L’artiste Socalled plonge dans la porno gaie

Quand la porno fait Pop

Patrick Brunette
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The Housesitter

Il n’a pas fini de nous surprendre! Après un musical mettant en vedettes des marionnettes, des albums mêlant hip hop et influences yiddish, Socalled, le plus insolite des artistes montréalais, plonge… dans la porno gaie!

C’est son chien Poopsie (une des stars de son film) qui m’accueille dans son appartement, en plein cœur du Mile End. Je descends quelques marches pour entrer dans son logement surchargé. Ce demi sous-sol a des airs de grenier, voire d’une caverne d’Ali Baba. Je me faufile à travers des colonnes de films VHS, des piles de vinyles, son clavier, ses bibelots de toutes sortes. Poopsie, elle, s’installe sur le rebord de la fenêtre. Devant moi, le laptop de Socalled est ouvert. Joshua (c’est son vrai nom) est tout fier de me montrer des extraits de son tout premier film érotique, The Housesitter, qui sera présenté dans le cadre du festival Pop Montréal, au Cinéma l’Amour, le 27 septembre prochain.
 
Pendant que je regarde à l’écran une des vedettes du film en train de se masturber langoureusement, Poopsie dort tranquillement sur le bord de la fenêtre, pendant que dehors, circulent des passants, dont quelques juifs hassidiques, qui n’ont aucune idée de ce qui se trame ici. 
 
 
D’où te vient cette idée de faire un film porno qui seraprésenté à Pop Montréal?
Il y a dix ans, en 2008, j’avais fait un spectacle dans le cadre du même festival. Au Cinéma l’Amour, j’avais projeté un film porno gai du réalisateur américain Toby Ross, un cinéaste qui a fait de nombreux films dans les années 70 à San Francisco.  Et, pendant la projection du film, avec d’autres musiciens gais, on jouait live la trame musicale.
 
Et dix ans plus tard, c’est à ton tour de présenter ton premier film XXX! Es-tu un grand consommateur de porno?
Je ne suis pas vraiment intéressé par la porno! J’aime mieux passer à l’acte que de regarder des vidéos XXX!
 
Qu’est-ce qui t’a amené à faire ce film The Housesitter?
L’an dernier, j’ai rencontré sur Grindr un gars qui habite Ottawa. On a commencé à jaser ensemble. On s’est parlé pendant des mois. Ses photos étaient fucking super sexy. J’avais vraiment envie de le rencontrer.
 
Comme il voyageait beaucoup, je lui ai demandé ce qu’il faisait dans la vie. Il m’a avoué qu’il était acteur porno sous le nom River Wilson. On s’est rencontrés par la suite… mais il ne s’est rien passé entre nous. Comme je réalisais qu’on ne serait que des amis, mais que j’avais quand même envie de le voir nu (rires), je lui ai proposé de faire des photos et il a accepté. Je fais de la photo depuis plus de 30 ans, mais c’est la première fois que j’avais un acteur porno comme modèle. Quand j’ai vu les résultats que ça a donnés, j’ai trouvé ça amazing ! Et pendant la séance photos, je lui ai dit qu’on pourrait même faire un film. Et il a été d’accord.
The Housesitter

Et comment as-tu trouvé ton deuxième acteur ?
J’ai demandé à River Wilson de me proposer quelqu’un. Il a approché Valentine Braun, un Allemand qui fait de la porno mais aussi des trucs plus hors normes. Il a accepté de jouer dans ce film que je coproduis avec River Wilson. 
Quel genre de film voulais-tu faire?
Je ne suis pas un fan des vidéos pornos industrielles. Ça manque de cœur, d’âme. J’aime le sexe, l’érotisme. J’aime l’ambiance qui se dégage des films pornos gais des années 70. C’est de ça que je me suis inspiré pour filmer The Housesitter. Comme je fais de la photo depuis très longtemps, j’avais de très bonnes lentilles. Je me suis acheté une nouvelle caméra sur laquelle j’ai pu mettre mes lentilles et le résultat est génial! 
Comment s’est déroulé le tournage?
J’ai réuni les deux acteurs pendant quatre jours… chez mes parents, en Outaouais!
 
Tu as tourné le film chez tes parents? Vraiment? 
Oui! Comme la maison fait partie de l’histoire, je leur ai dit après le tournage. Mes parents sont fucking cool! 
Avais-tu un scénario avant le tournage?
Oui, je savais ce que je voulais faire. Je voulais raconter cette histoire d’un gars qui garde une maison et du voisin qui passe par là. C’est leur rencontre avec une partie fantasmée. Je savais que je voulais une scène de masturbation et aussi des scènes de baises où, à tour de rôle, il y en a un qui domine l’autre. Le but d’un film comme celui-là, c’est de regarder des gens baiser. Trouver un équilibre entre l’histoire et les scènes de baises, ça a été ça le défi. 
On voit même Poopsie, ton chien, dans le film!
Oui! C’est elle la vraie star du film! (rires) 
Blague à part, tourner des scènes érotiques, ça ne doit pas être toujours évident…
Je n’étais pas bandé du tout pendant le tournage! J’étais trop concentré à filmer! Et avoir été bandé pendant quatre jours, j’en aurais perdu connaissance! (rires). Mais je peux te dire que quand le tournage a été terminé et qu’ils sont partis, je me suis masturbé… cinq fois! Tu peux l’écrire dans ton article! (rires) 
Quand tu présenteras ton film au Cinéma l’Amour le 27 septembre prochain, tu vas jouer la musique live ?
Oui, je serai au piano. Pas de clavier, ni d’ordinateur cette fois-ci. Et je serai accompagné par de belles voix: Katie Moore, Rich Ly (Star Académie) et Ellise Barbara. Les ambiances musicales vont de Chopin à James Brown en passant par des airs yiddish.
As-tu l’intention de faire d’autres films comme celui-ci?
Oui, on veut en faire d’autres! J’ai trop envie de retravailler à créer des films avec une sensualité qui manque dans la porno actuelle.
 
On pourrait croire que c’est arrangé avec le gars des vues, mais vers la fin de l’entrevue, le chien de Joshua, Poopsie, se réveille, se trouve un coussin par terre… et commence à zigner dessus! 
 
Socalled’s Porn POP «The Housesitter» en avant-première, le 27 septembre 2018, au au Cinéma L’Amour.
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