Virus de l’hépatite C

L’importance du dépistage chez les baby-boomers

André-Constantin Passiour
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Dre Emmanuelle Huchet
Photo prise par © Serge Blais
Clinique du Quartier Latin
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  • Dre Emmanuelle Huchet
  • Clinique du Quartier Latin

Pour la Journée mondiale contre l’hépatite, le 28 juillet, on a voulu mettre cette année une emphase spéciale sur le dépistage chez les personnes nées entre 1945 et 1975. Si ces individus ont eu un comportement à risque, ils demeurent vulnérables face au virus de l'hépatite. D’où l’importance de se faire dépister pour être traité. Au Canada, on estime à environ 250 000 personnes qui sont atteintes de l’hépatite C. Par contre, jusqu’à 70% d’entre eux ignorent qu’ils sont infectés. Si elle n’est pas traitée, l’hépatite C peut entraîner la cirrhose du foie et même un cancer hépatique. Les nouveaux traitements peuvent guérir 90% des patients, ce qui est une belle avancée !

Mais pourquoi met-on l’emphase sur les baby-boomers ? «On a eu par le passé des gens qui avaient été transfusés et qui ont pu ainsi contracter la maladie. Il y a aussi les utilisateurs de drogues injectables (UDI). Beaucoup de ces personnes ont été dépistées et suivies avec des traitements. Par contre, on a sous estimé le dépistage de la clientèle des baby-boomers et qui a peut-être eu des comportements à risque dans le passé. Il y a maintenant de nouvelles recommandations de l’Association canadienne pour l’étude du foie (ACEF) qui suggère un meilleur dépistage chez cette population-là afin qu’elle soit traitée. Le problème est que, pour la majorité des cas, c’est-à-dire pour 70%, la maladie est asymptomatique, donc on n’a pas nécessairement de symptôme et, pourtant, on est infecté», explique la Dre Emmanuelle Huchet, médecin généraliste et codirectrice de la Clinique de médecine urbaine du Quartier Latin (CMUQL).

Selon le rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur l’hépatite pour 2017, seulement 20% des personnes infectées par le virus de l’hépatite C (VHC), soit 14 millions, avaient été dépistées et diagnostiquées dans le monde.  Sur l’ensemble, 8% des cas d’infection par le VHC (1,7 millions) avaient commencé le traitement en 2015. Au Canada, environ 250 000 personnes sont atteintes de l’hépatite C, mais on estime que de 40 à 70% d’entre eux l’ignorent puisque la maladie peut être asymptomatique.

Mais qu’est-ce que l’hépatite C ? L’hépatite C est une maladie du foie – du grec ancien «hépar» signifiant foie  – causée par un virus qui peut entraîner une infection hépatique aiguë et une infection chronique. La gravité est variable, allant d’une forme bénigne qui dure quelques semaines à une maladie grave qui s’installe à vie.

Le virus de l’hépatite C (VHC) est transmis par le sang et les modes d’infection les plus fréquents résultent de pratiques d’injection à risque, d’une mauvaise stérilisation du matériel médical, ainsi que de l’absence de dépistage du sang et des produits sanguins avant transfusion ou encore par des rapports sexuels non protégés (blessures dans les voies génitales ou anales). Le tatouage et le perçage corporel peuvent aussi être des portes d’entrées (si les instruments ne sont pas bien stérilisés).

«Puisque bien des gens n’ont pas de symptômes de la maladie, c’est difficile de savoir qu’ils sont infectés, poursuit la Dre Emmanuelle Huchet du CMU du Quartier Latin. Par la suite, on découvre que leur foie est atteint par une cirrhose. La seule manière de savoir si ces gens ont été infectés c’est par un simple test sanguin de dépistage.» 

L’OMS s’est fixé pour objectif qu’en 2030, 90% des personnes ayant une infection au VHC soient dépistées et que 80% des patients bénéficient d’un traitement. «C’est un peu sur le même modèle que pour le VIH-sida où 90% des personnes sont dépistées, 90% d’entre elles sont traitées et 90% deviennent non détectables et donc ne peuvent plus transmettre le virus. Il en est de même pour l’hépatite C. Certains pensent encore aussi que les traitements sont compliqués, lourds et entrainent des effets secondaires indésirables. Mais il y a de nouveaux traitements efficaces à 95% avec très peu d’effets secondaires», continue la Dre Huchet.

En parlant du VIH-sida, près de 20% des personnes séropositives sont aussi porteuses du virus de l’hépatite C. «Cependant, ces personnes font partie des priorités et sont traités pour l’hépatite C aussi», affirme ce médecin de la CMU du Quartier Latin.

«Certains pays européens, comme la France entre autres, de même que l’Égypte ou un tout petit pays comme la Géorgie, ont adopté une stratégie nationale pour éradiquer les hépatites B et C. Malheureusement, le Canada n’a pas encore établi un tel plan et les patients vont être traités tardivement. Montréal non plus n’a pas encore développé une telle stratégie alors que l’Île du Prince-Édouard vient de le faire. C’est pourquoi nous prenons l’occasion de la Journée mondiale contre l’hépatite pour sensibiliser la population qui pourrait être à risque et de demander à son médecin de famille de se faire dépister», de souligner la Dre Emmanuelle Huchet.

«La stratégie de l’OMS est bien simple, il faut faire baisser le risque d’infection, donc plus on est traité et moins il y a de risques de transmissions. Il ne faut pas avoir peur car les nouveaux traitements consistent en une dose quotidienne de 1 à 3 comprimés pour 8 à 12 semaines, selon les cas. Et avec peu d’effets secondaires, c’est important de le mentionner pour rassurer les gens», de conclure la Dre Emmanuelle Huchet du CMU du Quartier Latin.

Clinique de médecine urbaine du Quartier Latin

1733, rue Berri, Montréal.  T. 514-285-5500 ou http://www.cmuql.com