Initiative citoyenne - Une campagne positive !
Par : André-Constantin Passiour [17-02-2012]
Au cours des derniers mois, de manière presque constante, on a beaucoup entendu parler des questions d’itinérance, de poly-toxicomanie, d’incivilités et d’agressions que plusieurs citoyens (résidants, commerçants ou visiteurs) ont subis. Afin de sortir de ces aspects négatifs et véhiculer un message positif sur le Village gai, le début du mois de mars sera consacré au lancement d’une campagne destinée à se réapproprier le secteur. Le slogan sera simple : J’aime mon Village !
Après avoir été lui-même victime d’une attaque et presque au cœur des revendications des marchands et résidants du Village quant à l’insécurité croissante, Ghislain Rousseau, copropriétaire de la boutique Fétiche Armada et M. Cuir Montréal 2010, a eu l’idée de «J’aime mon Village». L’an passé, le poste de quartier 22, sous la direction du commandant Alain Gagnon, avait entrepris une campagne destinée à la communauté gaie afin de les inciter à porter plainte lorsque quelqu’un était victime ou témoin d’un incident. «C’était très louable et c’était un geste pour se rapprocher de la communauté gaie. Mais c’était un premier pas parce qu’il est important de rapporter des crimes lorsqu’ils se produisent, soit en faisant le 911 ou en remplissant le formulaire anonyme sur le site du PDQ 22. Cela était essentiel parce qu’il s’agissait de reconnecter le citoyen aux policiers qui veulent aider la communauté», dit Ghislain Rousseau.
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Toutefois, si la communauté gaie était le public cible, ses membres ne se sentaient pas vraiment visés, interpellés. «L’idée vient du principe de redonner aux gens, qu’ils soient résidants, marchands ou utilisateurs, une fierté au Village. Nous fêtons les 30 ans en 2012, il y a des gens qui ont accompli des choses ici, donc il faut en être fier. Il s’agit d’une campagne indépendante et citoyenne. Lorsqu’on parle à un public cible, celui-ci doit se reconnaître, c’est très important, d’où le choix de quatre personnalités bien connues», considère-t-il.
En effet, ici quatre personnes, des «super héros», ont accepté d’être les portes étendards : soit les artistes Kat Coric et Jean-Pierre Pérusse, la drag queen Mado Lamotte et Danny Godbout, M. Cuir Montréal 2011. «Ce sont des champions publics qui prêtent leur personne, leur image et leur voix», rajoute l’organisateur. Toute l’opération a été planifiée bénévolement par Christian Généreux (de FAO Communications) tandis que les photos sont de Johan Jansson. «Ils l’ont tous fait à titre bénévole, ils ont donné leur temps, leurs idées, leurs contacts, leurs réseaux parce qu’ils croient tous au Village, qu’ils l’aiment profondément et je les en remercie», souligne M. Rousseau.
De plus, la Société de développement commercial (SDC) du Village, qui représente la totalité des commerçants du Village, en plus d’apporter son support à cette initiative citoyenne des plus louable, offrira une aide financière permettant ainsi à ce projet de voir le jour. Bernard Plante, directeur général de la SDC du Village, nous confiait qu’il se sentait bien seul, avec son collègue Claude Rainville de la SDC du Quartier Latin, dans leurs démarches communes des 5 dernières années dans ce dossier. Pour M. Plante, le fait que ces 4 figures publiques, très estimées de la communauté gaie, participent à cette campagne démontre de façon éloquente le très grand attachement que tous ont envers un endroit unique au monde, le Village gai de Montréal. Il termine en souhaitant que les autres secteurs du centre-ville, qui connaissent les mêmes problématiques que le Village, mettent eux aussi en branle ce type d’initiative citoyenne de réappropriation de l’espace
public par une campagne de civisme.
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Officiellement, on découvrira le tout le 2 mars. Mais J’aime mon Village sera lancée en trois temps. D’abord, on procèdera au dévoilement du teaser portant le message «J’aime», ensuite ce sera au tour des sites web (Jaimemonvillage.org) et de la page Facebook de faire leur apparition, enfin, dimanche le 4 mars, une cinquantaine d’équipes de deux personnes feront du porte-à-porte dans le Village pour remettre les cartes aux résidants ou commerçants et reprendre ainsi contact avec le milieu.
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Le site web comprendra les ressources, tout comme le teaser (carte postale), des clips, des témoi-gnages vidéos que monsieur et madame tout le monde voudront bien ajouter sur le Village. L’arrondissement Ville-Marie, le PDQ 22, la SDC du Village, Gai Écoute et d’autres ressources seront listées en cas de besoin.
«Il est temps qu’on se mobilise, mais de manière joyeuse, plus amusante, parce que c’est pour cela qu’on vient dans le Village. C’est donc une image positive, joyeuse, tripante. On lance cela et on ne sait pas où cela peut aboutir. On sème ici une graine, on l’arrose, on va la laisser germer, puis elle va prendre du soleil et grandir et on verra ensuite… Est-ce que cela donnera lieu à un nettoyage le printemps arrivé? À des pique-niques? On ne sait pas… Tout est possible… », termine presque philosophiquement et romantiquement Ghislain Rousseau.
14-03-2012
Le 6 mars dernier était lancé l’opération « J’aime mon Village » (http://www.jaimemonvillage.org). Sur le coup, on ne peut qu’adhérer à un tel slogan même si le choix du pronom possessif singulier souligne le caractère individualiste du rapport à la communauté : plus que « mon Village », c’est « notre Village » que j’aime, car avant d’être celui des résident.e.s, des commerçant.e.s, des usager.e.s et des touristes, il est d’abord celui de tou.te.s les montréalais.e.s… Bref, un espace public!
En lisant les différents articles de presse traitant le sujet, mon esprit critique a finit par prendre le dessus sur l’engouement premier, la raison dépassant l’émotion, ayant moi-même été victime d’homophobie et de violence physique. Et puis je me suis demandé si je devais écrire un article, ayant peur de fâcher et d’être contre-productif, voire illégitime. Mais comme je ne suis pas quelqu’un de timide du tout, et que je suis carrément radical et aussi légitime que n’importe qui – en tout cas pas plus ou pas moins que les instigateurs de cette campagne – j’ai décidé de me lancer, car je trouve l’enjeu politique beaucoup trop important pour laisser sous silence ce lent et résolu glissement d’une partie de notre communauté vers la droite du continuum idéologique occidental que l’on observe depuis quelques mois, voire quelques années. Car ce n’est pas d’une communauté morale dont nous avons besoin, encore moins d’une communauté consumériste, mais d’une communauté solidaire, celle-là même qui a forgée – justement contre le moralisme hétérosexiste judéo-chrétien – l’Histoire des communautés LGBTQI, à travers la révolution sexuelle et la crise du Sida. Explications.
D’abord la proposition commence très mal, puisque que cette initiative est justifiée par le fait « qu’au cours des derniers mois on a beaucoup entendu parler des questions d’itinérance, de poly-toxicomanie, d’incivilités et d’agressions ». Affirmer cela en dehors de toute mise en contexte est d’abord racoleur, peu déontologique du point de vue journalistique, et surtout dangereux politiquement car cela insinue qu’il y aurait un lien de causalité systématique entre ces 4 réalités sociales (les bons drogués d’un côté, au chaud dans les saunas aux prix prohibitifs, et les mauvais drogués de l’autre, dans la rue). Ainsi, toutes les dérives droitières sont permises et surtout justifiées. En tant qu’européen d’origine, qui a expérimenté ces problématiques d’instrumentalisation de l’exclusion sociale à des fins politiques et économiques, je vous mets en garde : la problématique est beaucoup plus complexe, les réponses diverses et adaptées, et les journalistes devraient faire plus attention – ils ont certes un devoir d’information, mais alors éclairée et nuancée.
Ensuite, on nous explique que cette initiative fait suite à la campagne de délation diront certains, témoignage diront d’autres, sur les incidents ayant lieu dans le Village et mise en place l’été dernier. Alors même qu’aucune évaluation n’a été réalisée, on relance le processus avec le PDQ 22! Et pour cela, on fait appel à « 4 figures publiques, très estimées de la communauté gaie ». Mais quel sondage représentatif nous confirme que ces personnes sont estimées ou même estimables? Elles sont toutes de la même génération, toutes blanches, artistes et/ou commerçant.e.s (et n’ont certainement jamais fait usage de drogue, lol). En termes de représentation communautaire on peut faire mieux…
Mais passons, car il y a pire. Ghislain Rousseau – dont chacun aura compris que je ne partage pas les convictions politiques ni même les méthodes populistes consistant à réclamer plus de répression – affirme sans honte : « On lance cela et on ne sait pas jusqu’où cela peut aboutir. […] on verra ensuite… ». Je ne sais pas s’il faut rire ou se mettre en colère, mais on est là au cœur du problème : la légèreté avec laquelle les conséquences néfastes potentielles en termes de stigmatisation, de ségrégation et d’exclusion des plus vulnérables de nos villageois.e.s sont carrément ignorées! Les travailleuses(rs) du sexe, les toxicomanes, les personnes trans, les itinérants, les jeunes virés par leurs familles homophobes, on s’en calice ! (Suis-je bête, on veut les pousser j’avais oublié). L’expertise des associations communautaires est méprisée, l’impact sur leur travail essentiel ignoré. C’est tout à fait scandaleux! Plus que de l’amateurisme, c’est de l’activisme aveugle. Espérons qu’il ne devienne pas sourd.
En fait, sous couvert de « civisme », cette campagne commerciale me semble plutôt être du contrôle social déguisé par quelques individus qui s’autoproclament représentatifs. Il s’agit là d’un déni démocratique certain. Finalement dans cette initiative non représentative et non professionnelle, on ne cherche qu’à supprimer les symptômes (itinérance, poly-toxicomanie, incivilités, agressions), sans en traiter les causes profondes, structurelles, sans aller à la racine de ces causes (homophobie, racisme, pauvreté, criminalisation du travail du sexe et des drogues, désengagement financier de l’État et de la municipalité auprès des groupes communautaires, etc.). En effet, à part le recours à la SPVM, aucun appui aux groupes communautaires et à leur expertise en matière d’itinérance, de travail du sexe ou de toxicomanie ; aucun appui à la décriminalisation du travail du sexe ou des drogues ; aucun appui à la création de Services d’injection supervisés qui pourtant ont montré, là où il sont expérimentés, leur efficacité en termes sanitaire (baisse des infections VIH/Hépatites, augmentation des cures de désintox), létal (baisse du nombre d’overdose) et sécuritaire (baisse de la criminalité). Aller à la racine des causes, c’est cela être radical, car sinon se prétendre radical n’est juste qu’une vulgaire instrumentalisation sociale ou artistique qui ne trompe personne, qui fait le jeu des Conservateurs au pouvoir et remplira les nouvelles prisons de M. Harper pour mieux vider nos portes-monnaies…
Bref, cette initiative « citoyenne » est au niveau zéro du politique et du communautaire. À bien l’analyser, elle ressemble plutôt à une campagne de marketing social en vue de pérenniser la santé économique du Village et de ses commerçant.e.s – financée comme par hasard par la SDC du Village – tout en instrumentalisant la tranquillité des résidents. Mais je n’ose pas croire qu’il s’agirait là d’une simpliste lutte des classes menée par des entrepreneurs de morale tous impeccablement blancs et bourgeois, aux préoccupations mercantiles et avec une conception communautaire très monolithique. Non, j’affabule, c’est simplement de la gentrification déguisée en lutte contre l’homophobie de la part de nos « représentants » qui ont semble-t-il oublié leurs histoires et nos diversités… Beurk.
20-02-2012
Il y a une petite erreur dans votre texte. Le photographe s'appelle Johan Jansson et non Johansson.
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