Les origines de la fierté

Stonewall pour les nuls

Yves Lafontaine
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Stonewal

Pour comprendre les origines historiques des marches de la fierté LGBTQ+, comme celle de Fierté Montréal, qui se tiendra cette année le dimanche 19 août, il faut faire un saut en arrière de près d’un demi siècle, en 1969, à New York. Retour, donc, sur le déroulement d’un événement historique qui a eu une résonnance inouïe à travers les années.

À cette époque, dans tout l’État de New York, il est interdit de servir de l’alcool aux homosexuels et illégal de danser entre hommes. Le seul bar de New York qui accepte de servir de l’alcool à des hommes qui dansent ensemble et à des homosexuels qui s’affichent comme tels est le Stonewall Inn, situé au 53 Christopher Street, au cœur de Greenwich Village. Le lieu est tenu par la mafia, qui achète sa tranquillité aux autorités en leur glissant des enveloppes bourrées de dollars. Malgré ce racket lucratif, la police ne peut résister au plaisir d’humilier régulièrement la clientèle du bar. 
 
Le vendredi 27 juin 1969, un inspecteur de police, accompagné de sept officiers de la brigade des mœurs habillés en civil, débarque peu avant minuit et annonce son intention d’arrêter le personnel et la soixantaine de clients qui s’y trouvent. De telles pratiques étaient fréquemment utilisées par la police, qui avaient l’habitude de mener ces descentes contre les gais qui, d’ordinaire, ne résistaient pas et se laissaient embarquer. À la sortie du bar, quelques travestis et passants assistent à l’événement en spectateurs, bien vite rejoints par d’autres. Quand le fourgon de police arrive, de passive, la foule devient de plus en plus hostile. 
 
C’est une femme habillée de façon masculine, entraînée hors du bar par la police pour être embarquée, qui déclenche par sa résistance et son refus de se laisser faire le début de l’émeute.
 
Quelques drag queens — qui se diront par la suite bouleversées par la mort (quelques jours plus tôt) d'une de leurs icônes gaies, Judy Garland — décident d’en remettre en envoyant des bouteilles vides aux représentants de l’ordre, qui se voient obligés de battre en retraite à l’intérieur du bar.
 
Des trans et de jeunes prostitués se joignent aux drag queens et prennent des briques qui forment le pavé de la rue et les lancent dans les fenêtres du bar. Les policiers s’affolent : l’un d’entre eux mena-ce même de tirer sur la foule, tandis que l’un des manifestants improvisés tente de mettre le feu au bar. 
 
C’est le début d’une émeute qui va durer toute la nuit et dont il existe différentes versions (c’est sans doute inévitable, vu que Stonewall est devenu de plus en plus une légende à laquelle plusieurs veulent être associés). Des renforts appelés à la rescousse permettent finalement de vider les rues quelques heures plus tard.
 
Le soir du 29 juin, plus de 500 manifestants défilent dans Christopher Street, en passant devant le bar, fermé depuis les émeutes, pour exprimer ouvertement leur homosexualité et condamner l’attitude de la police. 
 
Dans les semaines qui suivent, toute une partie de la population new-yorkaise se sent solidaire contre les policiers qui, depuis quelques années, ne pourchassent pas que les gais, mais également tout ceux qui peuvent sembler marginaux. On peut expliquer une telle réaction en considérant la naissance et le développement, dans les années précédentes, d’une contre-culture volontiers rebelle aux valeurs de respectabilité de la société de l’époque. En outre, la liberté sexuelle grandissante remet en cause l’intolérance vis-à-vis de l’homosexualité. 
 
La télé, la radio et les grands journaux font écho de la révolte des homosexuels. La nouvelle fait très rapidement le tour du monde et Stonewall devient le symbole d'une minorité invisible et opprimée qui demande le droit de jouir des libertés revendiquées par tous les citoyens. 
 
Au début de 1970, l’un des manifestants, Graig Dowel, fonde le Gay Liberation Front (GLF) et décide d’organiser, fin juin, une grande manifestation dans les rues de New York pour commémorer les événements de Stonewall. Le dimanche 28 juin 1970, malgré la peur et les menaces, entre 7 000 et 10 000 personnes défilent sur la 6th Ave. jusqu’à Central Park en criant les slogans Gay Power! (Le pouvoir gai), Gay is just as good as straight! (Être gai, c’est aussi bien qu’être hétéro!) et Out of the closets! Into the Streets! (Sortez du placard! Venez dans la rue!). Cette première marche s’achève à Central Park, envahi pacifiquement par les manifestants qui s’embrassent et fument des joints sur le gazon. 
 
Au même moment, dans d’autres grandes villes américaines (dont San Francisco, Boston, Los Angeles et Atlanta), des groupes de gais et de lesbiennes organisent, sans réelle concertation et de manière improvisée, leurs premières manifestations, regroupant de quelques dizaines à quelques centaines de personnes pour souligner le premier anniversaire de Stonewall. Le concept des marches de la fierté était née...
 

MAJOR GRIFFIN-GRACY

Major est l'une de ces activistes dont il est impossible de ne pas apprécier l’apport et l’importance. Née en 1940 à Chicago, elle a participé aux premiers Drag bals à la fin des années 50. «Miss Major», comme on l'appelle affectueusement, est une vétérane de la rébellion de Stonewall.
 
Elle était au Stonewall Inn la fameuse nuit et est reconnue comme l'une des leaders du soulèvement. Durant les échanges avec les services policiers Major a été frappé à la tête et placée en détention par un policier. Quatre décennies plus tard, Major est toujours sur la ligne de front de la lutte pour les droits de trans.
 
Elle sera de passage à  Montréal en tant qu’invitée de Fierté Montréal qui l’a nommé co-présidente du défilé de 2018.
 
50 STONEWALL
L’an prochain, on soulignera le 50e anniversaire de Stonewall, 
par la tenue à New York du WorldPride en juin 2019.