En spectacle le 2 septembre au festival Mile Ex End

Le phénomène Eddy de Pretto

Patrick Brunette
Commentaires

Trois mois après son passage aux Francos de Montréal, le phénomène Eddy de Pretto est de retour à Montréal dans le cadre du festival Mile Ex End, le 2 septembre prochain. Et cette fois-ci, le jeune chanteur français accepte de répondre aux questions de Fugues. 

Je suis tombé sous le charme d’Eddy de Pretto en regardant les deux vidéoclips : Kid et Fête de trop. Cure, son premier album lancé en mars 2018, venait confirmer tout le bien que je pensais de lui.  Au téléphone, il m’annonce qu’une édition spéciale de Cure incluant cinq nouvelles chansons sera disponible sous peu cet automne. Joie.

Naviguant entre hip hop et chanson française, l’auteur-compositeur- interprète de 25 ans parle sans détour de lui, de son enfance dans ses chansons. Et aussi de ses parents. Les chansons Kid et Mamère sont d’ailleurs loin d’être des hymnes à leur endroit.

«Ma mère, admet Eddy, est aujourd’hui très fière que je sois arrivé là où je suis rendu et de manière solitaire, dans le sens que j’avais tout le monde contre moi et que j’ai forcé pour y arriver. Aujourd’hui, elle est très impressionnée par ce tour de force que j’ai réussi à faire. Mon père aussi est touché. Il est un peu plus maladroit, il ne sait pas trop comment le verbaliser.»

 

S’il ne s’est pas senti encouragé par ses parents, c’est chez sa tante Alice, ancienne danseuse au Lido, qu’il a trouvé son inspiration. Elle est son modèle.

«Elle est la représentation de la liberté, de tout ce qui me sortait de l'enfermement que ma mère voulait bien me donner par son éducation. Alice représentait tout le contraire. Elle vivait à Paris, elle avait la grande vie, la folle vie qui moi m’a fait rêver. Cette liberté franche de vivre comme elle le souhaitait, avec une certaine liberté sexuelle, un certain vocabulaire extraverti, plein de choses auxquelles je n’avais pas accès avec ma mère.»

 

Pédé, rap et chanson française

Autre thème abordé par Eddy : son homosexualité. En entrevue aux Inrockuptibles, il avait dit ceci : «J'essaie de parler de mon histoire personnelle et de la normaliser le plus possible. Et pas la mettre en avant pour dire que je suis le premier pédé qui lie le rap et la chanson française.» 

Même s’il ne veut pas le mettre de l’avant, c’est en soi une réalité : Eddy est un des seuls chanteurs ouvertement gais en France connaissant un grand succès commercial. Enfin! 

En entrevue dans les médias grand public,  la question de son homosexualité est souvent au rendez-vous. Au point d’exaspérer le chanteur. Au bout du fil, je lui demande s’il regrette d’avoir dévoilé publiquement cette partie de lui. 

«Non pas du tout. J’avais quand même très peur d’en parler franchement. Je savais pas comment ça allait être reçu car, en France, on est assez timide sur ce sujet-là, c’est encore un sujet dans la lutte, dans la bataille. Mais je sais que vous, au Québec, vous êtes rendus plus loin. En France, c’est pas totalement OK et j’avais peur que ça soit mal reçu. Mais aujourd’hui, je suis très étonné par les regards bienveillants de tous ces gens qui viennent à moi et me disent oh! combien ça fait du bien!»

 

Mais avant d’en arriver là, Eddy a volontairement évité les entrevues avec les médias LGBT. Je lui rappelle notre rendez-vous manqué parce qu’écrivant pour Fugues.

«J’évitais au tout début d’aller trop dans le média communautaire. Parce que je ne voulais pas que ce soit un enfermement à l’ouverture. Pour moi la communauté, il y a quelque chose de l’enfermement. Certes, ça fait évoluer, ça aide à être plus fort, mais j’avais pas envie d’être ghettoïsé, au début du moins.  

Mais aujourd’hui j’ai revu ça parce que je suis passé à une autre étape. Si j’avais fait la première couverture de Têtu avec un titre comme « L’homosexuel Eddy de Pretto est enfin arrivé », je pense que ça n’aurait pas fonctionné de la même manière et moi je voulais vraiment ouvrir les portes et le critère de mon homosexualité n’était pas un critère de marketing de premier lieu, donc je voulais le rendre le plus discret possible au début pour faire quelque chose en sous-marin.

C'était ma technique de pas mettre ça de l’avant. Je voulais rendre ma sexualité banale.»

 

Montréal aime Eddy

Lors de son passage aux Francos de Montréal en juin dernier, j’étais dans la salle du MTelus. Une salle remplie à craquer et qui n’en avait que pour cet artiste qui a baigné dans son enfance dans la musique des Spice Girls autant que Brel, Brassens, Barbara et Aznavour. Près de moi, des jeunes filles queers, un jeune couple gai échangeant des baisers pendant le spectacle, des hétéros, bref, une belle diversité. Eddy se rappelle à quel point la chimie entre lui, seul sur scène, et la foule avait fonctionné. 

«J’étais très surpris, il y avait une énorme chaleur, une ferveur assez folle. J’ai ressenti tout de suite quelque chose comme si j’étais à la maison. Y’avait une effervescence telle la Cigale à Paris. J’étais très content de ressentir tout ça. C’est pas toujours comme ça! (rires). Les concerts, je vois ça comme un rendez-vous Tinder : c’est vraiment un rendez-vous tête à tête, t’as envie d’y croire que ça fonctionne. Parfois les alchimies entre les êtres humains ne fonctionnent pas du tout. Y’a des soirs où tu ressens de la curiosité, des fois, y’a pas de volonté à écouter. Alors que d’autres fois, comme à Montréal, c’est la folie!»

Le prochain rendez-vous d’Eddy de Pretto avec le public québécois se fera sous le viaduc Rosemont-Van Horne le dimanche 2 septembre à 15h00. Un rendez-vous à ne pas manquer.  

 

Eddy de Pretto en spectacle au Mile Ex End, dimanche 2 septembre 2018 sous le viaduc  Rosemont-Van Horne (au coin des rues Marmier et Henri-Julien, près du métro Rosemont)

Billets : MileExEnd.com  

Eddy de Pretto : eddydepretto.com