Le 4 août

Genderf*cker : Le genre en figure libre

Denis-Daniel Boullé
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Pascale Drevillon
Photo prise par © Olivier Hardy (Pascale Drevillon)

Il y a dix ans, la comédienne et actrice Pascale Drevillon, commençait sa transition. Femme, elle peut l’être jusqu’au bout des ongles. Mais est-que ce genre choisi et l’apparence qu’elle a aujourd’hui, la réduise et la résume à n’être que cela? Non, comme tout un chacun, elle est bien plus. Bien plus qu’un concentré de stéréotypes sur le genre. Et si elle se sent femme, elle n’a pas oublié le petit garçon et l’adolescent qu’elle a été. Bienvenue alors dans cette performance de six heures où Pascale Drevillon va corseter et décorseter le genre pour en montrer les failles, les limites et les frontières qui, à bien y regarder, ne sont pas aussi solides que cela. 

Le 4 août prochain dans le cadre du ZHFestival, Pascale Drevillon sera seule sur la scène de la maison de la culture Maisonneuve pendant six heures pour nous présenter Genderf*cker, une performance qui lui tenait à cœur et qu’elle a nourrie et construite pendant plusieurs années. «Avant l’école de théâtre, je faisais beaucoup de photo shoot, j’étais beaucoup dans l’image, dans la création d’une image glamour, hyper féminine. Après cela, j’ai voulu reproduire la couverture d’un magazine italien où il y avait un bel homme avec les épaules larges, en train de se raser, une cigarette au bec avec un énorme titre: Machismo. En faisant ce photo-shooting où je me masculinisais, j’ai été troublée, émue au point où je me suis dit qu’il fallait que j’essaie de me reconnecter avec l’homme qui était en moi. C’est sûr que je suis une femme. Je suis né homme, je suis trans, mais je ne peux pas nier ou oublier non plus mon histoire. De par ma génétique, de par mon enfance, il reste des miettes d’homme qui valent la peine d’être explorées», nous confie Pascale en entrevue.
 
Ce n’est ni une remise en question de la femme qu’elle est aujourd’hui, mais plutôt de déconstruire l’opposition entre féminité et masculinité. De montrer à quel point de les avoir fossilisés dans des codes rigides et immuables puisque soi-disant naturels, ils constituent un enfermement et une oppression. «D’où l’idée pour moi de ce projet artistique, en me demandant ce qui serait arrivé si je n’avais pas fait ma transition, quel genre d’homme j’aurais été», poursuit Pascale Drevillon «J’aurais été un garçon malheureux, troublé et blessé par tous les épisodes de violence que j’ai vécus plus jeune».
 
Fluidité et pluralité du genre sont les deux mots qui sous-tendent le travail de Pascale Drevillon qui va jouer sur la représentation et l’expression du genre passant de l’archétype féminin à l’archétype masculin en déclinant toutes les étapes qui se déclinent entre ces deux limites du spectre du genre. «Bien sûr, je me raconte aussi à travers cette performance, j’évoque mon histoire mais, par des images d’archives, des photos, et des chansons, je tiens à mettre en toile de fond tout un contexte historique et social autour de la question du genre qui devrait tous nous questionner».
 
Comment se prépare-t-on pour assurer six heures sur scène. Il y a bien sûr les répétitions mais aussi toute une équipe qui entoure la performeuse. «Il y a Geoffrey Gaquère, à la mise en scène, Léa Pennel à la scénographie et bien d’autres, sans oublier l’exposition de photos où des artistes LGBTQ exposeront leur propre vision du genre. Il est aussi important de montrer la pluralité des regards autour de cette question», ajoute Pascale Drevillon avant de conclure qu’elle souhaite faire avancer cette cause et répondre par l’action à cette maxime de Marie-Marcelle Godbout, fondatrice de l’Aide aux trans du Québec: «La victoire d’une minorité est une victoire pour l’humanité». 

Genderf*cker Le 4 août 2018 à 18h, à la Maison de la culture Maisonneuve, 4200 Ontario Est à Montréal. Achat sur place à compter de 17h.
Réservation en ligne à www.zhfestival.com