Michel Dumont, président du jury des Phénicias

Une première… et une découverte

Michel Joanny-Furtin
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Michel Dumont, président du jury des Phénicias

Organisé par la Chambre de commerce LGBT du Québec (CCLGBTQ), le jury des Phénicias 2018 s’est tenu cette année sous les bons auspices de la présidence du comédien Michel Dumont, directeur artistique de la Compagnie Jean-Duceppe. Il dit en savoir peu sur les enjeux de la communauté LGBTQ+, et affirme avoir beaucoup appris lors de cette expérience. Or son travail comme président de jury, et son parcours comme directeur artistique, montre un homme bien plus au fait que ce qu’il veut en dire en menant de main de maître les délibérations.

«C’est un ami, Tino(1), qui m’a demandé de faire partie du jury en disant que je n’aurais rien à faire! Je ne sais pas si je vais le garder comme ami, s’amuse Michel Dumont, parce que c’était toute une job! Je tiens d’ailleurs à remercier Thierry Arnaud(2), pour m’avoir bien expliqué le processus du jury Phénicia et de m’avoir accompagné dans la démarche; il fut un guide important.»
 
«C’était une première pour moi, ce jury, et c’était plaisant d’y participer, de voir le choix des discussions, comment les jurés défendaient leurs candidats ou contre-argumentaient. Et même si certaines positions restaient tranchées, il y avait toujours beaucoup de détente et de convivialité entre les jurés. Ce fut un vrai plaisir pour moi de découvrir un milieu extrêmement dynamique, et comment la communauté LGBT travaille à faire sa place dans la société. C’est vraiment un milieu intéressant à découvrir parce qu’il voit plus loin que ses acquis sociaux.»
 
«J’ai surtout beaucoup appris en lisant très attentivement toutes les candidatures proposées et j’ai pris énormément de notes pendant les débats», explique Michel Dumont. «Ça s’est passé de façon extraordinaire de voir comment les jurés ont pris à cœur chaque dossier. Je dois avouer que cela m’a permis de bien cerner les enjeux de la communauté LGBT.»
 
Une danse entre hommes
«En 1996 avec la compagnie Duceppe, se souvient le comédien, j’avais eu une fois l’occasion d’interpréter un personnage gai, Yvon, le compagnon de Gérard, joué par le regretté Jean-Louis Millette, un couple homo frappé par le sida dans la pièce de Michel Tremblay, Messe solennelle pour une pleine lune d’été selon une mise en scène d’André Brassard. C’était la première fois que je jouais du Tremblay. J’ai beaucoup aimé ce rôle.
Jean-Louis et moi devions danser un tango tous les soirs. Et moi qui danse comme un fer à repasser, sourit l’artiste, nous nous pratiquions en coulisses avant d’entrer en scène. Grâce à Jean-Louis, j’ai pu donner un peu l’illusion au public qui fut extrêmement touché par cette danse. Plus que de la compassion, cette scène exprimait une grande tendresse entre deux êtres humains. Et dire que j’ai appris plus tard que le tango serait à l’origine une danse entre hommes…»
 
Une compagnie en avance sur son temps
La Compagnie Duceppe a souvent été à l’avant-garde dans sa programmation en proposant des auteurs et/ou des œuvres liés à l’homosexualité. «Nous avons fréquemment présenté des pièces touchant ce phénomène», admet son directeur artistique. «J’ai reçu toutefois une lettre, une seule et il y a longtemps, dans laquelle un spectateur nous reprochait de faire la promotion de l’homosexualité. Ce n’était pas le sujet de l’heure. Comme c’était un sujet délicat… il fallait qu’on en parle!», s’amuse avec une pointe de fierté Michel Dumont. «Et aujourd’hui je suis très heureux que notre théâtre ait beaucoup contribué à faire connaître les enjeux de votre communauté…»
 
À propos de Michel Dumont
Comédien et directeur artistique de la Compagnie Jean-Duceppe depuis 1990, on ne présente plus Michel Dumont. Quoique… Entre Kénogami (devenu Saguenay) où il est né, et Montréal où il s’installe en 1969, le chemin parcouru par Michel Dumont est impressionnant. «Comment pourrais-je me plaindre?», a-t-il écrit dans sa biographie, en regardant son parcours. Figure de proue du théâtre et de la télévision, Michel Dumont enchaîne les rôles depuis quarante ans en y laissant chaque fois une marque profonde. Il a joué dans plus de 75 pièces de théâtre et une quinzaine de téléromans et de téléséries (Des dames de cœur, Omerta, Rumeurs, Providence, Yamaska, etc.), sans oublier le cinéma (Café de Flore, Omerta, Le Garagiste)..
 
(1) Constantino Soulières, ex-administrateur de la CCLGBTQ
(2) Thierry Arnaud, président du conseil d’administration de la CCLGBTQ