Par : Luc-Alexandre Perron [22-02-2010]
Éric Bernier - Tout sur moi |
Notre plus grande présence à la télévision ces dernières années se veut-elle un reflet d’une plus grande tolérance ou d’une ouverture dans la société québécoise face à l’homosexualité? Pas nécessairement. Je pense que notre visibilité télévisuelle est tout simplement proportionnelle à notre visibilité dans la société. La plupart des personnages que l’on voit actuellement dans les séries québécoises ne subissent pas vraiment de discrimination à cause de leur orientation sexuelle, et nous savons tous que cela n’est pas forcément un reflet de la réalité. Et quand on regarde de plus près certains synopsis ou scénarios et les clichés qu’ils véhiculent, on constate le chemin qu’il nous reste à parcourir. Bien sûr, les choses évoluent et les personnages aussi.
Au Québec, les gais connaissent bien l’anecdote au sujet du télé-roman Le Paradis terrestre retiré des ondes en 1972 suite aux plaintes du public parce qu’on avait vu deux hommes se tenir par la main dans un ascenseur. De nos jours, l’orientation sexuelle d’un personnage sert à l’évolution et au développement d’une télésérie, d’une comédie, d’un téléroman et personne ne pen-serait à retirer des ondes une émission à cause d’un personnage marginal qui en fait partie.
Depuis Christian Lalancette (André Montmorency, dans Chez Denise, 1979-1982) et Bernie Lacasse (Serge Thériault, dans Jamais deux sans toi, 1977-1980, 1990-1992), il a coulé de l’eau sous les ponts. Au Québec, c’est indéniable, Janette Bertrand a confronté, via ses émissions, notre société au phénomène de l’homosexualité, du coming out, de l’homophobie. Nous lui devons une fière chandelle. D’ailleurs, Tout sur moi nous a présenté, il y a deux ans, une Janette furieuse contre les gais qui baisaient dans les boisés du Mont-Royal, car ils écrasaient, ce faisant, une espèce rare de champignons. Elle s’exclamait : «Mes champignons! Après tout ce que j’ai fait pour la cause!» C’était hilarant.
En 1979, un téléthéâtre Sainte Carmen de la Main, adapté de la pièce de Michel Tremblay, va nous permettre d’apercevoir un ensemble de personnages gais rassemblés à la télévision. Prostitués, travestis, écorchés de la vie, ils ne représentent pas le gai moyen.
Dès les années 80, nous aurons droit à quelques personnages gais, entre autres, dans la série Avec un grand A (de Janette Bertrand 1986-1992), où un hom-me marié (Raymond Legault) se trouvait déchiré entre son épouse (Paule Baillargeon) et son amant (Larry-Michel Demers). Tout y passait : l’incompréhension, l’homophobie, la nécessité du coming out, le refus des parents d’admettre qu’ils avaient toujours su au sujet de leur fils, les préjugés concernant les apparences.
L’Or du temps (1985-1993) nous présentera un jeune gai tourmenté par son orientation sexuelle, Alexandre (Michel Langevin). Au cours des saisons, sa vie amoureuse ira couci-couça, mais il trouvera l’amour avant la fin de la série.
Côté représentation pathétique, pointons le doigt vers Lance et compte : Le moment de vérité, où Jacques Mercier (Yvan Ponton), ancien coach du National et maintenant chroniqueur de sport, apprend que son fils Jimmy (Robert Brouillette) est gai et le met à la porte du logis familial. Tout transpirait le cliché et le stéréotype, particulièrement la représentation du bar gai où le père se rend pour retrouver son fils. Il finit par accepter son fils «malgré son homosexualité». Ça se passait au début des années 90, je m’en souviens encore tellement c’était déprimant du début à la fin.
L’homosexualité d’un personnage servait à créer alors du «drame» à exploiter. Mais l’homosexualité comme base initiale de série à la Queer as Folk? Était-ce possible au Québec? Oui, nous aurons droit à la série Le Cœur découvert (2001) développée à partir du roman de Michel Tremblay, où la plupart des personnages centraux sont gais et Cover Girl (2006-2007), écrite par Pierre Samson et Richard Blaimert. L’homosexualité comme intrinsèque au scénario s’était déjà pointé le bout du nez en 1995 avec 10-07, une série policière où un meurtrier en série assassinait des gais. Étaient mêlés au drame, un politicien dans le placard et son amant, un policier, personnage principal de la série, interprété par Patrick Labbé. Malgré la violence nécessaire de la série, les personnages n’étaient pas trop stéréotypés. Et on nous rappelait que les gais étaient vraiment partout dans la société. Nous n’avons donc rien à envier aux Américains de ce côté.
Bien sûr, nous servons encore de prétexte à ridicule. Pour chaque personnage équilibré comme celui de Jacques (Vincent Graton) dans La Vie, la vie, nous avons droit à un Jean-Lou (Michel Côté) complètement caricatural dans La P’tite Vie. Mais Claude Meunier a quand même réussi à se faire pardonner ses excès en créant le personnage de Monsieur Bricole (Gilles Renaud), viril animateur de télévision, idole de Popa et amant de Jean-Lou.
Au Québec, les plus grandes réussites d’inclusion d’un personnage gai dans une série s’avèrent être, selon moi, Tout sur moi (personnage d’Éric Bernier), Les hauts et les bas de Sophie Paquin (encore Éric Bernier), 3 X Rien (Alex Perron et Nicholas Vachon) avec une finale qui incluait un mariage gai, La Vie, la vie (Vincent Graton) et Virginie (Fabien Dupuis). Malgré son aspect stéréotypé, j’ajoute-rais le personnage de Jean-Charles dans Les Boys (Yvan Ponton), car son orientation sexuelle ne s’esquive jamais devant les préjugés des autres membres de son équipe. Mentionnons aussi Jasmin Roy dans Caméra Café.
D’ailleurs, non content de nous présenter un personnage gai, Tout sur moi nous entraîne dans sa vie amoureuse de la même manière que nous est présentée la vie sentimentale de Macha et de Valérie. Qui ne se souvient pas de la scène du pompier gai à moitié nu qui lave son camion? Ce qui me semble fort appréciable dans cette série c’est qu’on n’a pas aseptisé, ni dépouillé de sa sexualité le personnage gai par peur de choquer comme cela arrive encore trop souvent dans certaines séries.
Les gais font aussi de petites apparitions ici et là, comme dans Taxi-22 (le fils de Patrick Huard), dans Yamaska (employée lesbienne à la pépinière) ou dans Mirador (3e épisode avec le coach de hockey gai).
Il n’y a pas que dans les téléseries où nous sommes présents. Les animateurs et coanimateurs gais Michel Jasmin, Claude Charron, Daniel Pinard et Dany Turcotte nous représentent chacun à leur manière. Mais rendons à César ce qui est à César: Michel Girouard animait, dès la fin des années 70, l’émission de variétés Le Jardin des Étoiles, à une époque où ce n’était pas tellement «in» d’être gai, encore moins à la télé à une heure de grande écoute. Nous nous manifestons aussi dans les téléréalités québécoises (par exemple Kevins-Kyle dans Loft Story). Même nos émissions jeunesse intègrent des personnages gais (par exemple Ramdam ou Watatatow).
Mes amies lectrices se diront peut-être que je n’ai pas pensé à elles ce mois-ci. Détrompez-vous Mesdames. Force est de constater que du côté du lesbianisme, la télévision d’ici tarde à présenter des personnages intéressants. Certains pensent que cela proviendrait du fait que la majorité des spectatrices des émissions précitées sont plus toléran- tes avec des gais et se sentent peut-être un peu trop interpellées devant des lesbiennes… Je vous souligne quand même la présence au cours des années de lesbiennes dans Jasmine, Diva, Le Cœur découvert, Des dames de cœur, Virginie. Bisexuels, maintenant? Puis-je proposer le personnage de Louis-Philippe Cadieux (David Boutin) dans Le Gentleman? La représentation des bis est pas mal limitée. Les spectateurs ont besoin de certitude : le personnage aime-t-il les hommes ou les femmes? Les deux c’est encore trop compliqué faut croire. Un personnage transgenre/transsexuel s’ajoute à notre éventail : la conservatrice mais sympathique Guylaine Marceau (interprétée par Alexandre Beaulieu) dans Miss Météo. Les transsexuels s’avèrent le groupe de notre liste le moins bien représenté à la télé.
Mais après que tout ce beau monde sera passé à la télé, est-ce que les gens seront plus ouverts? Plus tolérants? Plus sensibles à notre réalité? Pas certain. Je lisais récemment un blogue de CNN et les gens se plaignaient de la présence d’Ellen DeGeneres comme juge sur le panel d’American Idol. Un commentaire suggérait que les garçons seraient désavantagés par rapport aux filles parce qu’Ellen est lesbienne. Pourtant ni Simon ni Randy ne sont attirés par les hommes, et on ne leur prête pas pour autant d’intentions négatives face aux concurrents masculins. Donc, ça va prendre plus que des personnages à la télévision pour ouvrir les horizons de bien des gens. Par contre, je crois que la présence des personnages gais et lesbiens bien dans leur peau peut certai-nement contribuer à l’acceptation et au coming out de nombreux jeunes qui écoutent la télévision en se demandant s’ils sont seuls au monde à être différents.
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07-06-2010
C'est tout de même un peu mince pour les femmes ....
06-06-2010
Merci Luca pour cet article!
Ce groupe facebook vous sera sûrement d'intérêt!
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