Homoparentalité
Par : Julie Vaillancourt [21-02-2012]
Il y a plus de 8 ans, Laurence et Marie se rencontraient. Laurence, 28 ans, est docteure en réadaptation et Marie, 29 ans, est policière. Aujourd’hui mamans, les deux femmes ont donc «délaissé la vie à deux», pour donner naissance à une troisième vie. À l’aube du premier anniversaire de leur petite fille Emmanuelle, la petite routine de la vie à trois semble aussi agréable qu’un bon lait chaud. Discussion de « bébé », avec deux mamans.
Entre deux verres de vin et une séance d’allaitement, nous avons eu plusieurs discussions sur la perception de l’homoparentalité en société. Il va sans dire, nous sommes encore à l’heure de la démonstration sociale; deux mamans doivent encore « prouver » aux gens qu’elles sont capables d’élever un enfant. Il y aura toujours cette comparaison avec la «norme», «l’hétéronormativité». Idem pour les couples homosexuels; combien de lesbiennes en couple se sont déjà fait demander «qui fait l’homme et qui fait la femme dans le couple?»… pourquoi se cantonner dans ces rôles sociaux? Ce sont deux femmes, point.
Question de genre
D’entrée de jeu, Laurence explique le fond de sa pensée, quant à l’enfance et les préconceptions sociales : «Dans le regard des gens, ce n’est pas tant le fait que l’on soit deux mamans qui m’agace, mais la conception même du regard que nous avons socialement envers l’enfant ». Par exemple, Emmanuelle leur petite fille, s’habille en rose, en bleu, joue avec des poupées, des camions : «Arrivée à la garderie, puisque notre petite fille était habillée en bleu, on a tout de suite présupposé qu’elle était un garçon [puisque le prénom Emmanuelle à l’oral, peut s’appliquer aux deux sexes]». Tout cela à cause du chandail bleu. Le bleu étant, dans le langage de l’enfance et de nos sociétés, inextricablement lié au garçon, tandis que le rose à la fille… Idem lorsque vous vous promenez dans la rue, soutient Marie : «Lorsqu’on habille notre fille en bleu, tous les gens qui nous croisent disent que c’est un beau garçon. Si on leur dit que c’est une fille, on nous demande pourquoi l’avoir habillée en bleu». Et «c’est presque criminel de le faire, c’est fort!», précise Laurence, «lorsque vous entrez dans un magasin pour enfant, d’un côté c’est le rose, la poupée, les princesses pour les filles et de l’autre, le bleu, les camions, les soldats pour les garçons.» Et en ce sens, combien de fois avez-vous entendus «j’étais un garçon manqué, je jouais avec des camions»…qui a instauré, un jour, qu’une fille ne pouvait pas jouer aux camions sans nécessairement se faire traiter de garçon manqué ou «devenir» lesbienne… Il va sans dire, les codes sociaux sont ici dérangeants. Ces codes sociaux sont-ils à la base de la conception sociale de la famille? Il semblerait que oui… Cette question de genre pose les assises de notre discussion avec les deux mamans, afin de faire la genèse de l’aventure des «premières fois».
La première question
D’emblée, Marie précise «il n’y a pas mille façons de concevoir un enfant lorsque nous sommes deux femmes; donneur connu, incon-nu, adoption». Cela dit, c’est inévitablement la première question que posent les gens, et dans le cas de Laurence et Marie, elles ont fait appel à un donneur connu, un ami gai, en mettant les choses claires dès le début : «il n’est pas le père, il est le donneur. Nous étions tous d’accord sur ce point». Comme le résume Laurence, «la première question des gens liée à l’homoparentalité c’est souvent du point de vue technique…savoir comment on a conçu le bébé…» De plus, «je me suis fait demander ça par des gens que je ne connaissais pas vraiment», renchérit Marie, « ce qui est plutôt indiscret», appuie Laurence. Et Marie de préciser « le plus ridicule c’est lorsque certains gars nous disent "vous n’avez pas pensé à le faire «naturel?" ...ça n’intéresse pas ma blonde de coucher avec un gars!» D’ailleurs, Laurence n’hésite pas à souligner que cette question n’est en fait rien de plus que de la curiosité, ce qui est tout de même dommage, car «le fait d’être deux mamans pourrait être l’opportunité d’avoir une vraie réflexion sur ce qui est vraiment différent dans le fait d’élever un enfant lorsque nous sommes deux femmes.» Cela dit, les préjugés fondamentaux sont là, convient Laurence : «un gars s’habille en bleu, une fille en rose. Les préjugés sont spécifiques aux genres»… Et en ce sens, lesdits préjugés affectent parfois l’orientation sexuelle. Par exemple, combien de fois avez-vous entendu : «Il ne faudrait surtout pas que ton fils porte du rose, il va virer tapette!»
Le premier contact
Lors de l’accouchement, Laurence a dû être opérée en césarienne d’urgence afin qu’Emmanuelle voit le jour. C’est donc Marie qui a effectué le premier contact avec la petite : «J’ai fait le peau à peau [premier contact] en attendant que Laurence puisse la prendre à ses côtés. C’est tellement fort, je l’ai eu pendant deux heures sur moi, un moment que ne n’oublierai jamais», confie la jeune maman. Et si Marie porte le prochain enfant, elle jure que Laurence pourra faire le peau à peau à l’enfant!
La première journée à la garderie
« Pour ce qui est de sa première journée à la garderie, tout a bien été », précise Laurence, « mais c’est la deuxième journée qui est difficile, car elle comprend ce qui s’en vient, que ses mamans vont la laisser pour la journée… » Lorsqu’Emmanuelle n’est pas à la garderie, elle passe quelques journées avec sa nounou, qui est un nounou, soit un bon ami du couple… Bref, une présence masculine pour ceux qui s’inquiètent d’un manque « masculin » pour la petite fille… Cela dit, personne ne vit en vase clos! Des hommes, des femmes, on en croise, au travail, à l’école et dans notre vie de tous les jours.
Les premiers mots
Le premier mot, tant soit peu articulé et intentionnel d’Emmanuel fut «maman». Cela dit, «c’est toujours difficile à dire quel est le premier mot dit par l’enfant, car il jargonne», précisent les deux mamans : «en fait, à un moment elle disait pappap…mais il n’y a jamais eu de papa dans le décor alors elle ne le disait pas avec une intention…» Et Marie de poursuivre à la blague « elle disait gaga aussi! » D’ailleurs, si «papa» est souvent le premier mot des enfants, mentionnons qu’il est simplement plus facile à dire et à articuler… Si nous appelions nos «papas», par le vocable «zamboni», il serait certainement le dernier mot dit…
La première réponse à Emmanuelle à propos de papa
«Lorsqu’elle sera en âge de comprendre, nous lui expliquerons sans problème, en évitant les métaphores du chou et de la cigogne!» Aussi, puisque le donneur est connu, nous pourrons lui dévoiler son identité si elle le désire, explique Marie : «Nous nous sommes mises dans la peau de l’enfant, en nous demandant si l’éventualité de connaître son donneur, c'est-à-dire de savoir d’où elle vient biologiquement, pourrait l’intéresser… C’est pour cette raison que nous avons choisi un ami comme donneur. Si elle le désire, elle pourra connaître son donneur au lieu de ?l’idéaliser? et de se poser d’éternelles questions…»
Anne-Sophie est accoudée au bar du Garde-Robe, attendant sa pseudo-amoureuse Gabrielle. Elle réfléchit, le cœur éteint : « Je pensais que tout serait différent, je pensais qu’avec elle, le temps serai... ![]()
Une adolescente qui s'éveille au désir avec une fille aux cheveux bleus: « La vie d'Adèle » du Franco-Tunisien Abdellatif Kechiche, présenté en compétition à Cannes, traite avec délicatesse une passio... ![]()
Plusieurs Centres de Femmes de la région montréalaise se révèlent de petites mines d’or regorgeant d’activités de toutes sortes pour les lesbiennes. Nous vous proposons ici un survol de quelques-uns d... ![]()
Il est minuit, la soirée au Garde-Robe est à son apogée. Justine s’avance lentement mais elle recule quand elle voit Ève dansant frénétiquement avec Anne, leurs corps se touchent presque, le moment es... ![]()
La version américaine du magazine de déco ELLE Deco nous fait découvrir une des résidences du couple formé du couple de lesbiennes célèbres Ellen DeGeneres et Portia de Rossi! ![]()
Linda Perry, la rockeuse tatouée, auteure, productrice et ex-membre du groupe 4 Non Blondes a fait sa demande à celle qui partage sa vie depuis la fin 2011, la comédienne Sara Gilbert. ![]()
Le premier magazine glamour russe pour les lesbiennes, sorti en mars en Russie, défie l'homophobie répandue dans le pays au moment où le parlement russe examine un projet de loi visant à punir sévèrem... ![]()
À 83 ans, Edie Windsor, veuve et homosexuelle, porte tous les espoirs de la communauté gaie devant la Cour suprême des États-Unis, dans le débat qui s'ouvre mardi sur la légalisation du mariage des co... ![]()
La première femme pasteur à avoir conclu un partenariat civil homosexuel en Norvège va renoncer à son pastorat pour protester contre la discrimination dont les homosexuels et lesbiennes sont toujours ... ![]()
Le 7 avril prochain sera télédiffusé sur Canal D un documentaire portant sur le Roller Derby à Montréal. Réalisé par Luc Harvey, le film offre un portrait fidèle des six équipes féminines qui évoluent... ![]()
Christiane Pitt et Marie-Noëlle Desnoyers sont en couple depuis 13 ans. L’amour qu’elles se portent mutuellement les a aidées à traverser les moments difficiles. Fortes des expériences qu’elles ont vé... ![]()
À l’automne 2013, Chloé Robichaud présentera son premier long-métrage sur les écrans québécois. Celle qui a tourné Sarah préfère la course l’année dernière a aussi foulé le tapis rouge de Cannes, alor... ![]()
Que ceux et celles qui disent que les jeunes ne s’impliquent pas, qu’ils sont individualistes, regardent Florence Gagnon, qui représente l’antithèse de cette prémisse. Et pour cause : à 24 ans, Floren... ![]()
Fred est dans la lune, Camille a décidé de passer quelques jours de plus à Strasbourg avec une « ancienne » amie rencontrée à son colloque! Son vendredi soir prend du temps à décoller, elle pense à sa... ![]()
La chanteuse Chely Wright et sa femme Lauren Blitzer-Wright attendent des jumeaux identiques pour cet été. Si Wright est celle qui porte l’enfant, Blitzer, se dit tout aussi heureuse d’être parent. ![]()
Originaires de Calgary, Tegan et Sara Quin sont deux sœurs jumelles lesbiennes. Les médias ont largement ciblé le caractère identique des sœurs monozygotes et leur orientation sexuelle. Indéniablement... ![]()
La politicienne ontarienne Kathleen Wynne est devenue dimanche la première personne assumant publiquement son homosexualité à diriger une province canadienne en étant élue à la tête du Parti libéral d... ![]()
Vous désirez planifier votre prochain voyage vers une destination soleil «lesbian friendly» ? Le soleil de la Californie n’attend que vous et votre bikini pour un des plus gros événements lesbiens au ... ![]()
Il y a quelques années, Bone Machine m’a invitée à un match de roller derby. J’ignorais de quoi il s’agissait, je n’en avais pas vraiment entendu parler, mais elle y jouait et semblait vraiment l’aime... ![]()
Contrer la lesbophobie par le biais de la visibilité, c’est ce que la photographe Lou Bélanger a décidé de mettre de l’avant par le biais de son projet photo. La photographe autodidacte de 32 ans, dés... ![]()
Le Garde-Robe est passé en mode hivernal, les filles sortent de leurs Fêtes l’estomac un peu lourd mais prêtes à affronter le froid glacial et à se retrouver dans la chaleur de bras amoureux. Caroline... ![]()
Deux lesbiennes indonésiennes qui avaient réussi à faire célébrer leur mariage en se faisant passer pour un couple hétérosexuel ont été chassées de leur village par des voisins furieux de s'être fait ... ![]()
À l’automne dernier, lors de la journée de la visibilité lesbienne, plusieurs orga-nismes étaient présents sous le thème «Fière de prendre sa place». À cet effet, Caroline Bouchard et Marjolaine Léona... ![]()
Une démocrate lesbienne pourrait devenir l'an prochain la nouvelle maire de New York pour remplacer Michael Bloomberg qui ne peut pas se représenter, selon un sondage publié mercredi. ![]()
Vendredi soir, Julie est très en avance, elle hésite à entrer au Garde-Robe, elle piétine sur place, regardant les filles et les gars s’entasser pour fumer sous les lumières chauffantes qu’arbore l’en... ![]()
Si vous êtes familiers avec The Real L Word, diffusé sur Showtime, vous connaissez désormais la nouvelle cuvée de la troisième saison de cette téléréalité lesbienne à succès. Lauren Bedford Russel est... ![]()
C’était il y a bientôt 32 ans, le 19 décembre 1980. Le restaurant La Paryse recevait ses premiers clients. Ce qui est devenu une véritable institution, sur la rue Ontario, fermera bientôt ses portes, ... ![]()
Invisibles, les lesbiennes? Certainement pas, si l’on en croit l’achalandage lors de la journée de la visibilité lesbienne, qui avait lieu le 6 octobre au Centre Lajeunesse. Organisé par le Centre de ... ![]()
Akile, une jolie Afro-américaine de 17 ans, se déguise en jeune fille sexy, ce qui ne plait pas beaucoup à sa mère. Mais, à peine arrivée à l’école, elle fonce aux toilettes se changer pour enfiler un... ![]()
Dès le générique, les croyances ancestrales et contemporaines s’opposent : sur une chanson de style rap indonésien, un spectacle de wayang kulit (théâtre au jeu d’ombres et de marionnettes) présente l... ![]()