Rencontre avec Hubert Lenoir

Hubert Lenoir : un doigt d'honneur aux conventions

Patrick Brunette
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Hubert Lenoir
Hubert Lenoir
Photo prise par © John Londono
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Le 14 mai dernier, le chanteur Hubert Lenoir publiait ce message sur sa page Facebook: «Je n’ai pas réagi à tous les commentaires de haine sur les réseaux sociaux d’abord parce qu’ils ne m’atteignent pas, et surtout parce j’en ai rien à foutre. Je ne me justifierai pas face à des gens conservateurs, imbéciles et homophobes. Je vous emmerde tous. Sincèrement, Hubert.» C’est ce jour-là que je suis tombé en amour avec cet artiste, celui qui ne se gêne pas pour faire un doigt d’honneur aux conventions.

En mars dernier, Hubert a lancé son premier album solo «Darlène». Et depuis, il est partout! Son excellente chanson «Fille de personne II » joue sur toutes les radios, il performe à La Voix (en osant même dévoiler son tatouage sur une fesse), il chante en duo avec Jean-Pierre Ferland à l’émission Les Échangistes. Bref, il est la vedette de l’heure.
 
En contrepartie, le jeune artiste de 23 ans se fait insulter sur les réseaux sociaux. Son look androgyne dérange. Personnellement, je suis un enfant des années 80. Les stars de ces années portaient du maquillage et jouaient sur l’ambigüité sexuelle. Trente ans plus tard, je suis découragé de lire des commentaires haineux à propos d’un look, d’une démarche. Je donne un coup de fil à Hubert. Il se déballe sans se défiler.
 
Hubert Lenoir, c’est un personnage?
 
Non. Souvent on associe le fait que je porte du maquillage à un personnage. Je ne porte pas de maquillage tous les jours, seulement quand j’ai envie de me présenter de belle façon. Moi, j’aimerais ça voir un monde où les garçons porteraient plus de maquillage. Y’a beaucoup de gars qui m’écrivent pour me dire que je les ai convaincus de porter du "eye-liner". Y’a des jeunes LGBTQ+, mais pas seulement. Ce sont juste des gars qui trouvent ça beau de porter du "eye-liner".
 
 
Au-delà du maquillage, il y a l’attitude, les vêtements.
Tu sembles très bien assumé ce qui est associé à la féminité.
 
J’assume ma féminité. C’est quelque chose que j’aime, m’habiller comme ça. Je favorise la diversité et faut arrêter de catégoriser. J’ai l’impression qu’il y a beaucoup de jeunes de ma génération qui veulent arrêter de catégoriser «hétéro», «gai», etc.
 
Là, j’ai une blonde, mais je ne veux pas me catégoriser comme «hétérosexuel». J’aimerais vivre dans un monde où ce n’est pas important. Moi, “hétéro”, ça ne me dit rien. Je trouve ça restreignant.
 
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Hubert n’a pas toujours joué la carte de l’extravagance. Il se rappelle ses premières années au secondaire alors qu’il habitait près de Québec, sur la Côte-de-Beaupré. «Un milieu très conservateur», précise-t-il.
 

Tu te faisais écœurer à ce moment?
Un peu, quand même. Je me suis toujours senti mis à l'écart, différent. On me disait que j’étais bizarre. Je ne sais pas si c’est parce que j’ai un visage avec des traits féminins. Mais à ce moment, je portais juste des jeans et un hoodie. Mais en secondaire 4 et 5, j’ai rencontré des amis qui étaient aussi différents. Et c’est là que j’ai commencé à porter des vêtements de femme, des pantalons serrés. Oui, je me suis fait plus écœurer, mais comme j’étais plus confiant, je m’assumais bien. Je ne veux pas prendre le flambeau de l’intimidation parce que je ne sais pas si c’est ça que j’ai vécu. Oui, je me suis toujours fait crier des noms dans la rue tout le temps, tout le temps. Après ça, c’est la manière dont tu reçois ces insultes-là. Tu peux décider de t’en foutre. 
 
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Hubert Lenoir Facebook

Et c’est ça Hubert aujourd’hui, une personne intègre capable de ne pas se laisser intimider. Un artiste qui n’en a rien à cirer des commentaires négatifs qui circulent sur lui. Un musicien d’exception qui a lancé un premier album solo à son image: différent et surprenant.
 
Qu’est-ce qui te surprend le plus depuis le lancement de ton album en mars dernier?
 
D’avoir autant attention médiatique! Quant à mon album «Darlène», je le réécoute, je trouve encore très bon et je suis content que les gens l’aiment aussi et je me concentre là-dessus, sur les gens qui aiment ma musique.
 

«Darlène» de Hubert Lenoir, disponible partout darlenedarling.com/