Réactions de la communauté LGBTQ+

LGBTQ+ absents du rapport sur la prévention de la violence au Québec

Yves Lafontaine
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Rapport violence

À l’heure du Plan d'action gouvernemental de lutte contre l'homophobie et la transphobie, les personnes LGBTQ+ victimes de violence sont invisibles du nouveau rapport du directeur national de santé publique «La prévention de la violence au Québec : une responsabilité individuelle et collective», une situation que déplorent des organismes, comme le Conseil québécois LGBT, de même que les membres du groupe de travail du projet LEXIC2.

Pourtant, dans la réalité, les personnes LGBTQ+ comptent pour une proportion des victimes de violence plus importante que leur nombre dans la société. « On sait depuis longtemps que les personnes de la diversité sexuelle et de la pluralité des genres sont surreprésentées dans les statistiques associées aux différents types de violences, rappelle Marie-Pier Boisvert, directrice générale du Conseil québécois LGBT. Pourtant, certaines institutions tardent à nommer cette réalité-là : c’est malheureusement le cas du rapport du Directeur national de santé publique, qui ne mentionne pas les réalités propres des personnes LGBTQ+ dans son rapport de 76 pages». 
 
Une situation d’autant plus surprenante que le dialogue n’a jamais été coupé entre les représentants des groupes communautaires et les instances gouvernementales provinciales, au contraire. Depuis 2011, le programme d’aide financière du premier plan d’action de lutte contre l’homophobie a contribué à la réalisation de 94 projets, issus de 45 organismes, pour des investissements de près de 1,9 millions de dollars. Et le nouveau Plan d'action gouvernemental de lutte contre l'homophobie et la transphobie 2017-2022, rendu public le 17 mai 2017, est doté, pour sa part d'un budget de 10 M$ sur cinq ans. Il comporte cinq priorités, soit l'ouverture à la diversité sexuelle, le respect des droits et le soutien des personnes de minorités sexuelles, la création de milieux sécuritaires et inclusifs, l'adaptation de services publics ainsi que la cohérence et l'efficacité des actions.
 
 «On a pourtant déposé des mémoires sur les violences sexuelles et conjugales au Secrétariat à la condition féminine, entre autres», précise Marie-Pier Boisvert. «Ça donne l’impression que les ministères travaillent en silo, et qu’ils ne reconnaissent pas la détresse vécue par les communautés LGBTQ2+. » 
 
Même son de cloche du côté de Pierre McCann, coordonnateur du groupe de travail LEXIC2, une initiative visant à comprendre et à contrer les violences sexuelles vécues par les communautés LGBTQ2+ : « Quand on parle de violence sexuelle spécifiquement, différentes études américaines et canadiennes montrent que les personnes de ces communautés sont au moins trois fois plus à risque d’en être victimes.» 
 
Réactions de la communauté LGBTQ+
 
Selon lui, il est important de rappeler que «les risques sont encore plus élevés chez certaines populations, notamment les personnes trans et non-binaires, les personnes bisexuelles et les femmes de la diversité.
 
Pour la durée du projet LEXIC2 qui prendra fin en mars 2019, dix personnes-ressources intervenantes, chercheures et activistes principalement LGBTQ+ ont été réunies au sein d’un groupe de travail. On y retrouve, entre autres, Marie-Pier Boisvert, directrice générale du Conseil québécois LGBT, Michel Dorais, sociologue spécialisé sur le genre et la sexualité et Geneviève Paquette, cochercheure de l’enquête ESSIMU sur la violence sexuelle en milieu universitaire. 
 
Les membres du projet désirent profiter de la sortie de ce nouveau rapport pour inviter le directeur national de santé publique et l’ensemble des institutions à prendre conscience de cette problématique alarmante. «Nous espérons pouvoir collaborer pour que ces organisations s’approprient les outils de formation, de sensibilisation et d’intervention qui seront créés dans le cadre du projet LEXIC2. » 
 
La tenue d’un Forum panquébécois à Sherbrooke, les 24 et 25 novembre 2018 fait partie des actions de cette initiative d’ampleur provinciale portée par l’Association étudiante du Cégep de Sherbrooke afin de mieux comprendre et de contrer les violences sexuelles vécue par les communautés lesbiennes, gaies, bisexuelles, trans et queer (LGBTQ+). Une trousse à l’intention des organisations concernées par les violences sexuelles sera aussi produite.