18 août, Achevez-moi quelqu’un

Philippe Lemieux et ses 50 nuances de gai

Michel Joanny-Furtin
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Philippe Lemieux

Un soir seulement au bar Le Cocktail, le 18 août prochain, Philippe Lemieux reprendra son spectacle «Achevez-moi, quelqu’un». Cette soirée sera pour lui un tour d’essai pour le proposer à la communauté en 2019. «C’est mon objectif de le présenter en parallèle des festivités de la Fierté de Montréal pour toucher un plus grand public LGBTQ+. J’en suis très heureux car je veux multiplier ces moments, le rouler ici dans le Village, dans les campings gais, les cabarets, etc.», confie Philippe Lemieux. Rencontre. 

L’écriture lui est venue grâce au Cabaret des auteurs du dimanche. Depuis 2001, ce cabaret lance le défi aux auteurs d’écrire un texte en une semaine en pigeant un thème suggéré par le public. Philippe a relevé le défi et s’est laissé prendre au jeu. «J’ai découvert cette voie-là et pendant l’écriture, un personnage de scène, un "moi" pas très aimable, un peu rabat-joie, a émergé.»
 
«J’aurai pu cibler l’univers gai à plusieurs moments dans le spectacle. Plutôt que de dire "ma bonde, bla, bla, bla…", ben là je dis "mon chum", that’s it ! L’homosexualité, ici, est une toile de fond dressée dans les trois premières minutes. Ce n’est pas la thématique du spectacle; je ne l’aborde vraiment qu’après trois ou quatre monologues», précise l’auteur. «Mais cette approche me permet de présenter ma vision du monde et de son actualité sous le filtre d’un regard différent et de montrer comment on vit les évènements quand on est gai. C’est un créneau ciblé mais, gai ou pas, le propos est assez général et ouvert pour concerner tout le monde, puisqu’on traverse tous les mêmes questionnements et les mêmes émotions. C’est juste le point de vision qui est différent…»
 
Une approche psychanalytique
Jonglant entre la réalité et la fiction, son humour souvent noir dévoile toutefois une approche autobiographique quasi psychanalytique. «Il faut se méfier des boute-en-train», affirme Philippe Lemieux. Un humour qui joue sur le décalage. «Je n’accuse pas les gens. Si j’accuse quelqu’un, ce sera moi et ma réaction, plutôt que la personne ciblée. Si je vois les choses plus noires, personne ne pourra les voir plus noires que moi…», pense-t-il.
 
«Petit, je souffrais souvent de conjonctivite. Ma mère m’a dit un jour "y a-tu quelque chose que tu ne veux pas voir?"» Philippe confie qu’il a toujours eu beaucoup de résistance quant à son orientation. «Je l’ai assumée très tard. Je ne l’ai pas vécue facile, même si tout le monde dans ma famille l’acceptait très bien. "Quand il voudra, il nous le dira…" Je me suis donné ben d’la misère. Ça a été long, d’autant plus que j’étais pendant quatre ans avec une femme, la femme de ma vie, une grande amie. Puis, je l’ai dit à ma mère qui s’est occupé du reste… de le dire aux autres!», dit-il d’un clin d’œil.
 
Aujourd’hui encore, Philippe garde une certaine réserve. «Quand j’ai reçu ma première bourse Jeune créateur de la SODEC, j’ai dit "j’suis gai, mais j’ai reçu de l’argent pour faire mon film… Ce "mais" trahit une forme d’homophobie intériorisée, reconnaît-il. Ça m’a pris du temps pour embrasser des amis dans la rue, ou tenir mon chum par la main… C’est compliqué, mais je travaille là-dessus.» Achevez-moi quelqu’un lui sert en quelque sorte de catharsis.
 
Passionné de politique
«Je me sens plus comme un auteur… qui fait un peu de scène de temps en temps», sourit-il. Son père tenait une cafétéria en Beauce. «J’ai eu le bonheur de servir les gens et d’observer ainsi leurs façons d’être et de m’en inspirer.» Son inspiration, il la puise surtout dans l’actualité. «C’est ma passion; j’enregistre même 24/60!», admet-il. «J’ai toujours aimé la politique. J’aime ce ton-là. À 12 ans, j’imprimais les discours des hommes politiques et je les analysais…» C’est tout dire.
 
«La forme des contes urbains me permet de construire ce propos qui se cache sous le drame, développe Philippe, et d’aborder ainsi des thèmes lourds comme le sida, la prostitution masculine, le suicide, la PrEP.» On est loin du gai joyeux et volubile. Un pari en soi. «En guise de "show-test", j’ai présenté ce spectacle quatre fois devant un public qui ne me connaissait pas, et j’ai eu une belle réception.»
 
«Pour construire ce spectacle, j’ai pris mes meilleurs textes du Cabaret des auteurs. C’est un premier filtre qui passe ensuite celui de ma metteure en scène, Pénélope Jolicoeur, qui connait bien mon univers. Puis je fais toujours une générale devant public où je vais prendre les commentaires et les réactions autant positives que négatives», détaille-t-il. «Les bravos sont agréables, mais j’aime bien les "Houu!" aussi parce qu’ils me donnent la mesure et l’heure juste en ce que je veux dire et faire passer. J’essaie d’être le moins complaisant possible. Un show, c’est vivant. On cherche toujours à améliorer son travail envers le public à chaque représentation. Il faut peaufiner le texte, ajouter des choses, en enlever d’autres, faire une mise à jour.»
 
«J’écris déjà une revue de l’année, Cabaret politique et bouffonneries. Nous en reprenons le principe avec Salut 2018 (présenté au Théâtre du Vieux-Terrebonne et au Café Campus entre le 22 novembre et le 30 décembre prochain). Mais comme créateur, le problème avec une revue, ton matériel meurt en janvier chaque année», commente Philippe Lemieux. «J’avais donc envie aussi d’écrire et de créer quelque chose qui pourrait durer. J’essaie toujours de porter loin mes projets, je pense qu’on est au début de quelque chose. Peut-être une série de shows avec Fierté Montréal en 2019? En tout cas, c’est un grand souhait…»
 
ACHEVEZ-MOI, QUELQU'UN de Philippe Lemieux, le 18 août 2018, à 20h, au bar Le Cocktail.
Billets à La Vitrine et au bar Le Cocktail. 
Plus d’infos au 514 253-9652