Par : Denis-Daniel Boullé [16-11-2009]
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Pour commencer sur une note légère, un lecteur exaspéré par mon questionnement sur le genre a poussé le raisonnement à outrance en me disant que «selon moi», on ne devrait plus appeler un garçon, un garçon, une fille, une fille, mais une personne. Et laisser le choix plus tard à cette personne d’endosser un genre ou l’autre, ou aucun, pour être en accord avec «sa nature profonde». J’imagine la sage-femme, en soulevant le nouveau-né, s’écrier :
«C’est une personne.» Et de féliciter les heureux parents. Un autre lecteur hétéro – he oui! même des hétéros me lisent – me disait que si l’on mettait trois bébés filles et trois bébés garçons sur une île déserte, les filles montreraient des aptitudes pour le foyer et les garçons auraient naturellement tendance à aller chasser. Sauf que six bébés abandonnés sur une île déserte à des fins d’expériences soulèveraient l’ire de l’ensemble de la planète. Rien ne nous dit qu’il n’y aurait pas parmi cette garderie à ciel ouvert et sans barrière, une lesbienne, un gai, ou encore un autre qui voudrait changer de sexe, ce qui fausserait l’expérience. Mais surtout, je doute que les six bambins livrés à eux-mêmes survivraient assez longtemps pour nous montrer le caractère inné de tout ce que nous cataloguons comme féminin ou masculin.
Donc, avant de jeter les bébés femelles et mâles avec l’eau du bain, et de ne voir qu’en moi un affreux défenseur de l’indifférenciation des sexes, je tenais à rappeler que je soulevais des questions quant à la pertinence de la catégorisation des rôles, des comportements, des traits de caractère… que je réflévhissais sur ceux réservés aux hommes et ceux dévolus aux femmes.
Comme avec décembre, nous allons devoir nous plier à la longue tradition des vœux pour un monde meilleur individuellement et collectivement, vœux, qui malgré la sincérité qui les sous-tend, ne sont généralement jamais exaucés, en tout cas collectivement, je souhaite que les religieux modérés de toute obédience se fassent plus entendre. Je souhaite qu’ils rappellent aux plus extrémistes, radicaux et fanatiques des leurs qu’ils font fausse route. En passant leur temps à se focaliser sur des combats d’arrière-garde, l’infériorité des femmes, l’avortement, l’homo-sexualité, le refus du condom pour lutter contre le sida, ces der-niers ne répondent en aucun cas aux défis auxquels nous devons faire face comme humanité tout entière : les changements climatiques, l’économie, la faim dans le monde… Comment s’intéresser au spirituel le ventre creux ? Rappeler aux modérés que leurs voix devraient se faire entendre. Se taire, c’est devenir complices des égarements de leurs chefs. Que tous ceux qui considèrent – selon leur lecture des textes sacrés – que leur religion est avant tout un geste d’ouverture vers l’autre dans l’accueil et le respect, voire l’amour, le disent haut et fort. Rappeler que contrairement à ce que les tenants des dogmes essaient de nous faire croire, les dogmes et les préceptes évoluent (ou régressent). Que celles qui portent le tchador aujourd’hui n’étaient pas de moins mauvaises musulmanes hier, quand elles n’en portaient pas; que la religion catholique ne s’est immiscée dans la sexualité que très tardivement (Merci saint Augustin!); que les lois, toutes divines soient-elles, ne sont pas immuables.
Les temps sont difficiles et incertains, et comme le soulignait de manière prophétique cet ancien ministre français de la culture, ils sont propices à la réapparition du spirituel, pour mettre du sens, redonner des raisons d’espérer dans un monde qui bouge très vite et dont s’évanouissent les repères. Mais ce retour peut-il se faire sans celui de la charia, ou celui de l’inquisition? Les croisades et les guerres de religions, on le sait, n’ont jamais rien résolu, bien au contraire.
Joyeux Noël et Bonne Année !
ddboulle@fugues.com