Julie Duford

Se réaliser dans l’engagement

Denis-Daniel Boullé
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Julie Duford
Engagée, Julie Duford l’est aussi bien professionnellement que bénévolement. Doctorante en sexologie, elle s’intéresse à la question des jeunes LGBTQ2S en situation d’itinérance. En marge de son parcours académique, elle est écoutante à Interligne depuis de nombreuses années et collabore, avec la Coalition montréalaise des groupes jeunesse LGBT et le Regroupement des Auberges du cœur du Québec, au développement d’un programme de sensibilisation aux réalités des jeunes LGBTQ2S destiné aux professionnel.le.s du milieu de l’itinérance. Sans surprise, ses choix sont liés aussi à son propre parcours.
 
«Je suis née à Asbestos en Estrie. J’ai quitté les études avant la fin du secondaire et j’ai travaillé en usine pendant six ans. Au primaire comme au secondaire, j’ai vécu beaucoup d’intimidation homophobe parce que mon expression de genre n’était pas conforme aux stéréotypes socialement attendus d’une femme. Ce qui a entraîné l’arrêt précoce de mes études», explique Julie Duford.
 
À son arrivée à Montréal, elle reprend ses études, d’abord en psychologie, puis en anthropologie, avant d’entreprendre un doctorat en sexologie. «Comme lesbienne, je voulais aussi me rapprocher de ma communauté, et donc je me suis dirigée vers Gai Écoute, aujourd’hui Interligne, où je suis devenue écoutante», continue Julie. Pour se rapprocher de sa communauté, mais aussi réfléchir à ce qu’elle pouvait faire pour que des jeunes confronté.es au rejet puissent recevoir une aide adaptée à leurs besoins. D’où la nécessité de documenter cette réa-lité.
 
«Au Canada, les jeunes LGBTQ2S sont 2 à 3 fois plus susceptibles de se retrouver en situation d’itinérance que les jeunes hétérosexuel.le.s et cisgenres», reprend-elle. «Les quelques études qui documentent le phénomène rapportent que la majorité des jeunes LGBTQ2S qui utilisent les ressources d’aide en itinérance vivent de l’homophobie et de la transphobie à l’intérieur même de ces structures qui se devraient être en tout premier lieu des espaces sécuritaires», témoigne Julie. «Certains disent même se sentir plus en sécurité dans la rue que dans les ressources. En particulier les jeunes trans qui se font refuser l’accès à certaines ressources d’hébergement. Sous prétexte que leur sécurité ne pourra être assuré, on les renvoie à la rue…»
 
Ce qui pousse ces jeunes à vivre dans la précarité est souvent multifactoriel. «Plusieurs raisons se conjuguent et amènent les jeunes à fuir leur milieu, quand ce n’est pas la mise à la porte, suite au coming-out, qui les propulse brutalement à la rue. Bien sûr, l’homophobie et la transphobie qui se retrouve dans les familles, les écoles et les collectivités sont en cause. Malgré le progrès remarquable des droits LGBT au cours des dernières décennies, les jeunes LGBTQ2S continuent d’en faire 
l'expérience».
 
Un manque de services spécifiques ou adaptés aux besoins particuliers de ces jeunes est criant pour plusieurs chercheur.es dont Julie Duford. Le Québec est présentement en retard sur ce qui se fait ailleurs au Canada. Par exemple, à Toronto, il existe depuis 2016 un hébergement pour jeunes LGBTQ. D’où son objectif avec d’autres collègues, d’ouvrir un hébergement pour les jeunes LGBTQ2S à Montréal, et bien sûr continuer d’outiller et de former les professionnel.le.s qui travaillent en itinérance pour améliorer leurs connaissances et leurs pratiques à l’égard de la diversité sexuelle et de genre. «Il y a une ouverture autant de la part des milieux d’intervention que des décideurs et donc les projets sont sur une bonne voie», de commenter Julie Duford.
 
En travaillant comme écoutante à Interligne et en axant son travail sur les jeunes LGBTQ2S, Julie Duford se sent utile. «J’ai enfin le sentiment de pouvoir agir positivement sur des enjeux qui, dans ma jeunesse, m’ont paralysé de honte.»