Une semaine culturelle à New York
Par : Yves Lafontaine [01-08-2003]
Près de deux ans après le 11 septembre, New York est redevenue New York. Seule différence notable en apparence : un déploiement policier omniprésent et une sécurité renforcée dans nombre d’immeubles où l'on ne pénètre que sur présentation d'une pièce d'identité.
Les spectacles de Broadway ont retrouvé un taux d’achalandage quasi normal.
Les hôtels commencent à remonter la pente grâce, en partie, à des offres spéciales très alléchantes qui favorisent réellement les touristes qui désirent séjourner dans la ville un minimum de 2 nuits. Même la zone sinistrée s’est relevée, grâce au dynamisme de ses commerçants et de ses résidents. Deux nouveaux hôtels viennent d’ailleurs d’ouvrir à proximité de Ground Zero, qui n'est plus qu'un trou de 16 hectares en reconstruction. Les touristes de l'Amérique profonde, qui redécouvrent une ville pour laquelle ils n'avaient traditionnellement pas de sympathie, continuent de s'y agglutiner dans le recueillement. Venus plus nombreux, ils ont compensé la défection des visiteurs étrangers, mais sans dépenser autant d'argent. Ce qui n'arrange pas les finances locales, saignées à blanc par le coût des attentats. Malgré tout, la ville transpire la richesse. Un peu partout, des grues démontrent que la construction immobilière a repris. Une construction immobilière qui a changé réellement le visage de certains quartiers depuis mon premier voyage à New York, en 1983. La ville s’est grandement embellie, le métro est des plus sécuritaires et certains quartiers sont méconnaissables, en particulier la 42e rue, qui a connu une transformation majeure depuis l’arrivée de Disney, il y a dix ans, qui y a installé un théâtre qui présente un des grands succès de Broadway, The Lion King.
Broadway, comme son nom l'implique, est une avenue bien large qui s'étend sur toute la longueur de l'île de Manhattan. Elle passe par le milieu du quartier des théâtres concentré autour de Times Square et a donné son nom à ces productions spectaculaires de comédies musicales nommées Broadway plays. Une visite à New York ne saurait être complète sans assister à au moins une de ces productions. Il y a actuellement trois types de productions théâtrales à New York : les Broadway plays, les Off-Broadway plays et les Off-off-Broadway plays. Les spectacles de Broadway sont toujours donnés dans la quarantaine de théâtres regroupés autour de Times Square entre la 41e et la 53e rue. La plupart d'entre elles sont des productions musicales avec des mises en scène spectaculaires, des costumes extravagants et des interprétations de chant et de danse de haute qualité.
Le meilleur spectacle à l’affiche présentement sur Broadway, c’est Chicago (qui vient de prendre l’affiche, en français, à Montréal). Ce musical suit le parcours chaotique d’une meurtrière vers la célébrité et le succès. Écrite en 1975 par Kander et Ebb, Chicago s’amuse de la décadence médiatique propre à l’Amérique. Si le spectacle original tient tout de même près de deux ans, il est tout de même éclipsé par A Chorus Line, qui rafle tous les Tony Awards cette année-là. En 1996, le City Center, qui organise des versions concerts de comédies musicales "rares" ou "oubliées", décide de produire à nouveau Chicago. La presse est unanime et le public redécouvre l’incroyable modernité de ce musical — peut-être trop en avance sur son temps lors de sa création — et sa satire mordante des médias et des pathétiques limites du rêve américain. Ne me demandez pas si le musical est meilleur que le film. À mes yeux, il s’agit-là d’un débat inutile : chaque nouvelle vision d'une œuvre apporte son lot de découvertes et déçoit forcément ceux qui sont marqués par l'œuvre qu’il ont vue en premier. La théâtralité de ce spectacle, à l’origine chorégraphié par Bob Fosse, est remarquable pour son dépouillement même : pas de grands changements de costumes ni de décors, maisorchestre sur scène comme partie intégrante de l'action. Véritable hommage au vaudeville, ce spectacle est un diamant noir réellement parfait.
CHICAGO. Ambassador Theatre, 219 W 49e rue, New York.
Tél. : (212) 239-6200. Billets : entre 20 et 95 $.
J’ai également profité de mon passage dans la Grosse Pomme pour voir Take Me Out, la pièce qui a rafflé les trois prix les plus prestigieux (meilleure pièce, meilleur acteur et meilleure mise-en-scène) lors de la récente remise des Tony Awards, qui récompense les meilleures spectacles new-yorkais. Cette pièce à la fois touchante, amusante et très divertissante, raconte les répercussions, sur une équipe de de baseball, de la sortie du placard de son joueur étoile. Se déroulant presque entièrement dans les vestiaires du stade — ce qui est le prétexte à quelques scènes de douches qui font de nous des voyeurs consentants — la pièce se penche non seulement sur l’homophobie des autres joueurs, mais aussi sur le manque de solidarité et d’esprit d’équipe du joueur qui fait sa sortie. Comme le personnage du planificateur financier (brillamment interprété par Denis O’Hare), je me suis curieusement mis à m’intéresser au baseball depuis (ben non, c’est une blague...).
TAKE ME OUT. Walter Kerr Theatre, 219 W 48e rue, New York.
Tél. : (212) 239-6200. Billets : entre 20 et 85 $.
Une production Off-off-Broadway donnée dans une petite salle de Greenwich Village depuis quelques années a également attiré mon attention : Naked Boys Singing. Le principe est simple : huit comédiens et chanteurs interprètent en solo, en duo ou en groupe près d’une vingtaine de chansons originales dans leur costume d’Adam. J’en vois sourire... avec raison. L’intérêt principal et souvent comique tient principalement à cette nudité des chanteurs, qui font toutefois une belle interprétation de pièces tournant, justement, autour du "sujet". C’est léger, sans toutefois être stupide.
NAKED BOYS SINGING. The Actor’s Playhouse, 100, 7e Avenue, New York, New York. Tél. : (212) 63-0060. Billets : entre 45 et 65 $.
La véritable surprise de ce voyage culturel, qui m’a amené à visiter une vingtaine de galeries d’art contemporain (qui ont quitté Soho au cours des huit dernières années à cause des loyers pour s’établir dans West Village à côté des quais) est un petit musée privé, situé au coin de la 27e rue et de la 5e avenue, qui s’est ouvert en octobre 2002 : le Museum of Sex. Alliant érudition universitaire et vulgarisation, NYC Sex : Comment New York a transformé le sexe en Amérique se penche sur l’influence des diverses cultures sexuelles new-yorkaises sur l’évolution de la sexualité nord-américaine. L’expo aborde l’histoire de la prostitution (on y découvre des guides des bordels datant du début du 19e siècle), de la pornographie, du sadomasochisme, du fétichisme, de la contraception, de l’avortement et, évidemment, des mouvements de répression du vice. L’homosexualité dans toute sa diversité y est largement représentée. Les documents concernant une descente de police dans un sauna gai en 1903 et une orgie lesbienne organisée dans l’appartement de la chanteuse de blues Gertrude Rainey sont de petites perles historiques. Des portraits de lesbiennes butches des années 20 aux photos du Kinsey Institute sur des orgies gaies dans les années 40, en passant par la une d’un journal consacrée à la tenue à New York d’un immense bal d’homosexuels et de travestis, organisé en 1932 et qui a rassemblé plus de 6 000 personnes, démontrent que les gais et lesbiennes new-yorkais avaient réussi à se créer un réseau de rencontres et de contacts fort efficace et ce, bien avant le repère historique des émeutes de Stonewall, qui ont eu lieu en juin 1969. L’exposition très documentée intrigue, informe et interpelle. Le camp, si cher à la culture gaie, n’est pas absent : le théâtre de vaudeville, le théâtre burlesque et même celui de Broadway — où Mae West joua avec de flamboyantes drag queens dans les année 20 avant de partir à Hollywood —, sont évoqués. La médiatisation, en 1953, du premier transsexuel américain, la crise du sida et la fermeture des saunas et de bars tels que le Mineshaft, jusqu’à la réouverture récentes des sex-clubs, sont d’autres étapes de l’histoire sinueuse des gais et lesbiennes et des transgenres new-yorkais que l’exposition contextualise. Cette exposition se poursuit jusqu’à la fin de 2003.
NEW YORK SEX MUSEUM. 233, 5e Avenue, New York, New York.
Tél. : (212) 689-6337. http://www.museeumofsex.com
Billets : entre 14,50 et 17 $, selon les jours.
Pour de plus amples renseignements sur la ville de New York et sur les forfaits d’hébergement disponibles, visitez le site de NYC inc.
http://www.nycvisit.com
Ce voyage a été rendu possible grâce à la collaboration de NYC inc. (l’Office de tourisme de la ville de New York), des lignes aériennes Delta, du Roger Smith Hotel et du Regency HOTEL sur Park Avenue.
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