Antoine Charbonneau-Demers et son roman Good Boy

Jouer avec les limites de la culture gaie

Samuel Larochelle
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Same Ravenelle
Photo prise par © Same Ravenelle
En août 2016, Antoine Charbonneau-Demers a remporté le prix Robert-Cliche du meilleur premier roman avec Coco, l’histoire d’un adolescent qui découvre le théâtre et la vie auprès d’une actrice excentrique qui est revenue enseigner en région. Deux ans plus tard, il publie Good Boy, l’histoire d’un jeune homme nouvellement débarqué dans la grande ville qui teste ses limites et fait tout pour se trouver un daddy. 
 
Ayant l’impression d’avoir été cloîtré de la vraie vie pendant 19 ans, il arrive dans une métropole qui n’est jamais nommée. «Je tiens à ce que ça reste imaginaire, même si les codes sont facilement identifiables», explique l’écrivain né à Rouyn-Noranda, qui vit désormais à Montréal. Dans un même ordre d’idées, le prénom du personnage est tenu sous silence du début à la fin. «Je le vois comme un alter ego. Ce n’est pas moi, donc je ne pourrais pas lui donner mon nom, mais si je lui en donnais un autre, ça voudrait dire que c’est vraiment quelqu’un d’autre, et je ne pourrais pas non plus… Un peu comme je le faisais dans Coco, j’aime brouiller les pistes entre la réalité de l’auteur et du texte, et entre la réalité du personnage et son imaginaire
 

Livre

De page en page, les œuvres de Modigliani prennent vie, il pleut parfois de la pisse de chat, Rihanna joue tout le temps et apparaît partout. Ce ne sont là que quelques exemples de l’importance accordée par l’auteur à l’irréel. «Notre imaginaire à tous fonctionne énormément et teinte la réalité, mais souvent, on parle juste de la réalité. Dans le roman, je voulais mettre les deux au même plan. Les deux se contaminent. L’imaginaire évolue en fonction de ce qui se passe dans la réalité et le narrateur est influencé par son imaginaire, à qui il accorde une place importante.»
 
Officiellement étudiant en littérature, bien qu’il n’assiste à aucun de ses cours, le jeune homme souhaite se déployer en ville, entouré de ses colocs, tous convaincus qu’ils doivent « péter le cube » et sortir de leur zone de confort. Alors que Rosabel peint, organise son propre vernissage et donne la fausse impression de savoir où elle s’en va, Anouk dit vouloir se défaire de son image de petite fille straight, en subissant la violence psychologique de ses supposés amis.
 
De son côté, le narrateur multiplie les rencontres via les applications mobiles, fantasme sur leur voisin violent, tente des expériences sexuelles sans limite (attendez de voir jusqu’où il va…) et s’amourache d’hommes plus vieux. « En explorant le concept du twink et du daddy, je voulais illustrer l’aspect initiatique de la chose. Personne n’a rien appris au personnage. Déjà qu’il n’y a pas d’éducation sexuelle à l’école en général, c’est inexistant pour les homosexuels. Il veut donc trouver un mentor pour apprendre. Et il adhère à ce code de la culture gaie, comme il adhère à la culture pop et aux images de mannequins qu’il admire sur Internet. Il aime se voir comme un enfant contre le corps d’un homme. »
 
L’auteur tenait à ce que la photographie de sa page couverture soit frappante. Et il est tout à fait conscient qu’il fait vivre à son alter-ego des situations vraiment trash, mais il insiste pour dire qu’il ne veut pas choquer pour choquer. « Ça peut arriver… mais j’écris avec sincérité en me disant simplement que l’histoire doit aller jusque-là. Par contre, durant le processus d’édition, ça m’est arriver de pleurer en me disant que je ne pouvais pas publier ça. J’avais un peu peur qu’on imagine que j’avais vécu tout ce que le personnage expérimente. Mon éditrice m’a rassurant en me disant que ce n’était pas trash, mais que c’était la vie… »
 
Antoine Charbonneau-Demers a inventé un personnage qui apprécie particulièrement l’idée de ne pas étudier ni travailler. « Il mise sur rien d’autre que sa jeunesse et son corps, répondit-il en détournant le regard. Il s’accroche à l’image du jeune garçon et de l’homme plus vieux qui le prend sous son aile, mais ça ne pourra pas toujours durer. Ça achève à un moment donné. » Quand on demande à l’écrivain de 24 ans si le roman est pour lui l’illustration de la difficulté du passage de l’adolescence à l’âge adulte, il hoche la tête. « Ça fait mal… et je me demande si cette douleur de ne plus être jeune se termine un jour. »  
 
GOOD BOY, Antoine Charbonneau-Demers, VLB
éditeur, Montréal, 392 pages