Chroniques / Mado est au boutte

mado est au boutte

tournée mondiale

Par : Mado Lamotte [23-10-2011]



Comme je vous le disais le mois dernier, je suis retournée à Paris faire une folle de moi devant des Français en délire qui, à mon grand étonnement, prennent un malin plaisir à se faire bitcher à chacune de mes visites. Quand je débarque au Tango et que je m’exécute devant un public hystérique qui en redemande jusqu’à épuisement de mes cordes vocales, je me dis que la vie pourrait être beaucoup plus cruelle avec moi. Ce genre d’expérience, c’est comme l’extasy; ça m’intoxique de bonheur.


Non, encore mieux, c’est comme du bon champagne; ça me fait tourner la tête, ça me donne envie de danser toute la nuit, de montrer mes seins au premier venu et de frencher avec la terre entière. Ah! ce cher Tango! Son décor de bordel marocain, sa scène grosse comme une caisse de lait, ses toilettes turques, ses beaux garçons (oui, ça existe, des beaux Français), ses soirées à thèmes quétaines qui me font penser à mon cabaret, son bal-musette en début de soirée, où j’admire les couples de tapettes virevolter au son des vieux succès français, mais, surtout, son équipe extraordinaire menée d’une main de maîtresse par cette chère Madame Hervé.

Si j’avais pas un contrat à vie avec vous, mes chéris, je serais presque tentée de déménager à Paris. Parce que, pour la bouli-mique de culture que je suis, Paris n’est pas loin d’être le paradis. Dans la même semaine, je me suis farci une expo sur Bombay et sur le cinéma Bollywood, une expo d’Edward Munch, le nouveau film de Pedro Almodovar, une expo de jeunes photographes asiatiques sur les quais de la Seine, le nouveau film chanté de Christophe Honoré avec Catherine Deneuve, une expo de sculptures de Giacometti, la pièce de théâtre Chantons dans le Placard et une expo de Barbie et Ken à travers les âges.

Pour avoir autant de variété chez nous, ça aurait pris un bon deux ans, si c’est pas plus. Et y’a juste en France que les boulangères m’appellent « Monsieur, Madame » avec une voix de colibri. Et même si je suis presque rendue abstinente, y’a juste à Paris qu’il y a un sauna ou un bar de cul à tous les coins de rue. Et c’est pas chez nous que je pourrais discuter de peinture impressionniste, de politique, de tragédie grecque et de sadomasochisme autour d’un bœuf à la mode avec un jeune tatoué adepte du fist fucking et avec une vieille transsexuelle historienne. Fucké, vous dites? Mais, cette fois-ci, mon périple ne s’est pas limité à Paris, à son canal St-Martin et à son jardin des Tuileries la nuit.

J’ai eu la chance de retourner à Lyon, ville charmante que j’aime tant, pour un soir de spectacle au Crazy, le club à la mode de Lyon, où j’ai triomphé devant un public en chaleur et où j’ai fait la connaissance de Koka, une drag queen de Nice complètement folle qui mouillait sa culotte chaque fois qu’elle m’entendait dire «Non, mais tu vois ben qu’est folle, bout d’viarge!», le tout sous la supervision de la trop gentille Mademoiselle Diva, la directrice artistique de la place, qui m’a présentée à son public comme la seule vraie reine du Québec. In your face, Céline! Un seul petit pépin : on avait oublié de me dire que l’appartement qu’on m’avait loué était à une demi-heure à pied du club, situé en plein milieu d’une rue en escalier inaccessible aux taxis. Vous auriez dû voir la folle débouler des marches avec sa valise de spectacle et essayer de pédaler sur son Vélov (le Bixi local) dans le trafic à l’heure de pointe sur des rues en osti de pierres moyenâgeuses! Coudonc, ils connaissent pas ça, l’asphalte, les Français? Ça fait tellement plus propre pis ça se nettoie à la hose en l’temps d’le dire! Mais malgré ce petit défi et le fait qu’on ait oublié de venir me chercher à la gare et qu’on m’ait fait poireauter deux heures dans un café avant de venir me ramasser... et même si on a oublié de me nourrir avant le spectacle comme promis, que j’aie été obligée de boire de la bière chaude et du champagne cheap sur un ventre vide et que j’aie dû me contenter d’un restant de pizza froide qu’on m’a offert à deux heures du matin pour calmer les gémissements de mon pauvre estomac en détresse, ce fut une expérience merveilleuse. Et cela, malgré le fait que j’aie passé le voyage de retour vers Paris à jaser avec les murs des toilettes du train. Que de beaux moments et, surtout, quelle joie de retrouver Lyon la romantique et ses brioches aux pralines, mon beau Thomas (l’homme de ma vie qui ne le sait pas encore), la terrasse du Musée des Beaux-Arts, le Broc Café (rendez-vous incontournable de la jeunesse gaie lyonnaise), le saucisson, le parc de la Tête d’Or et le fameux sauna Sun City (grand comme douze piscines olympiques)! J’ai déjà hâte à mon prochain spectacle au printemps.

Et comme si je n’avais pas été assez bénie des dieux, pour terminer cette grande tournée européenne en beauté (ben quoi? Trois villes et cinq spectacles en huit jours, c’est une tournée!), j’ai eu le grand bonheur d’aller me donner en spectacle pour la première fois de ma longue carrière à Bruxelles, dans le club mythique de la capitale belge Chez Maman. Mais quelle belle aventure, mes touts p’tits, et quel accueil royal digne des plus grandes reines de ce monde! Grâce à ma nouvelle copine drag queen, La Diva Live, rencontrée sur Facebook (pour une fois que ça sert à autre chose qu’écrire ce qu’on mange pour souper!), je fus reçue comme rarement je fus reçue dans ma vie. On m’attendait à la sortie du train avec une fanfare, une chorale d’enfants et une farandole de nains (bon, c’était des participants à un festival folklorique, mais c’est beaucoup plus glamour de dire que c’était pour moi). La Diva m’a tout de suite charmée par son élégance, par sa douceur et par son grand dévouement. Elle s’est tellement bien occupée de moi que je me sentais comme une reine avec sa demoiselle de compagnie. C’est donc accompagnées de nos deux gardes du corps, David le beau coco et Olivier Kitty (un autre fan fini de Hello Kitty), que nous sommes parties à la conquête de Bruxelles : La Grande Place (sûrement la plus belle d’Europe), la Place Royale, des palais en forme de gâteau de noce (en veux-tu? en v’là!), des églises, le musée de la BD (on sait que les Belges sont les maîtres en la matière et que ce sont eux qui nous ont donné Tintin, Spirou, Les Schtroumpfs, Boule et Bill et Lucky Luke, pour ne nommer que ceux-là), la rue Neuve (pour le shopping et pour se délecter des bonnes frites, des crêpes et, surtout, de chocolat). Juste d’y penser, j’en bave sur mon clavier d’ordinateur. Et ce que j’aime, c’est que Bruxelles n’est pas très grande. Alors, on a vite fait le tour de ce qu’il y a d’intéressant à voir. Mais pour faire le party, là, on a toujours l’impression qu’on va manquer de temps. Car les Belges aiment autant faire le party que les Français aiment se plaindre. Et quelle ambiance, mes chéris! Tous les soirs à la tombée du jour, les terrasses se remplissent, les rues sont bondées de monde, et ça ne dérougit pas jusqu’à très tard dans la nuit. Pas mêlant, j’me serais cru un samedi soir d’été sur la rue principale à Saint-Sauveur! Et, en Belgique, la bière coule à flots à toute heure du jour et de la nuit, et pas besoin de vous dire que c’est la meilleure au monde. Avec un choix de plus de 1200 variétés, on finit par en trouver une à notre goût. Comme j’arrivais pas à me décider, je les ai toutes essayées! À Bruxelles, tous les prétextes, aussi incongrus soient-ils, sont bons pour célébrer. Vous auriez dû voir la cérémonie de changement de costume du Manneken-pis (l’attraction touristique numéro un), une statue d’un p’tit noir qui pisse et qui jouit d’une popularité digne des plus grandes légendes de ce monde. Non, mais, il faut avoir du temps à perdre ou être complètement cinglé pour organiser une cérémonie autour d’un nain de jardin à qui on change l’habit chaque jour avec procession, discours protocolaire, dignitaires en costumes d’époque, enfants de chœur, musique, cri de ralliement, etc., le tout devant une foule fébrile qui attend impatiemment le dévoilement du p’tit bonhomme dans son nouveau costume (il paraît qu’il en a 695!). Ils sont vraiment tarés, ces Belges! J’adore. Et la cerise su’l sundae, c’est qu’ils sont aussi fous dans les clubs la nuit, alors pas besoin de vous dire que j’ai eu un succès monstre avec la clientèle de Chez Maman. L’ambiance était aussi survoltée que certains mardis soirs au Cabaret Mado! Vraiment, mes chéris, je pense que je viens enfin de trouver l’alter ego du peuple québécois. Oubliez Paris, je déménage à Bruxelles! Une chose est sûre : ils n'ont pas fini d’entendre parler de moi, là-bas!

En attendant ma prochaine tournée, j’vais commencer à magasiner mon prochain voyage dans l’sud, si je veux avoir quelque chose à vous raconter le mois prochain. Et Schtroumpf la vie!











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