Irlande du nord

Le Premier ministre assume les changements sociétaux de son pays face au pape

L'agence AFP
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Le Premier ministre irlandais - ouvertement gay - Leo Varadkar a appelé samedi le pape François à faire en sorte que "justice" soit rendue aux victimes d'abus commis par des ecclésiastiques dans "le monde entier" et a plaidé pour une nouvelle relation entre son pays et l'Eglise catholique. 

«Les blessures sont encore ouvertes et il y a beaucoup à faire pour que les victimes et les survivants obtiennent justice, vérité et guérison. Saint-Père, je vous demande d'utiliser votre position et votre influence pour que cela se fasse ici en Irlande et dans le monde entier», a déclaré Leo Varadkar à l'occasion de la visite du souverain pontife en Irlande.

«Nous devons à présent veiller à ce que les paroles soient suivies par des actes», a-t-il insisté, lors d'un discours au château de Dublin aux côtés du souverain pontife. «Par-dessus tout, Saint-Père, je vous demande d'écouter les victimes», a ajouté le Premier ministre alors que, depuis 2002, plus de 14 500 personnes se sont déclarées victimes d'abus sexuels commis par des prêtres en Irlande.

«C'est une histoire de tristesse et de honte», une «tache sur notre État, notre société et sur l'Église catholique», a estimé Leo Varadkar en parlant de ces abus. Le chef de l'exécutif irlandais a également évoqué la place de l'Église catholique irlandaise, dont l'influence, autrefois si grande, n'a cessé de décliner en raison des scandales de pédophilie et de l'évolution des mœurs dans ce pays de près de cinq millions d'habitants.

Signe de l'émancipation de la société irlandaise de la coupe de l'Église, le pays a légalisé en 2015 le mariage homosexuel, installé un Premier ministre gai, Leo Varadkar, en 2017, et libéralisé, en mai, l'avortement.

«Nous avons voté dans notre parlement et par référendum pour moderniser nos lois - en comprenant que les mariages ne fonctionnent pas toujours, que les femmes doivent prendre leurs propres décisions et que les familles se présentent sous de nombreuses formes, y compris celles dirigées par un grand-parent, un parent isolé ou des parents de même sexe ou des parents divorcés», a déclaré le Premier ministre.

«Saint-Père, je crois que le moment est venu pour nous de construire une nouvelle relation entre l'Église et l'État en Irlande - une nouvelle alliance pour le XXIe siècle. J'espère que votre visite marque l'ouverture d'un nouveau chapitre dans les relations entre l'Irlande et l'Église catholique», a-t-il ajouté. «S'appuyant sur notre histoire entrelacée et tirant les leçons de nos erreurs communes, il peut s'agir d'une religion qui n'est peut-être plus au centre de notre société, mais dans laquelle elle occupe toujours une place importante», a-t-il dit.

En marge de la visite du souverain pontife, plusieurs contre-manifestations ont eu lieu. Des milliers d'internautes irlandais avaient appelé sur Facebook à «dire non au pape» en boycottant la messe de Phoenix Park, réservant des centaines de tickets qu'ils comptaient ne pas utiliser.

Ces mouvements témoignent de la perte d'influence de l'Église sur la société irlandaise ces dernières années. La messe du pape François a attiré beaucoup moins de fidèles que celle de Jean-Paul II en 1979, qui constitue la dernière visite pontificale dans le pays.

Depuis cette date, la proportion de catholiques dans une population de près de cinq millions d'habitants est passée de plus de 90% à moins de 80%.