Entrevue avec Éric Pineault, président

FIERTÉ Montréal : passé, présent et avenir

Denis-Daniel Boullé
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En 2006, Divers Cité en changeant de vocation avait abandonné la semaine de la fierté LGBTQ, la journée communautaire et le défilé semant un désarroi dans la communauté. Devant ce constat, un petit groupe a donc décidé de reprendre le flambeau et de redonner sa fierté arc-en-ciel à la ville. Le petit groupe était mu par une profonde conviction qu’il y avait encore la place pour un événement soulignant aussi bien les gains des dernières décennies, que les défis qui se devaient d’être encore relevés, et sous le signe de l’inclusion, du partage et de l’inclusion. Le président fondateur de Fierté Montréal, Éric Pineault, a su avec son équipe redonner ses lettres de noblesse à la Fierté gaie de Montréal et lui donnant aujourd’hui, entre autres, une portée internationale. Plongée au cœur de Fierté Montréal Éric Pineault, d’hier à aujourd’hui… avec un vision pour l’avenir.

foule fierté
En 2006, quand tes amis et toi décidez de reprendre les rênes d’une fierté LGBTQ à Montréal, pensiez-vous que vous en seriez-là aujourd’hui ?
 
Oui et non, pour être honnête. Oui, parce que nous avions une vision. Moi-même j’ai toujours été un visionnaire, et nous savions vers quoi tendre. Non, parce qu’on ne peut être sûr à 100% — quoique je pense qu’en ayant une bonne vision et de travailler pour la réaliser, nous mettions toutes les chances de notre côté —, mais je savais qu’avec les choix de Divers Cité, il y avait un manque. Et je connaissais le potentiel de Montréal. Divers Cité avait réalisé de très belles choses et nous avons décidé de poursuivre le même chemin, mais à notre manière évidemment. Tout d’abord en réinstallant des relations plus fortes avec les groupes communautaires, les commerçants du Village, les décideurs aussi. Nous voulions un événement où tout un chacun puisse avoir sa place et se reconnaître. 
 
Cela dit, ça a pris du temps pour que l’événement ne soit plus perçu comme un festival pour hommes gais blancs. Nous avons senti que nous étions sur la bonne voie avec le succès de Fierté Montréal en 2011, puis le succès énorme en 2015. Des succès qui nous ont poussés à aller encore plus loin, et ce, dès 2013 à envisager une Fierté Canada pour 2017. Nous sommes aujourd’hui au Canada le seul organisme qui organise une fierté sur autant de jours, donc le plus grand événement LGBTQ de tout le pays. 
 
Est-ce le succès par le nombre de participant.es qui a motivé le départ de la place Émilie-Gamelin pour le parc des Faubourgs ?
 
La place Émilie-Gamelin ne pouvait plus accueillir autant de spectateurs. En 2016, nous avons dû en restreindre l’accès tellement il y avait de monde, et je me disais que devant la scène, si quelqu’un tombait, il entrainerait je ne sais combien de personnes dans sa chute comme un jeu de dominos. Il y avait vraiment un enjeu de sécurité et nous avons regardé différentes solutions. Le parc Lafontaine ? Le stationnement de Radio-Canada? Le quartier des spectacles ? Pour différentes raisons, aucun de ces lieux ne convenaient. Et puis on a eu l’idée d’aller se  promener au parc des Faubourgs et on est tombé en amour avec le lieu, on a tout de suite perçu le potentiel de ce parc qui corres-pondait tout à fait avec ce que l’on voulait faire. Et l’année dernière, compte tenu de la fréquentation des visiteurs durant la fierté au parc des Faubourgs, je crois qu’on peut dire que le changement est réussi. 
 
Fierté Montréal, c’est l’organisation d’un grand événement festif mais avec aussi un volet sur les droits à l’échelle internationale. 

Pas uniquement à l’international. Ici même, il y a encore beaucoup de travail à faire, entre autres pour lutter contre la transphobie et l’homophobie. Nous avons aussi un volet éducatif avec un atelier mensuel ouvert gratuitement au public où l’on aborde les grands enjeux qui traversent nos communautés. Et, en moyenne, ce sont une centaine de personnes qui se présentent à chaque atelier. Et puis nous essayons d’aider les organismes communautaires pour qu’ils soient mieux visibles. Comme cette année avec une forme de bourses dont bénéficie une trentaine d’organismes pour qu’ils puissent avoir des bannières et des t-shirts. Nous avons aussi retiré tous les frais de participation à la journée communautaire pour les organismes, et l’on souhaite en faire plus pour l’année prochaine. À l’international, on sait que nous nous sommes déplacés dans différents pays pour soutenir des marches de la fierté ou des événements LGBTQ, en Lettonie, en Ukraine, en Inde, au Kenya entre autres. Notre présence attire une attention médiatique, reçoit le soutien des Ambassades du Canada qui font pression sur les autorités locales pour la sécurité. Nous n’y allons pas comme colonisateurs mais pour échanger nos expertises, les problématiques et pour envisager des solutions. On ne peut penser avoir une action communautaire si on ne se rend pas sur le terrain. Et nous sommes toujours émerveillés et inspirés par le courage de ces femmes et de ces hommes qui se battent pour leurs droits au péril de leur vie quotidiennement. Rien que pour elles et eux, nous nous devons de continuer, ici, à rappeler ces réalités. 
 
Fierté Montréal ne reçoit aucune subvention qui provient des  programmes communautaires. Comment arrive-t-on à financer un tel événement ?
 
Parlons tout d’abord des retombées économiques de Fierté Montréal. Elles sont de plus 10 millions $ chaque année, ce qui nous positionne au 10e rang de tous les festivals au Québec. Si on regarde notre budget, là ça s’effrite (Rires). Nous sommes un événement un peu hybride et pas toujours compris par les subventionneurs. Est-ce qu’on est un événement politique ? Un événement communautaire ? Un événement festif ? En fait, nous sommes les trois. Cette année nous avons décidé de nous déclarer comme un festival culturel, à l’image de ce que sont d’autres festivals, comme le Festival d’été de Québec, le Festival de Jazz. Il n’y a aucune raison que nous n’ayons pas un financement semblable à ces festivals d’autant que nous sommes le 6e ou le 7e festival au Québec en termes d’achalandage.   
 
Où s’en va maintenant le Festival Fierté Montréal ?
 
Vers la World Pride de 2023. Nous sommes en compétition avec Sydney. Nous avons bonne espoir puisque qu’à Montréal nous avons déjà l’expérience de grandes rencontres internationales LGBTQ, comme la conférence internationale en 2006 lors des Outgames, ou encore l’année dernière, avec la première Fierté Canada. De toute façon, mon équipe et moi, nous ne manquons pas d’idées, de projets, ni d’énergie pour les mener à bien.