Le Placard
Par : Julie Vaillancourt [26-09-2012]
À 34 ans, Kim Messier réalise son rêve. Celle qui est professeure de français à l’école secondaire Le Verbe Divin de Granby avoue avoir choisi cette profession d’emblée pour s’améliorer dans la langue de Molière, afin qu’un jour, elle puisse faire connaître sa plume. Après déjà plus d’une décennie à exercer ce métier qu’elle adore, cette mère de deux enfants a amorcé l’écriture de son premier roman comme un prolongement naturel de ses ambitions. Ainsi est né Le Placard, qui traite de l’homosexualité féminine et qui s’adresse principalement aux jeunes de 12 ans et plus. Fébrile, l’auteure Kim Messier nous raconte les étapes et les motivations qui ont mené à la concrétisation de son rêve.
Puisque tu es hétérosexuelle, pourquoi l’homosexualité féminine s’est-elle imposée à toi comme sujet principal de ton premier roman?
La première raison vient du fait que les cours de FPS (Formation Personnelle et Sociale) sont disparus du cursus académique. Puisque c’était dans ce cours que l’on parlait de sexualité, et que le gouvernement nous demande maintenant d’inclure ce type de notions à travers nos matières, j’ai choisi de l’aborder de cette façon. C’est très libre [le gouvernement n’impose rien], mais je me suis dit qu’en secondaire 3, en pleine découverte sexuelle, c’était important; le thème de l’homosexualité est venu naturellement. Je n’ai jamais compris pourquoi on condamne l’amour. C’est quelque chose qui m’a toujours choquée depuis que je suis toute jeune, même si je suis hétérosexuelle! J’ai donc commencé à chercher un livre pour le faire lire à mes élèves. Mais il y en avait très peu et c’était souvent très négatif ou avec une sexualité malsaine. Bref, ça ne correspondait pas à ce que je voulais faire lire et en plus, je me suis aperçue qu’il n’y avait pratiquement rien pour les filles! Quand je suis tombée enceinte de mon premier enfant, j’ai eu du temps pour penser et pour écrire…c’est comme ça qu’est né Le Placard!
Avais-tu peur de souffrir du «syndrome de l’imposteur»?
Que l’on soit hétérosexuelle ou homosexuelle, au niveau des émotions, on ressent à peu près la même affaire; dans le fond, c’est la passion, c’est l’amour. On passe par les mêmes stades amoureux et c’est ce que je veux faire comprendre aux gens!
Mais lors de la découverte de son orientation sexuelle, les notions de honte, de peur, de rejet, comme les diverses questions qui y sont associées, diffèrent de l’hétérosexualité…
C’est certain que pour ces questions, c’est différent. J’ai fait beaucoup de recherches en ce sens et lu beaucoup de témoignages. Particulièrement au niveau des étapes du dévoilement de l’homosexualité. J’ai suivi plusieurs formations, dont le cours «Homosexualité et société» à l’UQAM avec Line Chamberland. Et de mon plein gré. J’avais un peu peur au début, car je me disais que les plus critiques envers mon livre seraient justement les gais et les lesbiennes, et finalement j’ai eu de bons commentaires, alors je suis soulagée!
Line Chamberland a écrit la préface de ton livre. Était-ce important pour toi que ceci provienne d’une femme impliquée dans la communauté lesbienne?
Énormément. Ça donnait une crédibilité à mon livre. En plus, elle établit un lien entre la société et mon livre. Ca me plaît d’autant plus qu’elle fasse l’historique de l’homosexualité féminine au Québec. C’est du contenu historique qui se retrouve dans mon livre et qui peut autant nourrir un enseignant, un intervenant, un psychologue et un jeune en questionnement.
Est-ce que tu tenais à démystifier l’homosexualité féminine?
Oui, et je ne voulais pas écrire une histoire trop sombre ou négative. Je voulais d’un personnage qui vit des choses difficiles, mais qui réussit à s’en sortir. Alors que Léa, 12 ans, découvre son homosexualité, on voit toutes ses premières expériences amoureuses. C’est très passionné et les jeunes sont comme ça à cet âge, très passionnés. Je ne voulais pas trahir la sexualité ou certains tabous. J’y suis allée selon ce que je voudrais lire et selon ce que les jeunes voudraient lire.
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Pourrais-tu nous parler davantage de ce projet de «démystification de l’homosexualité» que tu fais avec tes élèves dans le cadre de tes cours de français?
Avec mes élèves de troisième secondaire, j’aborde l’homosexualité et l’intimidation pendant un mois, sur cinq cours. Je reçois aussi les intervenants du GRIS Montréal dans ma classe. Aussi, je reçois toujours un invité du milieu; l’année dernière c’était Jasmin Roy, puisque je fais lire son autobiographie [Osti de fif!] à mes élèves.
Comment réagissent tes élèves à cette lecture; y’a-t-il des tabous qui subsistent?
Ce n’est pas tant au niveau du livre, puisque c’est quelque chose qui semble les intéresser, car c’est un livre récent. C’est davantage au niveau des thèmes abordés en classe, où là il y a vraiment un gros tabou. En classe, plusieurs garçons se traitent de «tapettes»! J’avais de la difficulté à justifier pourquoi il ne fallait pas employer ces mots. Je ne me sentais pas assez outillée pour parler d’homosexualité en classe. Avant le livre de Jasmin Roy, je ne trouvais pratiquement aucun livre sur le sujet. Et je sentais que ce sujet pouvait intéresser les jeunes. Beaucoup connaissent des homosexuels dans leur famille, et certains sont même en questionnement, alors c’est très rare qu’un jeune ne veut pas parler de ce sujet. Ils sont plus ouverts que l’on pense. Chez les garçons, certains sont très homophobes, mais ils se forgent une carapace, ils ont peur de ce que les autres pourraient penser d’eux.
Cette année, feras-tu lire ton livre à tes élèves?
J’ai remis mon livre à la direction de l’école et je m’en remets à eux pour la décision. Je ne voulais pas dire : «On va lire mon livre à la place de celui de Jasmin Roy.» Aussi, je ne veux pas entrer en conflit avec les parents des élèves, ni que certains pensent que je veux faire des sous avec mon livre. Mon rêve avec mon livre n’est pas de faire de l’argent, mais bien qu’il se retrouve sur toutes les tables de chevet des jeunes du Québec!
Quelle est la réaction de tes élèves quant à la publication de ton livre?
Ils réagissent super bien, sont très intéressés et curieux! Cette semaine j’ai eu plusieurs félicitations! J’ai des élèves qui l’ont déjà lu et qui ont beaucoup aimé! Je suis chanceuse, les critiques sont bonnes!
Le Placard de Kim Messier est disponible dans la plupart des librairies et magasins à grandes surfaces du Québec, aux Éditions de Mortagne, dans la collection Tabou (288 p.)
Site officiel de Kim Messier : http://www.kimmessierauteure.com
Facebook : http://www.facebook.com/#!/messierkim
Visionnez la bande-annonce du roman réalisée par Marco Bédard,
enseignant en cinéma au cégep de Granby : http://www.youtube.com/watch?v=i8XSnu596jk
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