15 août - Histoire de nos communautés et du sida

Une conférence, un documentaire et une exposition durant la fierté

Denis-Daniel Boullé
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On ne peut parler de l’histoire des communautés LGBTQ des 60 dernières années sans parler aussi du sida qui a bouleversé et qui bouleverse encore la communauté. Quoi de mieux alors de marier un documentaire donnant la parole à un militant de la première heure qui a été acteur et témoin de cette histoire, une conférence à propos de la fin - possible ou pas - du sida, et une exposition d’affiches sur la prévention du sida en provenance d’ici ou de nombreux pays. Le tout organisé par les Archives gaies du Québec au Cinéma du Parc, du 1er au 31 août prochain.

Il est rentré dans son premier bar gai à Montréal alors qu’il n’avait que 15 ans et nous étions en 1958. Et toute la vie de John Banks sera marquée ensuite par cet engagement pour la défense et la reconnaissance des droits des personnes LGBTQ. Dans les années 60, il part pour Vancouver comme secrétaire personnel de Marlène Dietrich. C’est dans cette ville qu’il côtoie pour la première fois des activistes gais qui, entre autres, lèvent des fonds pour défendre les hommes arrêtés par la police pour grossière indécence au parc Stanley. C’est aussi là qu’il participe à sa première manifestation de protestation en 1964. «J’en ai encore des frissons rien que d’y penser, se souvient John Banks, je marchais dans la rue, en étant ouvertement gai, perçu comme tel par les gens sur les trottoirs. J’ai compris ce que c’était être fier».

De retour à Montréal, et fort de ce qu’il a vécu à Vancouver, il sera de tous les balbutiements du mouvement LGBT à Montréal. «En 1979, j’ai organisé la toute première marche de la fierté, nous devions être un peu plus de cinquante personnes. Et l’année suivante, j’ai réussi à fermer la rue Duluth entre les rues Saint-Denis et Saint-Hubert pour organiser une première foire de la Fierté. C’est là où les gens de l’Association des gais du Québec (ADGQ) m’ont demandé d’organiser les marches de la Fierté suivante», avance John Banks. Bien sûr John se souvient de l’arrivée du sida et du traumatisme dans la communauté gaie, «on avait trois à quatre enterrements par mois; les infirmières n’osaient s’approcher des malades du sida; les familles interdisaient que l’on rende visite à leur fils parce que nous n’étions que des amis. Il ne faut pas qu’on oublie cette période, il ne faut pas qu’on oublie tous ceux qui sont partis», insiste John Banks.

Ce lien entre l’histoire des communautés LGBTQ+ et celle du sida sera mené par le sociologue Gabriel Girard qui, avant la projection du  documentaire John Banks, une vie d’engagement parlera de la fin possible du sida en mettant en perspective la longue marche menée contre la maladie et les défis auxquels nous sommes encore confrontés. «J’ai tout de suite accepté la proposition des Archives, parce qu’il est important pour moi de la rendre publique, que cette histoire récente vive et que l’on puisse transmettre cette mémoire en dehors de cercles trop fermés d’experts ou d’archivistes. Et bien sûr la question du sida sur laquelle je travaille comme sociologue depuis des années, pour comprendre ce que cette maladie a changée dans nos sociétés et pour souligner tous les défis qui restent malgré l’avance des thérapies.»

 Gabriel Girard

«On sait que la sérophobie est encore très forte, même à l’intérieur de la communauté gaie, poursuit Gabriel Girard, qu’il n’est toujours pas facile de vivre ouvertement sa séropositivité. Alors je suis très content d’être associé à ce projet puisque l’histoire des communautés LGBTQ a connu en l’espace de cinquante ans des changements notables et positifs, et que nous avons la chance de pouvoir obtenir le témoignage de celles et ceux, comme John Banks, qui ont fait l’histoire», précise le sociologue. 

Pour John Banks comme pour Gabriel Girard, cette histoire est importante pour mieux comprendre et faire face à ce qu’ils appellent des retours de bâton. «On voit dans de nombreux pays la droite populiste gagner du terrain, voire des élections; rien n’est gagné définitivement», conclut Pierre Pilotte, responsable des communications des AGQ, et initiateur de cet événement avec le soutien de Fierté Montréal, de Fugues et de l’UQAM. C’est d’ailleurs un étudiant de l’UQAM, Alexis Baribeault, qui a signé le documentaire sur John Banks dans le cadre d’un stage bénévole aux AGQ

Du 1er au 30 août, une quinzaine d’affiches sur le sida produites à travers le monde seront exposées dans le hall du Cinéma du Parc. Les AGQ possèdent une collection de plus de 600 de ces affiches sur le sida et la prévention. 

15 août à 19h : «VIH/sida en contextes francophones: enjeux de mémoire, enjeux de savoir», une conférence de Gabriel Girard, suivie de la projection du documentaire «John Banks, une vie d’engagement» d’Alexis Baribeault. au Cinéma du Parc (salle 2).

EXPOSITION D’AFFICHES SUR LE SIDA, du 1er au 30 août, tous les jours, de midi à 20h30 (entrée libre), Hall d’entrée du Cinéma du Parc.