Voyage en Italie

Quelques jours à Venise

Yves Lafontaine
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Venise a la faculté de provoquer l’étonnement. Aucune image ne rend adéquatement l’ambiance de ses ruelles tortueuses, de ses minuscules places, de ses canaux et de ses églises. Avec raison, on dit souvent d’elle qu’elle est la ville romantique par excellence. Venise, c’est du charme presque à tous les coins de rue, un étrange mélange entre le déjà-vu (les nombreux films qui y ont été tourné, les photos célèbres n’y sont pas pour rien) et l’étonnement de la découverte, entre la carte postale et un grand plongeon dans le Moyen âge. 

Venise, la Sérénissime (un surnom donné à la ville de Venise, entre le 8e et le 18e siècle, alors que la ville était une République, et qui est maintenant synonyme de Venise), est une ville tournée vers la mer. Qui, de tout temps, a su préserver son indépendance. De ce glorieux passé, elle a gardé des palais et de vieilles demeures qui, aujourd’hui, sont autant de musées et d’hôtels (une minorité de Vénitiens demeurent à Venise même, préférant le Mestre plus abordable) qui témoignent de sa puissance passée.  Le touriste qui visite Venise pour la première fois aura l’impression de visiter une ville Musée. D’une part, le quartier historique, composé d’une centaine d’iles, compte moins de 40 000 habitants, mais il voit débarquer chaque année plus de 20 millions de touristes. 

Ali et moi sommes arrivés à Venise un vendredi matin à 11h30. Le temps de passer les douanes, nous avons pris un bateau qui nous a mené vers l’agglomération d’îles et, à travers les canaux, à notre hôtel dans le Dorsoduro, le plus artistique des quartiers de Venise. Nous y avons commencé notre découverte de la ville. 

On y trouve, entre autres, la Galleria Dell’Acadamia. Cette galerie, installée dans un ancien couvent, renferme une collection exceptionnelle de peintures des plus grands artistes vénitiens (de Véronèse, du Titien ou du Tintoret). 

Amateurs d’art contemporain (et sachant que nous allions le lendemain au Palais des Dôges admirer des collections semblables), nous avons préféré visiter la Collection Peggy Guggenheim. Fille d’un milliardaire américain mort dans le naufrage du Titanic, Peggy Guggenheim a amassé l'une des plus belles collections d'art moderne d'Europe. On y trouve des œuvres de Picasso, de Braque, de Duchamp, de Mondrian, de Chagall, de Pollock, de Calder et de bien d’autres. En 1949, elle rachète le Palazzo Venier dei Leoni, un palais inachevé de Venise, pour y vivre entourée de cette impressionnante collection de peintures et de sculptures. À sa mort, le lieu est devenu un important musée à échelle humaine. 

Dorsoduro est l’un des quartiers de Venise les plus agréables pour boire un verre et manger tranquillement en se mêlant aux Vénitiens, ce que nous avons fait le premier soir de notre arrivée. On trouve aussi dans ce quartier, le seul club de la ville où l’on peut danser Le Piccolo Mondo, une disco minuscule qui rassemble les soirs de week-ends une clientèle plutôt jeune, composée d’étudiants étrangers, d’artistes bohèmes et de touristes de passage. 

Après un déjeûner copieux à l’hôtel, le samedi matin, destination le Palais des Doges, le plus célèbre palais de Venise. Situé Place Saint-Marc, au bord du Grand Canal, ce palais fut à la fois la résidence des doges mais aussi le siège du gouvernement et le palais de justice. C’est désormais un passage obligé pour toute visite à Venise.

À mon avis, le Palais des Doges est la plus belle œuvre architecturale de Venise. Les meilleurs architectes, les meilleurs sculpteurs, et les plus grands maîtres se sont succédés pour concevoir et embellir au fil des ans, ce joyau du quartier San Marco mariant l’art gothique et l’art byzantin. On accède à l’étage principal en empruntant l’escalier d’or, magnifiquement décoré de feuilles d’or et de peintures de Vénus et de Mercure. On y trouve la salle du scrutin, la salle du collège, la salle du conseil des Dix, la salle du Sénat, l’armurerie et la Salle du Grand Conseil, qui fait plus de 50 mètres de long sur plus de 20 mètres de large. Cette salle est magnifiquement décorée avec un plafond somptueux et des murs exposant les portraits des 70 et quelques premiers Doges de Venise. On traverse le pont des Soupirs et on visite les cellules de la Prison, tout en découvrant tout au long de la visite la richesse des peintures, des sculptures et des fresques qui ornent les murs et les plafonds du palais. Depuis la cour intérieure nous admirons l’Escalier des Géants, lieu d’investiture des Doges et qui doit son nom aux incroyables statues de Mercure, dieu du commerce et de Neptune, dieu de la mer, qui ont chacun de bien belles fesses.

Entre la visite de l’incroyable Palais des Doges et un après-midi à la Biennale d’Architecture de Venise, nous prenons le temps de découvrir les rues au-delà des circuits les plus touristiques. Nous avons erré une heure ou deux en empruntant des ponts sans regarder la carte et sommes partis à l’aventure. De toute façon, la ville n’est pas si grande que ça et nous pouvions toujours revenir  au GPS de nos téléphones intelligents.  

Ali sélectionne un endroit pour luncher  sur le bord d’un canal, sans savoir que nous étions attablés sur la terrasse de l'un des restaurants les plus renommés de Venise, sur les bord du canal Rio de San Lorenzo et du Ponte du même nom (San Lorenzo). Un menu spécialisé dans le poisson, mais les spécialités régionales et locales ne manquaient pas. Comme toute l'Italie, Venise est réputée pour sa cuisine. Parmi les plats typiques de la ville, on cite les Sarde In saorqui sont des sardines marinées aux oignons, le Fritto misto, les seiches farcies ou encore les bigoli in salsa. Une chose est sure, on mange fort bien à Venise à condition d’éviter les pizzeria...

Nous avons centré tout notre après-midi et l’avant-midi du troisième jour à la visite d’une partie de la gargantuesque Biennale de Venise, consacrée cette année, comme à tous les deux ans, à l’architecture. Dans les espaces immenses de l'Arsenal, dans les pavillons du Giardini et dans une trentaine de Palazzo, plus de 100 studios d'architectes de 65 pays rivalisent de talent et d’ingéniosité. Les espaces d'exposition sont généreux et divisés en sections spécialisées. Tour à tour, les architectes nous invitent à découvrir des projets remarquables, à réfléchir sur des bâtiments historiques célèbres ou à être construis.

 

Certaines réalisations sont spectaculaires, d’autres ludiques. Plusieurs sont minimalistes mais stupéfiantes, comme Le rêve du studio RCR, une sorte de tanière avec des lumières en mouvement créées grâce à l'utilisation de 6 000 loupes. Dans le manifeste Freespace, les commissaires de cette édition de la Biennale appellent à renouveler les manières de voir et de penser l’architecture. Pour elles, il faut améliorer les espaces collectifs, l'architecture doit refléter «la générosité de l'esprit» et «le sens de l'humanité». «La créativité de l'architecte doit être au service de la communauté». 

Et en décernant le Lion d’or à un collectif de jeunes architectes suisses pour un projet ludique de visite d’appartement témoin qui joue sur les proportions, le jury a validé leur proposition ludique. Ce pavillon labyrinthique intitulé Svizzera 240 est une invitation, par le jeu et par l’expérience physique de l’architecture, à ouvrir les yeux sur notre environnement immédiat, à questionner la standardisation, largement imposée aujourd’hui, des espaces d’habitation et plus généralement de l’architecture dans le monde.  Vous prévoyez un voyage à Venise d’ici la fin novembre, une visite à la Biennale s’impose à mon humble avis.

Après avoir vu sur Netflix le documentaire Treasures from the Wreck of the Unbelievable, sur l’incroyable exposition de Damien Hirst présentée au Palazzo Grassi en 2017 (à visionner si vous ne l’avez pas encore fait), j’étais curieux de visiter ce musée qui présente, depuis 2006, la riche collection d’art moderne et contemporain du collectionneur français et industriel François Pinault. Jusqu’en janvier 2019, on y présente Cows by the Water, une expo consacrée à Albert Oehlen, un peintre allemand que je ne connaissais pas et dont l'œuvre se rattache au courant néo-expressionniste allemand. Notez que l’escalier d’honneur du Palais Grassi est d’une beauté incroyable, ainsi que les plafonds. Le lieu a été rénové avec un soucis maniaque des détails par l’architecte japonais Tadao Ando. 

 

À deux pas de là, nous faisons un arrêt pour voir The Gilded Cage, l’oeuvre monumentale d’Ai Weiwei, installée dans le jardin du Palais Franchetti pour l’été. 

Après une visite du très touristique et décevant Pont Rialto, direction le Fontego dei Tedeschi (en vénitien) ou Fondaco dei Tedeschi. À l’origine une halle marchande pour les négociants allemands, le lieu est devenu un centre névralgique pour le commerce des épices, de la soie et autres produits d’Orient. En 2010,  l’édifice est acheté pour en faire un grand magasin de luxe où l’on trouve les marques les plus prestigieuses. Nous n’étions pas là pour magasiner — si ce n’est des yeux— mais pour la terrasse située au 4e étage, qui offre une vue panoramique (et gratuite) de la ville à 360°. Incontournable. 

 

La meilleure période pour visiter la ville?

Considérée comme une haute saison, la période de la fin de juin à la mi septembre est la plus onéreuse de l’année. Il fait beau la plupart du temps et parfois la température  monte à près de 30 degrés, mais les soirées sont très agréables. La période la moins chère pour partir reste l’hiver (qui est humide, sachez-le). Certes le climat est froid, mais le prix des vols, des hébergements et autres sont très abordables. Au printemps (mai – juin) et après la saison estivale (de la mi-septembre à la mi novembre), le climat est plus agréable et les prix redeviennent corrects après la fin de la Mostra, le festival international de films

Se déplacer dans la ville

À moins d’être pressé, évitez les bâteau-taxis très chers. Le service de vaporetto (des bateaubus) est très efficace et il est possible de prendre un abonnement pour un nombre illimité de trajets pour une durée de 24, 48 ou 72 heures. Visitez le site de ACTV, la STM locale. Buon voyaje.