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Actualités / Région de Québec

Analyse : jeunes, homosexualité et écoles

Une enquête qui va au fond des choses

Par : Jean-Guy Côté [24-03-2005]



Les résultats d’une enquête exploratoire sur l’homophobie dans les milieux jeunesse, commandée par le Gris-Québec et financée par le ministère de la Sécurité publique, conduite par Alain Grenier et réalisée avec la collaboration de plus de 2100 élèves fréquentant une trentaine d’écoles publiques et privées et d’environ 150 enseignants et intervenants scolaires provenant de cinq écoles, ont été dévoilés au début du colloque organisé par le Gris-Québec en février dernier.


L’homophobie, la question du genre et la victime type
L’homophobie évoque l’aversion qu’éprouve quelqu’un pour les homosexuels et «une peur irrationnelle, même une aversion, pour les homosexuels ou l’homosexualié». Ce n’est donc pas une simple peur, mais une oppression exercée sur la personne qui en est la cible. L’homophobie se manifeste de trois façons: le harcèlement verbal, l’intimidation physique et le rejet moral et/ou physique. De plus, elle ne sert pas simplement à rabaisser l’homosexualité, car il y a un lien étroit entre l’homophobie et la dimension du genre, ou ce qui est culturellement reconnu comme masculin et féminin. Pour les enseignants, les élèves les plus assujettis aux remarques homophobes sont davantage les garçons et leurs descriptions se résument à des stéréotypes qui peuvent sembler dépassés : physique délicat, timidité, peu d’agressivité, ne se défend pas, isolé, ayant peu d’amis et entouré de filles, bon étudiant, pas très doué pour le sport. Chez les filles, le stéréotype se réduit à celui d’être «trop masculine».

Enquête: volet élèves Après les rencontres avec les 2100 jeunes, Alain Grenier indique qu’il est clair que l’homophobie est présente à l’école, même si 63% des élèves interrogés disent connaître une personne homosexuelle et que 35% de ces personnes sont des «connaissances», des «parents» et «amis». À la lumière de ces résultats, on a donc dégagé les observations suivantes : avoir une attirance sexuelle vers les personnes de son sexe n’est pas sans risque; l’homophobie est exprimée de façon plus manifeste par les garçons envers d’autres garçons; le degré d’inconfort et de malaise présent chez les deux sexes s’exprime de façon différente, la personne homosexuelle du sexe opposé est plus facilement acceptée; l’homophobie s’accroît et décroît selon l’espace physique (ex: classe versus sport); elle s’accroît ou décroît selon le lien affectif (ex.: connaissance versus frère ou sœur); le malaise exprimé face à l’homosexualité, identifié chez une grande proportion des élèves, démontre que la question de l’homophobie n’est pas encore réglée, ni dans les écoles, ni dans la société. Voilà pourquoi il est important que Gris-Québec continue de démystifier l’homosexualité. L’effet des interventions du Gris montre généralement un changement d’opinion favorable allant de 10 à 15% chez les élèves.

Volet personnel enseignant et intervenant On y apprend que 76% du personnel entend des commentaires homophobes à l’école, 55% dans la cour de récréation et 36% à la cafétéria. Quant aux contextes ou moments de la journée qui favorisent les commentaires homophobes, ce sont les périodes d’activités sportives, les pauses, les temps morts et les périodes de repas (à signaler que ce sont des moments où les jeunes sont le moins assujettis au «contrôle» de l’autorité). Quant aux homophobes types, ce sont des élèves aux comportements agressifs, machos, provenant d’un contexte familial homophobe, strict, conservateur ou peu informé, à la recherche de leur identité, qui ont besoin de valorisation, insécures au sujet de leur propre orientation sexuelle, en quête de pouvoir et de statut social ou qui ont des troubles de comportement. Un questionnaire a aussi appris que le personnel scolaire dit, à 64%, avoir une assez bonne image de l’homosexualité, qu’une majorité considère l’homophobie comme un problème plus important hors des murs de l’école, que 54% du personnel dit parler d’homosexualité aux élèves lors de différents situations et que 86% des participants estiment qu’il y a place à discuter d’homosexualité et d’homophobie à l’école.

En conclusion, l’auteur fait le bilan des résultats et propose quelques recommandations pertinentes aux écoles et au ministère de l’Éducation pour une amélioration de la situation. Pour les écoles, cela se traduirait par un resserrement des codes de conduite, une formation obligatoire, l’aménagement d’une plage-horaire pour discuter du sujet, l’augmentation du ratio adultes/élèves pour la surveillance des lieux à risque et une sensibilisation à la question de l’homophobie chez les conducteurs d’autobus scolaires. Pour le ministère, il est souhaité d’accorder une visibilité importante à l’homosexualité dans le programme et les manuels scolaires, que des fonds soient accordés pour la formation obligatoire du personnel œuvrant en milieu scolaire et, enfin, que le travail des organismes communautaires œuvrant pour la lutte à l’homophobie soit reconnu par le ministère. Espérons que cela aura des suites.






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