Où sont les lesbiennes?

Célébrer sa fierté, au-delà de l’arrogance

Julie Vaillancourt
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julie Vaillancourt

Août est synonyme de Fierté LGBTQ+ à Montréal. Je me suis donc imposée une réflexion personnelle, suite à un commentaire d’une connaissance, un homme blanc hétéro, qui posait la question: «Je demande, par curiosité, pourquoi est-ce considéré intolérant d’être fier de sa sexualité si on est hétérosexuel?» Déjà, je ne crois pas qu’il demande par simple curiosité, mais pour attirer l’attention sur son mur Facebook. On y reviendra. Ainsi, je ne désire pas répondre à son manque d’attention, mais plutôt offrir une réflexion plus large sur le sentiment de fierté.

Fierté. Nom féminin. Courant - Le fait d’être fier de quelqu’un, de quelque chose, grande satisfaction. Ce qui fait que l’on ressent de la fierté; bravoure, courage.
 
Les gens marginalisés, les peuples opprimés, ressentent de la fierté, du fait qu’ils ont survécu aux épreuves. Ces épreuves - et un simple mot ne peut décrire certaines souffrances - furent (difficilement) surmontées, ce qui engendre une satisfaction, celle de savoir que les obstacles du passé ne peuvent anéantir l’être. Puisque toute chose évolue, pour le meilleur et pour le pire, les opprimées portent dans leurs cœurs et leurs racines, les oppressions de leurs ancêtres, ou celles des pionniers porteurs des luttes d’antan. Qu’à cela ne tienne, ce n’est pas parce que certains vivent encore des oppressions au quotidien qu’elles sont en tout point similaires à celles d’antan. Et ce n’est pas parce que nous portons les oppressions dans nos cœurs ou nos racines que nous en connaissons l’Histoire.
 
Cela dit, les gens sont fiers. Fiers de quoi? De qui? N’allez pas croire que ce sont tous les LGBTQ+ qui connaissent leur Histoire et qui s’y intéressent. Le même cas de figure s’applique aux minorités visibles, aux femmes et aux divers groupes marginalisés au fil de l’Histoire. Bien sûr, ceci s’applique aussi aux groupes dits «majoritaires», qui se glissent souvent dans la peau des «oppresseurs», même s’ils ont peut-être jadis été opprimés, car on nous enseigne à l’école «une» Histoire. Cette Histoire, souvent écrite par les groupes majoritaires, car le nombre faire figure de pouvoir sur l’État des savoirs, sert de base afin de définir la fierté d’une nation. Figure de style: le drapeau américain qui flotte fièrement sur nombre de façade de maisons.
 
Aussi, ce n’est pas parce qu’on connait l’Histoire de nos propres oppressions qu’on a le monopole de la souffrance. Il n’est pas dit non plus que les oppresseurs n’ont pas souffert eux aussi et que leurs ancêtres ne cherchent pas la rédemption.
 
Établir le dialogue entre opprimé et oppresseur est primordial. Bien sûr, ce dialogue ne peut avoir lieu à chaud, mais bien plusieurs décennies plus tard, quand la vraie Histoire est révélée. Quand la réflexion a été amorcée. Et même lorsqu’on croit que le temps peut être bon conseiller, le cœur et les racines ont souvent leurs raisons. Le médiateur peut aider à concrétiser le dialogue. Cas de figure: la présentation de Sl?v au Festival de jazz de Montréal. Avec l’annulation de la pièce, nous avons tous manqué une belle occasion d’établir un dialogue et d’apprendre (parce que critiquer une œuvre implique d’abord de l’avoir vue) et de discuter (il faut savoir de quoi on parle, des deux côtés), pour enfin établir le dialogue (bien sûr, je me permets ce commentaire, puisque j’ai vu la pièce).
 
Il est aussi important que les porteurs d’Histoire se fassent les passeurs des savoirs: que les plus vieilles générations (d’immigrants, de LGBTQ+) racontent aux jeunes générations leurs combats. S’il faut que les jeunes soient intéressées par leur Histoire, il faut aussi que les ainé.es tendent l’oreille vers les préoccupations des jeunes générations. Le dialogue. Car rien n’est fixe, l’Histoire change. Et si on n’est pas vigilant, elle se répète. Exemples extrêmes: Première Guerre mondiale, Seconde Guerre mondiale. En espérant qu’on n’écrira jamais la troisième… dialoguons avant d’en arriver aux armes.
 
Lorsque la Fierté prend son sens «littéraire», tout peut basculer…
 
Fierté. Nom féminin. Vieilli - Caractère d’une personne fière, arrogante, prétentieuse. Soutenu - Qualité d’une personne fière; amour-propre, orgueil.
 
Et les médias sociaux sont aujourd’hui devenus la Mecque de la fierté arrogante, où Narcisse dialogue constamment sur la fierté de son propre nombril, même s’il ne sait aligner deux mots de vocabulaire, sans faute. Même s’il ne connait rien à propos de l’Histoire du sujet exploré, Narcisse est fier (dans le sens d’arrogant du terme) d’émettre des généralités derrière son clavier d’ordinateur. Il peut même aller jusqu’à l’intimidation virtuelle; l’oppresseur contribue à écrire sa propre Histoire (qui ne vaut guère la peine d’être lue).
 
Cela dit, il y a une Histoire qui vaut la peine d’être lue, racontée, mise en scène, etc. Il suffit de s’y intéresser et d’en devenir le porteur de drapeau (c’était au sens figuré, mais si le drapeau te fait, mets-le!). Toi qui brandis le drapeau irisé, sais-tu qui en est le créateur et sa raison d’être? Si tu connais la réponse, je suis fière de toi! Sinon, une petite recherche s’impose pour connaitre ton Histoire, avant de l’afficher fièrement lors du défilé. Et Bonne Fierté! (en toute 
connaissance de cause…)