RETOUR SUR LE FESTIVAL INTERNATIONAL DE JAZZ DE MONTRÉAL

Âmes et voix de femmes, à saveurs jazz, pop, folk & rock

Julie Vaillancourt
Commentaires
Ani DiFranco: Rise Up
Photo prise par © Ani DiFranco: Rise Up
Martha Wainwright
Photo prise par © Martha Wainwright
Jann Arden
Photo prise par © de Jann Arden
  • Ani DiFranco: Rise Up
  • Martha Wainwright
  • Jann Arden

Pour cette édition du 39e festival international de jazz, nombre de femmes étaient à l’honneur. J’aimerais rendre hommage à ces femmes de tête et de coeur qui ont su prouver que le rock n roll est aussi affaire de femmes. Retour sur certains spectacles coup de coeur présentés en salle.

Fierté canadienne

À la cinquième salle de la Place des arts, Molly Johnsonconsidérée comme l’une des plus grandes voix du Canada et notamment décorée de l’Ordre du Canada en 2008, avait « quelque chose à dire » à son public. Alors que son sixième album, Because of Billie, s’attaquait au monument qu’est Lady Day, Molly est venue présenter les pièces de son plus récent album, Meaning To Tell Ya. Âgée de 59 ans, la chanteuse jazz originaire de Toronto, maitrise plus que jamais son art avec cet album qui offre des compositions originales assumées, dont Bettter Than ThisProtest Song ou encore Together à l’influence seventies assumée, mise en valeur par les sons de l’orgue Hammond B3. L’album, comme le spectacle, s’ouvre surInner City Blues, de  l’inoubliable Marvin Gaye, qui met en valeur la signature vocale de Molly, sans oublier son talent d’interprète et son charisme scénique. Accompagnée de ses excellents musiciens, Mike Downes (basse/contrebasse), Justin Abedin (guitare), Robi Botos (piano/clavier Nord) et Davide Direnzo (batterie), la chanteuse de renom a terminé son spectacle sur une note intemporelle  avec une sublime interprétation de Summertime, de George Gershwin.

Toujours du côté des grandes chanteuses canadiennes, la réputation de Jann Arden n’est plus à faire. Avec une quinzaine d’albums à son actif, elle a notamment marqué la pop des années 90 avec des pièces telles que Good MotherInsensitiveet I Would Die For You, qui mettent en valeur sa maitrise vocale et son écriture. Elle s’est présentée sur la scène Wilfrid Pelletier, entourée du guitariste Graham Powell, du batteur Gary Craig, du claviériste Darcy Philipps et à la voix, violon et clavier la talentueuse, Allison Cornell(également en tournée avec Shania Twain). Suite à Where No One Know Me, chanson d’ouverture du spectacle, le public a rapidement compris que malgré sa pop fleur bleue, Jann Arden offre aussi un spectacle d’humour! Ainsi, entre deux balades pop, ses interventions au micro sont humoristiques à souhait: « J’ai fait 15 albums, mais ils ne sont pas tous réussis. C’est comme un journal intime, certaines entrées sont moins bonnes que d’autres», souligne ironiquement Arden, avant de confier qu’elle est maintenant célibataire, « après 10 ans de relation, où 9 furent mauvaises ». Sur un ton plus sérieux, elle se confie sur le fait qu’elle a surmonté sa dépendance à l’alcool, « je trouve important de le mentionner, car si ça touche certaines personnes dans la salle, je veux qu’elles sachent que l’on peut s’en sortir ». Jann Arden est sensible, touchante et drôle: elle habite la scène. Lorsqu’elle fait les mauvais choix vestimentaires, elle sait en rire: « J’ai tellement fait un mauvais choix d’habits, aujourd’hui, est-ce que quelqu’un aurait une agrafe? », dira-t-elle à propos de ce décolleté plongeant qui semble vouloir la mettre dans l’embarras… De ses 30 ans de carrière, Arden possède les qualités d’une grande interprète et d’une humoriste, à la fois: « Merci à Martha Wainwright pour cette première partie », sur laquelle Arden, ne tarit pas d’éloges à propos de sa voix, ses habits et la façon dont elle danse : « Je la regardais des coulisses, qu’elle femme exceptionnelle, jusqu’au moment où j’ai commencé à être jalouse! », dira Jann Arden, qui fera une fois de plus, rire la salle de bon coeur. 

Martha Wainwright a en effet assuré cette première partie avec brio avec son énergie contagieuse et sa voix versatile (où certains effets trop appuyés peuvent devenir lassants ou en déstabiliser certains). Accompagnée de sa guitare et d’un pianiste, sur certaines pièces, elle offrira notamment des reprises de grands auteurs-compositeurs-interprètes, dont la touchante Chealsea Hotelde Leonard Cohen, en hommage à Janis Joplin, puis une interprétation fougueuse de L’accordéonisted’Édith Piaf. Martha n’a d’ailleurs pas manqué de s’adresser en français au public. La soeur de Rufus Wainwright a d’ailleurs rendu hommage à son frangin auteure-compositeur-montréalais, tout en mentionnant « qu’il doit arrêter de l’engager comme choriste ». D’ailleurs, la chanteuse folk-rock a offert cette sublime reprise de Going To A Town, accompagnée de son pianiste. Elle avait préalablement performé cette chanson avec succès lors d’un spectacle hommage à Leonard Cohen organisé par Rufus, l’an dernier, alors que toute la famille (tante Anna, soeur Martha et cousine Lily) s’était réunie pour performer à la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours.

 

Ani DiFranco: Rise Up

C’est avec un décor minimaliste, affichant un logo révolutionnaire (poing fermé sur éclair et l’inscription Rise Up), que l’auteure-compositrice-interprète américaine d’origine italienne est venue présenter ses chansons progressistes et féministes. Si la salle Maisonneuve de la Place des arts était loin d’afficher salle comble, les spectateurs réunis étaient sans conteste de grands amateurs de la chanteuse et guitariste de 47 ans, lui soufflant même les paroles à quelques reprises. Si Ani DiFranco fait ses premières armes sur scène à l’âge de 9 ans, elle lance sa maison de disque Righteous Babe Records à 18 ans, avec 50$ US en poche, suivi d’un premier album éponyme en 1990. Depuis, l’artiste ouvertement bisexuelle n’a jamais fait de compromis sur son identité et l’indépendance de sa carrière. Il en résulte des textes forcément engagés, dont les chansons Not A Pretty GirlBinary, ou encore Play God, qui souligne les revers de la société patriarcale, la religion, les gouvernements, en mettant de l’avant le fait que les femmes ont le droit de contrôler leur propre corps. La chanteuse militante américaine ira même jusqu’à évoquer qu’elle franchirait volontiers la frontière pour « habiter dans notre merveilleux pays » et ce, non pas uniquement puisque sa mère y vit. 

 

La relève: Jain & ses beats 

Aujourd’hui âgée de 26 ans, l’auteure-compositrice-interprète d’origine française Jain était de passage au Métropolis, pour deux soirs qui affichaient complet. Et pour cause, son premier album Zanaka, certifié double platine en 2016, sais rallier les foules et les faire danser au son des succès Comeet Makeba. Seule sur scène, l’artiste d’expression anglaise a su s’illustrer notamment par la création de beats, denrée rare dans la pop féminine, aux sonorités pop et world. Depuis sa performance au National, en 2016, Jain a acquis une maturité scénique certaine; elle investit davantage la scène, demeurant moins derrière son contrôleur (merci aux pédales wi-fi) tout en utilisant encore sa guitare sur certaines pièces. Si l’identité visuelle très travaillée de l’artiste en a fait sa marque de commerce, ce spectacle aux magnifiques éclairages signés Moment Factory, surprend et fait danser les plus stoïques. L’artiste a aussi présenté quelques extraits de son second album à paraitre en août prochain. Intitulé Souldier, les sonorités orientales sont mises de l’avant, sans oublier la pop dansante de Alright. Puis, le titre Star, semble prémonitoire de la carrière de la jeune vedette, à en croire la réaction du public rassemblé au Métropolis. « You wanna be a star, but you don't know who you areYou wanna be a star, but you can't stand the light». Sans conteste, Jain sait qui elle est et les étoiles semblent s’aligner pour la faire briller.

www.montrealjazzfest.com/