de son couple. Il n’est d’ailleurs pas rare qu’un couple ouvert revienne naturellement à un mode plus exclusif. «C’est comme si nous étions des funambules sur un fil. Le but, c’est de composer pour que chacun se sente bien, que ce soit toujours équilibré», ajoute Alex. Et, chose essentielle, toujours veiller à ce que les plans cul ne prennent pas le dessus. «Si ça veut dire chacun son profil Hornet et partir ailleurs quand son conjoint est à la maison et dispo juste pour varier les plats de la semaine, ce n’est pas moi!», nous confie Philippe 55 ans.
 
Certains, enfin, évacuent la problématique de l’engagement affectif en s’ouvrant au polyamour. C’est le cas, notamment, de Jérôme, 37 ans. «Je suis en polyamour depuis six ans. L’un de mes amis vit à l’étranger, il est lui-même en couple. Mon autre copain vit à Paris. Ils se sont déjà rencontrés. Ils ne sont pas officiellement ensemble, mais ils s’apprécient et échangent beaucoup. Il n’y a plus de raisons de tensions, la jalousie n’est pas là, c’est hyper reposant. Il faut juste bien s’organiser. J’ai été en couple ouvert pendant plusieurs années et je voyais déjà que les limites étaient poreuses. Pourquoi ne pas investir des sentiments dans un lien, même si c’est juste un plan cul occasionnel?»
 
Un choix de vie qui, là-encore, n’est pas compris par tout le monde. «J’ai reçu de sévères critiques. Des "amis" gais qui me disaient que c’était à cause de gens comme moi que les homos avaient une mauvaise image.»
 
Ils se marièrent et eurent beaucoup d’amants
Lorsque les individus choisissent une relation libre, par consentement mutuel, il me semble qu’ils vont vers moins de culpabilité, de frustration. Le couple s’en trouve plus détendu. Certains croient même que le couple libre ou ouvert serait la clé de la longévité d’une relation. Gilles est de cet avis: «Au bout de 28 ans de vie commune, la sexualité n’est pas forcément ce que l’on fait tous les soirs. J’ai encore des envies physiques, de plaire et que l’on me plaise. Si l’on n’avait pas établi ce mode de fonctionnement, ça n’aurait jamais tenu. Je serai resté dans la frustration de ne pas avoir tout vécu.»
 
Pour Julien, c’est une manière de décharger la relation de toute pression autour de la sexualité. «Pour moi, l’ouverture du couple permet de mieux gérer les moments où l’un des partenaires a moins de libido. On peut aussi expérimenter des pratiques ou des fantasmes différents.» La transparence, la confiance dans son couple, permettent aussi d’évacuer la jalousie et surtout la peur de voir l’autre s’amouracher pour un amant de passage. «Quand je fais l’amour avec mon chum, la performance n’a rien à voir. La sexualité s’enrichit du vécu de notre relation. C’est quelque chose qu’il est impossible de retrouver avec une baise d’un soir. Je ne me vois pas gâcher six ans de relation pour partir avec un autre mec que je connais à peine. Sérieux, ceux qui prennent prétexte d’une passion naissante pour rompre avec leur chum, c’est que déjà quelque chose n’allait pas dans leur couple», croit Alex qui préfère mettre en avant la complicité qui s’est renforcée. «C’est drôle, aussi, quand on réalise que l’on a couché avec le même mec sans le savoir».
 
Ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d’amants…. Telle pourrait être la devise de ces couples ouverts bien dans leur vie et dans leur tête.
 
*certains prénoms ont été changés à la demande des personnes interviewées