Entrevue avec Jessie Nadeau d’OD Bali

Jessie Nadeau raconte son chemin vers la pansexualité

Samuel Larochelle
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Depuis qu’elle s’est affichée comme une pansexuelle devant les centaines de milliers de téléspectateurs d’Occupation Double Bali, Jessie Nadeau continue de sensibiliser les gens sur la question. Son objectif: offrir des réponses et un modèle pour ceux qui, comme elle, sortent de la masse.

Jessie NadeauPourquoi as-tu parlé ouvertement de ta pansexualité à Occupation double?
Je trouve qu’OD est une émission vraiment hétéronormative. Je m’assume comme pansexuelle depuis trois ans et ça fait partie de ma personne. J’avais envie de briser les stéréotypes. En auditions, je revenais de la parade de la Fierté et j’ai dit à l’équipe de l’émission que je m’impliquais dans la communauté LGBTQ. Ils m’ont demandé pourquoi et j’ai expliqué que j’étais pan-sexuelle. J’étais à l’aise qu’on le dise. 
 
Comment ont réagi les participants?
Tout le monde était à l’aise. Ça montre que les gens sont quand même ouverts d’esprit. Certaines des filles se disent bisexuelles, à moitié ouvertement. Donc, le fait que je sois pansexuelle avec des gens qui n’étaient pas aussi assumés que moi, ça ne menait à rien. Il y a eu quelques petits flirts. Karine m’a parlé de filles qu’elle avait fréquentées. Après l’émission, elle m’a dit qu’elle m’envoyait des signes que je ne voyais pas. Mais bon… ce n’était peut-être pas assez clair pour moi. Il y a eu quelques coups de chaleur avec certaines filles… Mais j’avais déjà entamé quelque chose avec PH, et lorsque je débute quelque chose de sérieux avec quelqu’un, je me concentre sur cette personne.
 
Après l’émission, as-tu lu les commentaires du public?
J’ai surtout lu les messages envoyés sur mon compte Instagram. Le fait que je parle de pansexualité a eu un impact positif sur plusieurs personnes. Des adolescents regardaient l’émission avec leurs parents. Ils se sentaient bi- sexuels, homosexuels, pansexuels ou ils se posaient des questions, et comme ils voyaient quelqu’un en parler à la télé en étant très à l’aise, une discussion s’est ouverte avec leurs parents. Quelques personnes m’ont aussi dit qu’elles avaient fait leur coming-out en me voyant m’assumer.
 
Y a-t-il eu des réactions négatives?
Oui. Deux gars nous harcelaient, PH et moi, sur Facebook, You Tube et Instagram, pendant et après OD. Ils disaient que la pansexualité était une maladie mentale et que je devais me faire soigner. Je les bloquais, mais d’autres comptes réapparaissaient avec le même propos. Ça me mettait à l’envers de voir des gens tenir des propos comme ceux-là. J’étais triste pour eux.
 
Comment as-tu réalisé que tu étais attirée par les femmes?
Lorsque j’avais 12 ans, avec la puberté et l’arrivée de l’attirance sexuelle, je pensais à des filles de mon école. Mais j’étais complètement en déni. Ça se produisait dans le confort de ma chambre, et on dirait que tout ce que je pouvais imaginer chez moi, dans mon intimité, je le séparais du reste du monde. Ailleurs, je parlais des gars, j’avais des chums, mais jamais je ne parlais de tout le reste.
 
Quand as-tu commencé à expérimenter?
Au cégep de Sainte-Foy, après avoir quitté la Beauce, j’ai étudié en cinéma et création. J’étais entourée de personnes plus extravagantes et ouvertes. Dans les partys, je voyais des gars ensemble et des filles ensemble, sans jugement. De mon côté, après quelques bières, il arrivait que j’embrasse des filles. Je me disais bicurieuse. J’avais quelque chose à expérimenter.
 
Quand as-tu réalisé que le terme «pansexuelle» te convenait davantage?
Je me suis d’abord dite bisexuelle, lorsque j’ai eu une relation sexuelle avec une fille et que j’ai aimé ça. Je savais que ce n’était pas juste un trip d’un soir. J’avais envie de fréquenter la person-ne. Puis, je me suis dite lesbienne, quand j’ai eu des sentiments pour une fille et que je n’imaginais plus en avoir pour un homme. Je me disais ça à moi-même, sans être prête à en parler à mon entourage. Finalement, en côtoyant des personnes non-binaires ou des personnes trans, j’ai réalisé que j’étais attirée par la personne, et non par son genre ou par son sexe.
 
Quelles sont les perceptions des gens face aux bisexuels et aux pansexuels?
Ils pensent que les bisexuels sont incapables de se brancher, qu’on veut plusieurs partenaires et qu’on a besoin d’avoir du sexe avec plein de monde tout le temps. Dans la communauté LGBTQ, je me faisais aussi dire que j’étais une fausse lesbienne. Je ne savais plus où me placer. Plusieurs personnes croient que la pansexualité n’a pas lieu d’être. Un peu comme, à l’époque où les hétérosexuels ne comprenaient pas l’homosexualité. Présentement, il y a un refus de comprendre la non-binarité et le large spectre des orientations sexuelles.. 
 
C’est pour ça que tu fais des vidéos YouTube sur des sujets LGBTQ?
Quand j’étais plus jeune, je n’avais aucun modèle autour de moi qui sortait de la norme. Ça m’aurait aidé à me questionner sur mes pensées et mes envies, au lieu de tout supprimer et de faire comme si c’était un rêve. J’aurais vu que ça existait et que ce n’était pas anormal. Avec les vidéos, je veux sensibiliser les gens. Et elles génèrent vraiment de l’intérêt. La vidéo «Sortir avec une pansexuelle» aux côtés de PH a été vue plus de 123 000 fois. Plus tard, je veux interviewer des personnes trans et dans le spectre non-binaire, pour en savoir plus moi-même et que les gens s’éduquent.