Candidate aux élections provinciales 2018

Qui est Jennifer Drouin?

Yves Lafontaine , André-Constantin Passiour
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Jennifer Drouin
Photo prise par © Jennifer Drouin

Nous avons identifié près d'une quarantaine de candidat.e.s issu.e.s de la diversité sexuelle et de genre à se présenter aux prochaines élections provinciales. De ce nombre record, 30 personnes ont accepté de répondre à une série de questions que Fugues leur a fait parvenir, pour vous permettre de mieux les connaître. Candidate du Parti Québécois dans Sainte-Marie-Saint-Jacques, Jennifer Drouin a répondu à nos questions.

1.  Selon vous, être LGBTQ+ en politique, c’est un avantage, un inconvénient ou c’est hors sujet ?

Cela dépend du contexte. Dans mon cas, je pense que c’est un avantage parce que je me présente dans Sainte-Marie-Saint-Jacques, où se trouve le Village gai. La communauté LGBTQ+ est très importante dans ma circonscription, autant pour les résidents LGBTQ+ qui y habitent que pour les bars, les restaurants et les magasins qui y font commerce. Être lesbienne signifie que je suis proche de la communauté, que je connais leurs enjeux de très près et que mon expérience de militantisme sur plusieurs de ces enjeux-là est pertinente lorsque je dis que je veux porter la cause LGBTQ+ à l’Assemblée nationale. Dans d’autres contextes, être LGBTQ+ est hors sujet. Par exemple, lorsque je dis que je m’engage à protéger la langue française et à l’aider à fleurir, ce n’est pas mon identité de lesbienne qui est pertinente mais bien le fait que je sois une anglophone qui est capable de constater que la langue française est en déclin partout au Québec et surtout au centre-ville de Montréal. Lorsque, comme tous les candidats du Parti Québécois, je dis que la protection de l’environnement me tient à cœur, mon orientation sexuelle est hors sujet. Dans le Québec de 2018, je ne crois pas qu’être LGBTQ+ est un inconvénient, mais si c’est le cas aujourd’hui c’est grâce à ceux et à celles qui sont passés avant moi pour défricher le terrain. Je pense notamment à Claude Charron et à André Boulerice, tous deux députés du Parti Québécois dans Sainte-Marie-Saint-Jacques; à Agnès Maltais, députée péquiste de Taschereau et première lesbienne à l’Assemblée nationale à être sortie du placard; et finalement à Réal Ménard, député du Bloc Québécois dans Hochelaga à la Chambre des communes. Ces pionniers ont créé l’acceptabilité sociale pour des politiciens LGBTQ+, et on leur doit une énorme reconnaissance. J’espère être à leur hauteur. 

2.  Croyez-vous, que l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, cela fait partie uniquement de la vie privée ou bien qu’à l’ère de la transparence, il faut aussi l’être à ce niveau ?

Je suis transparente par rapport à ma propre orientation sexuelle et à mon identité de genre parce que cela m’appartient. Depuis que j’ai fait ma sortie du placard dans la jeune vingtaine, je n’ai jamais eu de raison de vouloir y retourner ou de cacher qui je suis. Mais c’était un choix personnel de m’afficher ouvertement. Étant une lesbienne de style plus masculine que féminine, il n’aurait de toute façon pas été facile de cacher mon identité de genre. Cependant, j’adhère aux règles que j’ai apprises : il ne faut jamais faire sortir quelqu’un d’autre du placard sans son consentement. Le choix appartient à chaque individu de révéler son orientation sexuelle ou non, ou simplement de le faire dans des circonstances particulières et propres à eux ou elles. Il ne faut pas oublier que sortir du placard n’est pas un événement d’une seule fois, mais plutôt un geste qu’on pose tous les jours, dans une multitude de contextes différents. Quelqu’un pourrait être transparent face à ses amis mais pas à ses parents, ou bien face à toute sa famille mais pas au travail et ce, pour toutes sortes de raisons différentes. Est-ce qu’il y a des politiciens LGBTQ+ au Québec qui ne le sont pas ouvertement ? Bien sûr, tout comme c’est le cas dans plusieurs milieux de travail. Est-ce que j’aimerais qu’ils soient plus transparents un jour ? Évidemment. Mais, ultimement, la décision leur appartient, et il faut respecter leur choix de s’afficher ouvertement ou non.

3.   Qu’est-ce qui a motivé votre engagement politique et à vous (re)présenter aux prochaines élections ?

Ma toute première motivation est de faire du Québec un pays. J’aime le Québec, je pense que c’est l’un des meilleurs endroits au monde où vivre, et ce à plusieurs niveaux. Je crois sincèrement qu’il serait encore meilleur s’il avait le plein contrôle de ses moyens, comme c’est le cas pour les 193 autres pays indépendants qui font partie des Nations Unies, dont les trois quarts s’y sont joints depuis après la Deuxième Guerre mondiale. Lorsque j’ai découvert le Québec pour la première fois en 1996, il me paraissait évident que j’étais face à une nation distincte et différente du Canada anglais où j’avais grandi. Une des caractéristiques qui m’a frappée était la solidarité sociale, et le fait que cette société a réussi à créer un état fort où l’on s’occupe du bien-être des autres. Or, après quinze ans d’austérité du gouvernement libéral, l’état fort qu’on avait jadis est en train de s'effriter. Il faut le restaurer, lui redonner ses lettres de noblesse et résister à une mentalité de chacun pour soi. Mon engagement est donc motivé aussi par un désir de faire partie d’une équipe qui travaille au service des gens, que ce soit en matière d’éducation, de santé, d’environnement, de logement, de lutte à l’itinérance, et j’en passe. Ayant habité six ans dans une communauté acadienne, je veux aussi me battre pour protéger la langue française en Amérique. Le Québec a selon moi la responsabilité d’aller au front pour préserver la richesse de cette belle langue poétique qui exprime une culture et une vision du monde qui lui est propre. Je pense que je suis la bonne personne pour faire le pont entre les deux solitudes puisque c’est ce que j’ai fait en tant qu’universitaire lorsque j’ai écrit un livre sur les adaptations québécoises de Shakespeare depuis la Révolution tranquille, expliquant ainsi le théâtre francophone à des anglophones. 

4.  Pourquoi devrait-on voter pour vous ?

En trois mots : « livrer la marchandise ». J’ai toutes les compétences qu’il faut pour être une bonne députée pour les citoyens de Sainte-Marie-Saint-Jacques, et je vais travailler d’arrache-pied pour leur livrer des résultats concrets qui se voient sur le terrain. Ce n’est pas suffisant pour une députée simplement d’être présente à des activités ou visible dans les médias nationaux. À un moment donné, il y a des comptes à rendre, et il faut qu’une députée puisse dire ce qui a réellement changé dans sa circonscription au cours de son mandat. Au bout de quatre ans, il faut que les gens puissent dire, «oui, on s’occupe mieux des itinérants, il y a plus de logements sociaux, il y a moins de pancartes « À louer » dans les vitres des commerces parce que les petites et moyennes entreprises vont mieux, mon enfant a une place dans un CPE à un tarif fixe, je ne dois plus payer toutes sortes de frais afférents à l’école de mon autre enfant, j’ai finalement un médecin de famille, et en tant que personne LGBTQ+ je sens que mes droits sont respectés ». Voilà les signes qu’une députée a livré la marchandise. Dans tout ce que j’ai entrepris au cours de ma vie professionnelle, j’ai toujours livré des résultats concrets et visibles, et je compte faire de même dans mes engagements politiques.

5.  Quel devraient être, selon vous, les enjeux les plus importants de la prochaine campagne électorale ?

J’ai identifié six enjeux primordiaux pour ma circonscription de Sainte-Marie-Saint-Jacques : l’itinérance; le logement (au sens large); la langue française; les petites et moyennes entreprises; les CPE et les écoles; et les droits LGBTQ+. Dans chacune des 125 circonscriptions, les enjeux locaux seront différents. Au niveau national, je crois que le Parti Québécois a bien ciblé les enjeux qui préoccupent nos concitoyens : des écoles en santé; du temps pour les familles; les services en régions; de la dignité pour nos aînés; et un vrai pays. Il ne faut surtout pas faire l’erreur de croire que la question nationale ne fait pas partie de la campagne électorale. Elle sera présente au cœur de tous les enjeux, car rester dans le cadre fédéral impose des limites aux Québécois dans toutes les sphères de leur vie, qu’ils s’en rendent compte ou non. Le Parti Québécois s’engage à faire la pédagogie de l’indépendance tout au long des quatre prochaines années afin de préparer le terrain pour réaliser l’indépendance en 2022.

6.  Une phrase qui vous définit bien?

« On gagne à vivre ensemble. »

 

7.  Et maintenant en bref…

Votre lieu de naissance ? Nouvelle-Écosse

Votre âge ? 41 ans

Votre état civil ? Célibataire

Vos emplois principaux ou études des 5 dernières années :  Professeure agrégée de littérature anglaise; Chercheuse invitée en genre, sexualité et féminisme; Auxiliaire auprès d’une juge à la chambre criminelle de la Cour du Québec; Stagiaire chez Éducaloi; un double bac BCL/LLB en droit civil et en common law qui s’ajoute aux BA, MA et PhD que j’avais déjà en lettres françaises et anglaises.

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