Du 18 au 29 septembre 2018

Golgotha Picnic: l’épreuve de la solitude

Denis-Daniel Boullé
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La metteure en scène, Angela Konrad, a adapté le texte d'une pièce qui a fait beaucoup parler d'elle lors de sa création en France en 2011: Golgotha Picnic, de Rodrigo García. La metteure en scène d'origine espagnol et argentine ne fait pas dans la dentelle dans ses créations, jouant sur la provocation, l'exagération, pour sortir d'une torpeur dans laquelle nous serions aujourd'hui ensevelis. Angela Konrad a décidé de revenir au texte de Rodrigo García, et de ce que la figure du Christ pourrait nous dire aujourd'hui, miroir de nous-mêmes, de nos sociétés en perte de sens dans une mise en scène beaucoup moins éclatée – moins de sang et d'agonisants – que dans celle de l'auteur.

Lors de sa création à Paris, avant même d’avoir vu la pièce, l’extrême droite et les catholiques traditionnalistes manifestaient en criant au blasphème, en entamant des poursuites contre le théâtre qui avait ouvert ses portes à ce dérangeant Picnicsur le Golgotha.

Qu’en est-il en fait? La pièce n’a rien de sacrilège, et pourrait se résumer à la 4edes 7 dernières paroles du Christ: Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?Que beaucoup ont interprété comme un reniement ou un renoncement à la foi de la part de Jésus qui se mettait à douter.

Pour Angela Konrad, la question demeure face à nos doutes sur la raison de notre existence, que nos réponses salvatrices passent ou non par les religions. «Je pense que Rodrigo García a choisi la figure du Christ comme métaphore, parce qu’elle fait partie de notre histoire, de notre culture, que l’on y croit ou non, et qu’à travers cet homme qui aurait donné sa vie pour nous, il peut poser un regard qui questionne ce que nous sommes aujourd’hui», avance Angela Konrad en entrevue.

Mais plus encore selon la metteure en scène, Rodrigo García pose la question de l’homme sans foi, et donc à la recherche d’un sens à son existence. «Rodrigo García substitue l’imagination à la perte de foi traversée par l’art, la peinture entre autres, la musique», explique-t-elle. Et pour illustrer son propos, l’auteur fait appel aux représentations de la Passion du christ à travers l’iconographie mais aussi la musique, dont les 7 dernières paroles du Christpar Haydn. Le pianiste David Jalbert interprétera au piano entre chaque tableau l’œuvre du compositeur autrichien.

Enfin pour Angela Konrad, l’écriture de García représente un tour de force. «C’est un texte tout à fait pertinent puisqu’il questionne notre vide existentiel compensé par le consumérisme à travers une langue exceptionnelle, un véritable hymne à la pensée critique incarné par la poésie de sa langue», conclut Angela Konrad.

Sur scène, trois comédiennes chevronnées, Lise Roy, Dominique Quesnel, Sylvie Drapeau qui entourent le comédien Samüel Côté, qui incarne un Christ moderne vivant ses derniers moments après un accident de voiture. Et la musique d’Haydn, comme un écrin, porte cette évocation moderne de notre propre perception de Jésus.


«Golgotha Picnic», d’après Rodrigo García. Mise en scène d’Angela Konrad, 
à l'Usine C, du 18 au 29 septembre 2018, usine-c.com