Littérature

Michel Tremblay révélera prochainement ses secrets

Éric Whittom
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Michel Tremblay à Québec
Photo prise par © Éric Whittom (Michel Tremblay)

En octobre, Leméac Éditeur publiera un nouveau livre de Michel Tremblay intitulé Vingt-trois secrets bien gardés. L’un d’entre eux remonte à l’âge d’à peine un an. «C’est un livre qui contiendra vingt-trois textes, de deux à trois pages chacun, sur des choses que je n’ai jamais avouées ou dont j’ai oublié de parler. Certaines sont drôles et d’autres sont moins drôles…»

L’écrivain prolifique en a fait l’annonce lors d’un entretien public avec la journaliste Diane Martin, tenu en mai à la Maison de la littérature dans le cadre d’activités soulignant le 40e anniversaire de la publication de son premier roman, La grosse femme d’à côté est enceinte, réédité prochainement.S’il écrivait ce roman en 2018, il n’y aurait pas de grands changements par rapport à celui publié en 1978, parce que sa façon de penser sur cette époque est sensiblement la même, a-t-il expliqué.

«Ce que j’ai aimé dans La grosse femme, c’est l’analyse des personnages. C’est l’espèce d’empathie que le gars qui a écrit ça, il y a 40 ans, avait pour ses personnages.» Lorsqu’il a créé cette première de six Chroniques du Plateau-Mont-Royal, il avait pris soin de recourir à un univers fantastique pour que les lecteurs ne le confondent avec un journaliste. «J’ai toujours eu peur de me prendre pour un journaliste et de rapporter la réalité. Comme ce que j’avais à dire était très près de la réalité, pour avoir du fun en le faisant, je me suis trouvé une façon d’éloigner la réalité dans le style et la structure.»

Humble face à son succès

Malgré ses 32 pièces de théâtre et ses 37 romans, Michel Tremblay ne se considère pas comme un monument de la littérature québécoise. «Quand c’est toi qui as fait cette œuvre, tu as de la difficulté avec [cette épithète]. Que ça vienne des autres, tant mieux pour moi. Dans un salon du livre, quand des messieurs et des madames viennent en pleurs te dire que tu as changé leur vie, tu as beaucoup de difficulté à croire que tu as eu cet effet sur eux.»

Il ne croit pas qu’un auteur puisse planifier le succès d’une œuvre comme Les Belles-Sœurs. «La chose la plus idiote, c’est de penser que l’on peut révolutionner quelque chose. […] Les deux exemples que je donne tout le temps: Le Sacre du printemps de Stravinski et Guernica de Picasso. Ces deux œuvres immenses n’ont pas été faites pour révolutionner, mais elles ont révolutionné. Quand Picasso a peint Guernica (1937), il n’a pas fait ça pour révolutionner la peinture, il a fait ça devant l’horreur de la guerre d’Espagne. […] Si tu le fais dans le but de révolutionner, tu vas rater ta marche et tu vas tomber en pleine face. […] Tout le temps que nous préparions Les Belles-Sœurs, on ne préparait pas une révolution. C’est arrivé par hasard, parce qu’on est arrivé au bon moment. Si M. Dubé ou M. Gélinas avaient écrit Les Belles-sœurs à leur époque, il n’y aurait pas eu de révolution, parce que la société aurait empêché cette pièce d’être produite. […] Nous avons été les premiers étonnés [du succès des Belles-Sœurs].» 

Plus doux en vieillissant

Michel Tremblay a expliqué avoir amorcé l’écriture de romans parce qu’il avait moins de choses à dénoncer. «Pour moi, une pièce de théâtre, ça existe pour crier des bêtises au monde, pis un roman pour raconter une histoire à l’oreille de son meilleur ami. […] Quand vous êtes mal à l’aise en sortant d’une pièce de théâtre, dites-vous que vous avez passé une excellente soirée. […] J’écris moins de théâtre maintenant, parce j’ai perdu cette agressivité-là. En vieillissant, je me suis adouci. Il n’y a rien de plus triste qu’un anarchiste de 76 ans. Mais, je l’avoue, ça me manque. Pour la première fois de ma vie, j’ai commencé à écrire depuis dix ans deux pièces que je n’ai pas terminées, parce que je ne trouvais pas d’endroits où crier des bêtises au monde.»

Il n’a pas l’intention de quitter Key West où il vit l’hiver depuis 28 ans. Il y peint des aquarelles pour «se sortir de [son] écriture. Je suis un chat. J’ai des habitudes. Je fais les mêmes choses, au même moment, tous les jours. Ma vie est la journée de la marmotte.»

Certains actes homophobes qui se sont produits lors de l’arrivée au pouvoir de Donald Trump en janvier 2017 l’ont toutefois rendu craintif un certain temps. «Il y a eu le premier gay bashing à Key West. Des gars ont foncé en motocyclette sur des homosexuels en leur disant de s’en aller, car ils étaient maintenant au pays de Trump. Ça m’a fait peur un peu, mais ça s’est calmé. […]. Key West, c’est maintenant dans ma peau, mon ADN. Le jour où je serai trop vieux pour y aller, je serai la personne la plus malheureuse du monde.»