L’intolérance
Par : Yves Lafontaine [29-05-2005]
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Récemment, je suis allé voir De l’autre côté du placard, une pièce de Ed Roy produite par The Youththeatre qui synthétise en moins d’une heure la plupart des problématiques reliées à l’homophobie et à la sortie du placard en milieu scolaire. Les pièces à vocation pédagogique pour adolescents sont habituellement des exercices périlleux où dégoulinent la bonne volonté et les bonnes intentions de l’auteur. Ed Roy pour l’écriture et Michel Lefebvre pour la mise en scène ont évité cet écueil.
La pièce multiplie les points de vue et recrée avec justesse l’univers adolescent et sa soif d’absolu, ses impatiences et ses jugements à l’emporte-pièce, la cruauté comme la générosité de cet âge. Trois gars s’amusent à faire du gay bashing tandis que leurs blondes s’étonnent de leur intolérance. De la petite homophobie ordinaire entre jeunes en somme. Mais les choses se corsent lorsqu’ils découvrent que l’un d’entre eux est gai. Entre la bonne copine, qui est prête à livrer tous les combats pour que le gai s’accepte, et le rejet de son entourage, le jeune gai doit opérer une sortie du placard qu’il n’a pas choisie, lui qui se prend à rêver d’un temps où il n’était pas perçu comme différent. La pièce expose simplement les situations, laissant les spectateurs interpréter quel sera l’avenir de ce gai. Aux étudiants qui verront cette pièce d’entamer une discussion. Après tout, il n’est pas nécessaire d’avoir frappé un gai pour être homophobe. L’homophobie a plusieurs visages, tous aussi déplaisants les uns que les autres. Souvent, les homosexuels eux-mêmes intériorisent les préjugés, les normes sociales homophobes, et en viennent à se dévaloriser, voire à se détester eux-mêmes, et à dévaloriser ou détester les homosexuels de leur entourage. Maints auteurs ont montré qu'après un certain temps de déni de leur orientation, des jeunes entraient dans un système de vie clivée avec, d'un côté, une apparence publique hétéronormée et, de l'autre, une sexualité homosexuelle honteuse, cachée et vécue comme mensongère. Ce mensonge les place alors dans une incapacité totale à partager les moments importants de leur vie avec leurs proches et les enferme dans une profonde solitude. C'est cette solitude qui peut les mener au suicide quand ils essuient leur première rupture amoureuse vécue dès lors comme perte de l'autre et aussi de la partie assumée de soi-même. À l’approche du 1er juin 2005, journée nationale de la lutte contre l’homophobie, soulignons le travail des nombreux organismes qui luttent pour changer les mentalités dans la société, en particulier la Fondation Émergence, l’instigatrice de cette journée qui braque les projecteurs sur cette forme d’intolérance tout aussi inacceptable que le racisme et le sexisme. Il ne faudrait pas oublier que l’exclusion sociale a de multiples visages et combine de nombreux facteurs. Nous ne sommes pas discriminés une journée parce qu’on est noir, l’autre parce qu’on est lesbienne ou gai et la suivante parce qu’on est une homme handicapé. Tout en demandant à la société plus de tolérance à notre endroit, il ne faudrait pas témoigner de l’intolérance au sein ou à l’extérieur de notre communauté. Le défi est plus complexe qu’il n’y paraît, et il est essentiel de s’y arrêter plus d’une journée...