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Chez les garçons, une puberté précoce augmenterait les risques… de toxicomanie

Collaboration Spéciale
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Aux États-Unis, les jeunes hommes de race blanche. blancs, plus la puberté intervient tôt, plus le risque d'abus d'alcool, de drogues ou encore de médicaments est élevé. Telle est la principale conclusion d'une étude menée par des chercheurs de l'université de Pittsburgh et de l'université Purdue. Des observations qui ciblent comme premier coupable la testostérone et ses effets sur le cerveau. Des facteurs hormonaux qui vont ensuite jouer sur l'intensité de la pression sociale que subissent les jeunes Blancs à l'adolescence et qui les pousse aux excès en tout genre.

« Plus vous goûtez tôt à l'alcool ou à d'autres types de drogues, commente Kristine Marceau, spécialiste des facteurs biologiques des troubles du comportement et auteur principal de l'article, plus vous avez de risques de développer une addiction au cours de votre vie et de connaître des problèmes d'abus de substance. Un bon moyen de prévenir ces problèmes est de retarder cette première expérience le plus tard possible ».

Tout un corpus scientifique indique que plus la puberté débute tôt, plus les comportements " problématiques " ( agressivité, délinquance, conduites à risque, etc. ) sont fréquents chez les individus concernés. Ce qui a incité les chercheurs dirigés par Marceau à vouloir identifier un éventuel lien biologique entre puberté précoce et soucis comportementaux afin, notamment, de savoir si ces problèmes sont uniquement d'ordre socio-éducatif. Un autre corpus scientifique attribue en effet l'augmentation des conduites à risque au fait que les garçons font " plus vieux " que leur âge et seraient dès lors plus vulnérables aux pressions de leur entourage.

L'étude de Marceau et de ses collègues se fonde sur des données de l'Institut nord-américain des drogues rassemblant 534 garçons suivis entre 1989 et 2009. La moitié d'entre eux venaient de familles où le père était aussi touché par la toxicomanie. Une proportion supérieure à la moyenne de la population, mais un biais nécessaire pour déterminer le rôle de l'histoire familiale quant au risque d'abus chez les adolescents.

Au début de l'étude, les sujets avaient 11 ans. De 16 à 30 ans, leur consommation de plusieurs substances (alcool, cannabis, cocaïne, opiacées, tabac, etc.) fut scrupuleusement observée. Parallèlement, des prélèvements hormonaux allaient être effectués à 11, 13 et 16 ans, avec diverses mesures du développement pubertaire –ou stades de Tanner. Il en ressort que les adolescents blancs les plus précoces sur un plan pubertaire avaient aussi les taux de testostérone et le risque d'abus de substance les plus élevés de la cohorte. Des données cohérentes avec le fait que la testostérone est susceptible d’accélérer le développement de zones cérébrales associées aux comportements ordaliques, avant que les régions dédiées à la prise de décision et au contrôle des impulsions n'aient atteint un développement optimal. Un décalage qui, selon Marceau, pourrait expliquer la corrélation entre augmentation du risque d'abus de substance et précocité pubertaire. 

En outre, en comparant ce risque entre les différents groupes ethniques présents dans l'échantillon ( blancs et non-blancs, constitués pour leur part de 87% d'afro-américains et de 13% d'origine " bi ou multiraciale " ), Marceau et ses collègues ont pu statuer que cette corrélation ne concernait de manière statistiquement significative que les adolescents blancs.

La chercheuse espère que ses travaux permettront d'élaborer de nouvelles stratégies de prévention, mais elle met aussi en garde contre une lecture trop déterministe ( ou pessimiste ) de leurs résultats. " Que le lien entre la puberté et l'abus de substance tienne davantage de la testostérone que de l'apparence physique ne veut pas dire que l'éducation n'aura aucun effet. Les parents doivent faire attention à leurs adolescents et veiller à ce qu'ils aient le minimum d'occasions de consommer des substances addictives ". En d'autres termes, si un taux de testostérone élevé pourrait prédisposer les adolescents à la toxicomanie, il n'en est en rien la garantie.

 

Source : Slate