Par : Julie Vaillancourt [28-07-2010]
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Il y 30 ans, la plus grande ville du Canada célébrait la diversité sexuelle avec sa première Fierté. Après ces décennies à agiter le drapeau irisé dans les rues du centre-ville, le slogan de cette année, You Belong prend tout son sens! Croyez-moi, le sentiment d’appartenance est tel que vous avez l’impression qu’une ville entière se mobilise au nom de la diversité, afin de l’intégrer, l’applaudir et la soutenir.
Le week-end de la Toronto Pride LGBTTIQQ2SA se veut non seulement festif, mais aussi inclusif. À l’image de l’acronyme utilisé, diverses célébrations sont organisées afin de rejoindre toute la diversité sexuelle, ainsi que ceux offrant leur appui à la communauté. En plus des divers comités et activités (Youth Pride, Family Pride, 40 ans et plus, Espace Trans soutient aux handicapés), des parades pour des communautés spécifiques sont organisées, telless la Trans March, le vendredi et la Dyke March le samedi.
C’est une façon pour les groupes qui sont peu visibles au sein de l’arc-en-ciel d’assurer leur visibilité. Pour certains, c’est avant tout « une démonstration politique» afin de faire valoir leurs revendications et démonter le pouvoir de la diversité. Grandement prisé, la Toronto Pride est le plus gros événement du genre au pays. La parade du dimanche attire à elle seule plus d’un million de personnes au centre-ville de Toronto, alors qu’autant se massent devant leur téléviseur afin d’assister à l’événement via l’écran cathodique.
La parade du dimanche : du monde à la messe!
Comme la Pride est politique, et ce, dans tout les sens du terme, plusieurs politiciens y assistent dans l’espoir de redorer leur blason « somewhere over the rainbow »… Cela dit, je ne vous apprends rien de nouveau, n’est-ce pas? Nous avons donc fait la connaissance du sympathique Jack Layton, chef du NPD.
Ce dernier nous a mentionné que plus d’un million de personnes étaient attendues à la parade le dimanche… Et vous savez quoi? Pour une fois, je crois qu’un politicien a dit vrai! Avec près de 2,7 millions d’habitants, la mégapole a de quoi « fournir » les spectateurs et je vous assure qu’ils sont nombreux! La parade attire maints participants, manifestants, curieux, prêts à venir voir et applaudir la diversité. Je n’hésite pas à l’affirmer, je n’ai jamais vu « autant de monde à la messe »! Je l’avoue, cette expression peu s’avérer mal choisie en ce 21e siècle si peu catholique, avec une Église si peu gay friendly… mais question de m’auto-démentir sur le champ, je n’ai jamais vu autant de paroisses, associations religieuses et mouvements chrétiens s’associer, ou plutôt parader en faveur de l’homosexualité! C’est très émouvant de voir des hommes et des femmes d’Église prendre ainsi position. À certains égards, ils ont même soutirés quelques réflexions de la petite Québécoise que je suis, pseudo-athée née de parents pro-révolutionnaires tranquilles. En défilant ainsi, ils se sont certainement attiré beaucoup de sympathie des
spectateurs, applaudissement à l’appui…
Parlant d’appui, plusieurs groupes de soutient aux LGBT appartenant à diverses communautés ont pris part au défilé, que ce soit le soutient à la jeunesse (Youth Line, fédérations d’enseignants d’écoles primaires et secondaire de l’Ontario), aux victimes du sida (AIDS Committee of Toronto), aux policiers, aux aînés et à diverses communautés culturelles (palestiniens, israéliens, etc.) Il y eu aussi ce moment très émouvant de l’organisme PFlag Canada, où des pa-rents d’enfants gais, lesbiennes, transsexuels, transgenre et bisexuels ont pris part au défilé en brandissant des pancartes du genre : «We love our Gay Children unconditionnaly», sans oublier Joan, cette femme qui défile tous les ans avec son affiche «I Love My Trans Son». Il y a aussi eu des moments plus «légers», avec le Totally Naked Toronto Men Enjoying Nudity (TNT!MEN), ces hommes se promenant entièrement nus, à l’image de leurs affiches «sans culottes». D’ailleurs, mesdames, j’ai appris par le fait même qu’il était légal pour une femme (au même titre qu’un homme) de se promener torse nu, non seulement en Ontario, mais aussi dans le reste du Canada… C’est peu commun, me direz-vous, mais très bien mis en pratique par certaines lors de la Pride… À la croisée des chemins, il y avait quelques topless! Évidemment, je souligne ici les grandes lignes qui ont attirées mon attention lors de la parade, mais pour profiter pleinement du spectacle, qui soit dit en passant a duré plus de deux heures (!), une petite virée à Toronto est conseillée. Parlant de recommandation: si vous ne voulez pas nécessairement être aux (vives) couleurs du drapeau (l’autre, celui que l’on brandit lors du 1er juillet), n’oublier pas votre FPS 45…
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Un public diversifié, because we all « belong »
Lors de notre séjour à Toronto, ma copine et moi avons eu l’occasion de discuter avec quelques personnes et de recueillir leurs témoignages. À la lumière de leurs dires, tous sont fiers de participer et de s’associer à l’événement. Une Montréalaise de 29 ans habitant désormais Toronto et ayant fait son coming-out récemment assiste à sa première Fierté à Toronto: « Tu ne te sens pas seule. Tu te sens à ta place, «You belong », comme le dit le slogan de la Fierté. Tout le monde est content et sur le party, il y a beaucoup de familles et c’est une atmosphère gay friendly. D’ailleurs, c’est tellement gay friendly que j’ai de la difficulté à savoir qui est lesbienne et qui ne l’est pas! J’ai l’impression ici que les festivités de la Fierté ont plus d’impact et de sens, car les gens participent et se mobilisent; par exemple, j’ai vécu à Calgary et il y a peu d’événements gay friendly et c’est loin d’être aussi grand et festif.»
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À ses côtés, sa copine de 34 ans, originaire de Toronto, enchaîne : «C’est l’un des plus gros et des meilleurs événements en ville! » Celle qui a assisté aux célébrations de New York et de Montréal précise que la Fierté de Toronto est très inclusive, orientée vers la communauté : «lors de la parade, il y a beaucoup de familles. Toronto est une ville très ouverte d’esprit, comme ses habitants. Cette année, la Fierté a beaucoup de contestations qui sont, à mon avis, peu en lien avec la Fierté, comme les protestations entourant le G20 et le conflit israélo-palestinien. La Fierté de cette année, est très chargée politiquement.»
Assis au premier rang, sur des chaises longues, un couple hétéro dans la quarantaine, habitant Toronto, vient pour sa part tout les ans afin d’offrir son support, car «ça nous fait du bien de voir que l’on supporte une bonne cause», souligne joyeusement l’homme avant de continuer : «Nous aimons l’atmosphère de fête, les costumes, le caractère que la Pride donne à la ville et à la rue Church!» Pour ce qui est de cet homme et cette femme ayant deux enfants, ils viennent pour supporter leurs amis gais, car ils en ont beaucoup, m’explique le mari originaire de Toronto.
À mes côtés, prête à brandir le drapeau à la vue du premier char allégorique, une lesbienne de 30 ans ayant assisté à la Dyke March la veille, y va de ses impressions: «Mes amies défilent aujourd’hui! Moi je défilais dans la Dyke March. À mon avis, il y a toujours deux points de vus et deux types de parades, l’une politique et l’autre festive, mais les deux coexistent toujours.» Non loin de la rue Church, nous avons croisé l’un de nos ami gai de Montréal, qui nous disait venir tous les ans durant la Fierté: «Y’a tellement des beaux gars et les rues sont pleines à craquer!» nous a-t-il affirmé avec excitation en scannant du regard la rue attenante au bar où il se trouvait. D’ailleurs, il me semble que le kiosque des beaux gars musclés de la banque TD était juste en face…
Au final, si tout cela ne vous donne pas le goût d’aller passer quelques jours à Toronto l’année prochaine, peut-être serez-vous tentés par l’appel de la WorldPride en 2014? Vous l’aurez deviné, Toronto en sera l’hôte…. «Will you belong?»
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